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Une cour d’école plus verte et favorable à la santé

Des enfants qui virevoltent dans la cour d’école, comme les oiseaux dans les branches qui les surplombent. Les oiseaux et la Grande Cariçaie ont inspiré les aménagements de la cour de l’école primaire de la Villette à Yverdon-les-Bains. La place multisports vieillissante et le bitume ont cédé leur place à des nichoirs à la dimension des enfants, à des arbres fruitiers, un point d’eau ou encore à une place multisports modernisée. Une cour plus esthétique? Certainement. Mais la vraie plus-value est ailleurs: «La variété des espaces et des jeux favorise le développement de l’enfant», relève Carmen Tanner, municipale chargée des Services de l’urbanisme, des ressources humaines et de la durabilité. «Ça stimule également les différentes capacités d’apprentissage, comme l’équilibre ou la motricité, par exemple.» Et l’élue de citer les récentes études qui ont démontré que l’accès aux espaces verts améliore, voire augmente, la capacité de mémorisation et d’attention des enfants. Et que dire des effets sur l’égalité des chances? Si jusque-là la place multisports était réservée aux garçons et au ballon rond, désormais une roue pensée par les enfants est tournée avant chaque récré pour déterminer l’activité du jour. «Cet espace est devenu accessible à toutes et tous, sans distinction ni discrimination», se réjouit la vice-syndique yverdonnoise. Et ce n’est pas la seule amélioration opérée sur cette place. Située au cœur d’un quartier populaire, son utilisation suscitait des tensions en raison des nuisances sonores. «Les ballons frappaient le mur placé derrière le goal, chaque impact résonnait pour tous les bâtiments environnants.» Aujourd’hui, le mur en question est parsemé de prises de grimpe, offrant une nouvelle activité, « et un pare-ballon a été posé: plus aucune nuisance n’est à déplorer!» La démarche a d’ailleurs été participative: habitantes et habitants, élèves, enseignantes et enseignants et concierges ont été consultés. Cet engagement perdure. «Les enfants et les jeunes qui viennent y jouer en dehors des heures d’école ont mis en place un entretien participatif de la cour, note Carmen Tanner. La cour reste ainsi plus propre et respectée qu’auparavant, car toutes et tous se sentent investis.» «Cet espace est devenu accessible à toutes et tous, sans distinction ni discrimination.» Carmen Tanner, vice-syndique d’Yverdon-les-Bains Une cour d’école, certes, mais également un espace public: c’est ainsi que cette rénovation, comme d’autres, a été pensée. «Nous avons pris les mêmes critères que ceux sur lesquels nous nous appuyons pour les espaces publics, c’est-à-dire qu’on doit y retrouver au moins un de ces axes: culture, sport, cohésion ou nature», détaille l’élue. «Pour cette cour en particulier, la nature et le sport ont été privilégiés. Les installations et les jeux ont été pensés pour inviter aux mouvements. De plus, la cour a été végétalisée, en différents endroits et de différentes manières.» Davantage de nature et d’espaces qui permettent de se dépenser ou de renforcer la cohésion entre les élèves. Autant d’éléments qui contribuent à renforcer la santé, physique et mentale, de ces jeunes. Carmen Tanner ne cache pas qu’elle aurait soutenu une végétalisation plus importante encore. «Mais c’est un premier pas, nous sommes dans une phase de transition et de sensibilisation, pas uniquement à Yverdon, entre ces cours totalement bitumées et, qui sait, à l’avenir des cours totalement vertes!» C’est d’ailleurs sous un soleil de plomb, mais à l’ombre des arbres plantés dans la cour qu’elle relève que «les arbres et les espaces verts sont une protection naturelle contre les îlots de chaleur que constituent ces cours. La question de la végétalisation va se poser de plus en plus …» Josefin De Pietro, Lara Gross Etter

Les collaborateurs de Saillon sensibilisés au mieux vivre ensemble

Tout employeur responsable souhaite voir ses équipes travailler avec plaisir, dans une atmosphère agréable. Car évoluer dans un climat sain et épanouissant, basé sur l’écoute et la solidarité, c’est non seulement bon pour la santé, mais c’est aussi offrir le meilleur de soi-même! A Saillon, en Valais, le président de la commune Charles-Henri Thurre privilégie à ce sujet la vision d’une responsabilité partagée: «Les conditions de base – cahier des charges, confort du poste, horaires, etc. - doivent évidemment être mises en place par la commune, mais pour ce qui est de l’atmosphère de travail au sein de l’administration, c’est avant tout de la responsabilité de chacun.» Connue pour son bourg médiéval, Saillon a vu sa population passer de 2136 à 3094 personnes entre 2010 et 2023, soit une progression de près de 45% en une décennie environ. A cette évolution démographique fait naturellement écho une augmentation similaire du personnel communal. Chefs de service, personnel d’accueil de la petite enfance, ingénieurs, concierges, paysagistes, parents d’accueil, collaborateurs du tourisme, etc., ils sont aujourd’hui une centaine à assurer les prestations aux citoyens. «Autant de personnes issues de milieux, de cultures, de générations et de sensibilités différentes, c’est une force et nous en sommes fiers, mais ça nécessite forcément des efforts de part et d’autre pour que tout se passe bien», commente Grégory Thurre, responsable des ressources humaines à ce moment-là. «L’atmosphère de travail au sein de l’administration, c’est avant tout de la responsabilité de chacun.» Charles-Henri Thurre, président de Saillon Or, si certaines entreprises ont cédé à la «mode» du «Chief happiness officer», Saillon a choisi une autre voie pour mettre de l’huile dans les rouages, celle de la formation par le biais d’un atelier. Baptisé «Bien vivre et travailler ensemble», celui-ci était animé par Le Caméléon, une compagnie spécialisée dans le théâtre-forum. Le théâtre-forum est une des techniques du genre du théâtre de l’opprimé, né dans les années 70 au Brésil. C’est un moyen d’émancipation et de changement social et politique. Le principe? Des comédiens jouent différentes mises en scène. Par exemple: des collègues discutent à la cafétéria du choix d’un cadeau d’anniversaire pour une cheffe de service, l’informaticien initie une nouvelle arrivée aux mesures de sécurité dans l’administration. Les situations semblent banales, mais les comédiens parsèment leur jeu et leur discours d’attitudes et de mots inadéquats: une allusion xénophobe, un geste déplacé, une moquerie sur une particularité physique, un ton un peu trop familier, etc. «Les situations sont réalistes, mais nous jouons volontairement des personnages stéréotypés, explique Simon Labarrière, comédien et directeur de la compagnie. Cela permet de rester ludique, et ça favorise la mise en confiance.» Une confiance qui sera indispensable pour la suite du processus. Dans la salle, les collaborateurs de tous bords observent le jeu des acteurs sans mot dire. L’animateur indique alors: «Nous allons rejouer cette scène à l’identique, et désormais, à vous de lever la main à chaque fois que quelque chose vous dérange. On stoppe alors le jeu, et on en parle.» Très vite, des mains se dressent: «Il ne peut pas faire cette allusion, c’est anti-Français!», «C’est vraiment du commérage!» Sur invitation de l’animateur, les plus courageux se risquent même à remplacer le comédien «fautif» et à rejouer la situation comme ils la jugent «correcte». «Dans ce genre d’exercice, explique Simon Labarrière, environ 20% des gens participent, en levant la main ou en montant sur scène, 15% restent en retrait, et 65% gardent une oreille attentive. Or chez eux, comme chez les plus actifs, il va se passer quelque chose, une prise de conscience, un changement de perspective, et c’est gagné.» Carole Pellouchoud

Le quartier Pont-Rouge à Lancy: un laboratoire d’innovation sociale

Le projet pilote «Quartier Pont-Rouge» vise à repenser l’aménagement d’un quartier de Lancy, en misant sur la mixité sociale et le vivre-ensemble. Mené par les autorités publiques, il est conduit en collaboration avec les fondations immobilières propriétaires, l’association de quartier et les organismes partenaires. Le quartier comprend 80% de logements d’utilité publique, destinés à des étudiantes et étudiants, retraitées et retraités, personnes et familles ayant des revenus modérés. Dans son environnement entièrement piétonnier, le quartier de 1800 habitantes et habitants offre un cadre de vie convivial, avec une école, une crèche, ainsi que des commerces et restaurants. Des actions concrètes structurent le quartier de Pont-Rouge, grâce à une collaboration avec le Bureau de l’intégration des étrangers (BIE) du canton de Genève. Les objectifs spécifiques de cette politique de quartier sont de prévenir les discriminations, les violences et les marginalisations culturelles et socio-économiques. La démarche vise à considérer l’accueil, l’information, le vivre-ensemble ou encore la participation citoyenne comme des axes de travail importants. Afin d’orchestrer la vie du quartier, une coordinatrice a été engagée par le Service des affaires sociales et du logement de la ville de Lancy. Odile Magnenat, présente à l’Espace quartier de manière ponctuelle, a pour mission de faciliter le lien entre la commune, les habitants et habitantes, les sociétés et les partenaires. Elle est chargée d’assurer un accueil de qualité aux nouveaux venus, de travailler le vivre-ensemble et de favoriser la participation de la population au devenir du quartier. Elle coordonne l’animation et les événements, en étroite collaboration avec l’association de quartier Adret Voies Vives. Son slogan, «Tricoter ensemble les mailles d’un endroit où il fait bon vivre», montre la volonté de favoriser l’intégration des résidentes et résidents et de promouvoir le développement de la vie socioculturelle du quartier. Les résultats du dispositif de Pont-Rouge se traduisent par une grande implication des habitantes et habitants dans la vie du quartier. Une véritable collaboration s’est mise en place entre les différents acteurs et le lien entre les services de la ville de Lancy et la population résidente a été facilité. A ce jour, la Ville de Lancy couvre deux quartiers sur ce modèle et projette d’en développer sept à l’avenir. L’Etat et la Ville de Lancy entendent se doter des outils nécessaires pour que ce modèle puisse être multiplié dans les quartiers de la commune et du canton présentant des caractéristiques similaires. Alicia Riondel-Carrard, adjointe au chef de service des affaire sociales et du logement de la Ville de Lancy, cite: «Nous sommes convaincus que l’administration doit se rapprocher de ses citoyennes et citoyens et accompagner les habitantes et habitants dans les quartiers pour favoriser une cohésion sociale et le bien vivre ensemble, sans pour autant prendre leur place dans leur rôle d’actrice ou acteur du lien social.» Ce modèle de partenariat constitue une illustration tangible de la mise en œuvre de la loi sur la politique de cohésion sociale en milieu urbain. Le quartier, caractérisé par une forte hétérogénéité sociale, des vulnérabilités économiques et une mixité culturelle importante, nécessite une mobilisation coordonnée des institutions publiques et repose sur un modèle participatif. Cette approche permet une meilleure intégration des besoins, renforce l’adhésion des populations et contribue à la pérennité des dispositifs en place. Grâce à l’octroi du label Commune en santé en mars 2025, la Ville de Lancy assoit son engagement en faveur du bien-être de ses citoyennes et citoyens, avec une centaine de mesures répertoriées. Cette labellisation a permis de mettre en avant les bonnes pratiques, mais aussi d’envisager des améliorations continues grâce à un plan d’action cohérent sur l’ensemble du territoire communal. Pour l’avenir, Lancy souhaite notamment renforcer sa collaboration avec les écoles, poursuivre la promotion du sport en plein air, développer son offre de prestations à destination des seniors et favoriser la mobilité douce. Christelle Dayer

Maintenir et développer les traditions

Autrefois, les écoliers vendaient naturellement et avec plaisir dans la rue des écus d’or et des insignes d’œuvres de bienfaisance. Et juste avant les vacances d'été, ils faisaient circuler l’insigne du 1 er août. Aujourd’hui, de telles actions d’utilité publique pour le cofinancement de voyages scolaires semblent incompatibles avec le fonctionnement de l’école ou sont même considérées comme du travail d’enfants. Heureusement, la Poste suisse ainsi que des offices de tourisme, des hôtels et des boulangeries sont prêts à distribuer les insignes du 1 er août. Les recettes des insignes du 1 er août sont versées à la Fondation Pro Patria. Celle-ci soutient depuis 1909 les rénovations de bâtiments historiques importants en Suisse. Et, depuis 1923, Pro Patria crée et distribue l’insigne du 1 er août afin de financer ses activités de promotion. Pro Patria soutient actuellement une cinquantaine de projets de rénovation. En Suisse romande, Pro Patria soutient la rénovation des Claires Maisons à Lausanne, de la ferme Joray à Belprahon, de plusieurs fontaines dans la région de la Haute Ajoie et dans le Val-de-Ruz, du gîte El Jire à Montpreveyres et de l’église catholique de Miécourt. Pro Patria encourage également en ce moment la rénovation de la «Haus zur Treib», la «Maison Treib», qui débute ces semaines et durera jusqu’en 2027. Ce monument unique, au bord du lac des Quatre-Cantons, est situé comme le Grütli dans la commune de Seelisberg (UR). Les cantons de l’ancienne Confédération ont tenu plus de 70 Diètes dans la maison de Treib. Il s’agit maintenant d’adapter les cuisines et les sanitaires et de rafraîchir les environs, y compris les installations portuaires. Le chauffage au pétrole sera également remplacé par une pompe à chaleur sur nappe phréatique. Outre le patrimoine culturel matériel, Pro Patria promeut également le patrimoine culturel immatériel, dont font partie les coutumes et traditions vivantes. L’Office fédéral de la culture tient une liste de plus de 200 traditions vivantes en Suisse. Cette liste comprend: les coutumes artistiques, sportives et religieuses telles que les abbayes de tir, le chant du Ranz des vaches, le cor des Alpes, le jass, les fifres et tambours, les combats de vaches et la lutte suisse; les manifestations historiques telles que le carnaval, l’Escalade, les Fêtes des vignerons, les consortages en Valais, la procession de St-Nicolas, la marche commémorative de la Révolution du 1 er mars 1848, les marchés aux taureaux, les torrées et les pèlerinages; le savoir-faire culinaire, artisanal et agricole local, comme la peinture paysanne, la fondue, la haute horlogerie, les automates et boîtes à musique, la cueillette et la culture des plantes sauvages, la bande dessinée et l’affiche genevoises et l’élevage du cheval de race Franches-Montagnes. L’entretien des traditions est volontiers moqué comme un engouement et critiqué comme un refus du présent. Le fait est que plus l’homme et la société sont enracinés dans leur histoire et leur culture, plus ils s’ouvrent facilement et sans crainte à la nouveauté, et plus ils évoluent. «La tradition n’est pas l’adoration des cendres, mais la transmission du feu», écrivait Jean Jaurès. Les traditions constituent un pont entre le passé et l’avenir et transmettent des valeurs aux générations futures. Les traditions créent un sentiment d’appartenance et rassemblent les gens dans une société fortement individualisée. Les traditions favorisent la diversité culturelle et la compréhension entre les différents groupes et cultures. Et les traditions aident à surmonter les défis sociaux et culturels, politiques et économiques et à faire face de manière critique aux tendances douteuses. Dans la situation mondiale actuelle, cette capacité est justement plus nécessaire que jamais. Lukas Niederberger

Vivre dans une insécurité constante

«Que fait-on lorsqu’on est enfermé dans un lieu étranger et que l’on vit dans l’insécurité? On cherche à sortir!» Pour Bruno Arrigoni, Syndic de Chiasso, la réponse est claire. A l’été 2023, ce sont notamment de jeunes Afghans ou Africains errant dans sa ville qui ont attiré l’attention des médias nationaux. A la suite de ces événements, Willy Lubrini, ancien footballeur et personnalité connue dans le Mendrisiotto, a fondé en 2024 l’association Mendrisiotto Regione Aperta, qui offre avec succès un programme d’activités aux demandeurs d’asile: sport, cours de cuisine, cinéma ou promenades. Mais toutes les communes tessinoises ne sont pas sur la même longueur d’onde. Au contraire. En mars, le projet du Canton visant à héberger provisoirement 40 requérants dans un hôtel vide à Rovio dans la région de Lugano a suscité des oppositions. Les 800 habitants ont lancé avec succès une pétition et les demandeurs d’asile ont ensuite été répartis dans tout le canton. «Nous parlons d’êtres humains, pas de choses, mais nous ne pouvions pas cacher les plaintes de nos concitoyens.» Bruno Arrigoni, Syndic de Chiasso Nora Hesse

Les communes saint-galloises gèrent l’intégration ensemble

En 2011, l’association Projets d’intégration Saint-Gall (TISG) des communes saint-galloises a démarré avec la création d’un restaurant pour former des réfugiés. A côté de deux restaurants de ce type, la TISG exploite aujourd’hui cinq lieux d’accueil pour l’hébergement initial des réfugiés, dont de nombreux mineurs non accompagnés, et propose diverses offres pour l’intégration sur le marché du travail. L’association conseille les communes et les aide à organiser des offres en matière d’intégration comme des cours de langues. Le modèle a notamment fait ses preuves ces trois dernières années lorsque les demandes d’asile et de statut de protection S étaient très élevées. Grâce à des structures légères, la TISG a pu réagir rapidement et sextupler ses capacités. Pour les offres d’intégration comme les cours de langues, la TISG collabore avec des partenaires privés qui ont aussi pu réagir rapidement à la hausse de la demande. Nadja Sutter

Espaces de vie pour réfugiés

Les solutions actuelles avec des containers et des appartements en location pour les demandeurs et demandeuses d’asile à Fehraltorf (ZH) n’étaient plus acceptables et pesaient fortement sur les finances publiques. A la suite de cette situation d’urgence, un projet de module de construction en bois a été réalisé en 2020. Ce bâtiment compact de quatre étages peut accueillir au moins 44 personnes dans des chambres doubles. A Fiesch (VS), la commune et le complexe Sport Resort mettent à disposition en collaboration avec le propriétaire du bâtiment «Rosentirli», la Croix-Rouge du Luxembourg, un hébergement pour les réfugiés ukrainiens. Des stages et des postes de travail leur sont proposés dans le centre d’accueil et au sein du Sport Resort, par exemple pour le nettoyage et à la cuisine. Fabrice Müller

Sortir les gens de l’isolement et les rapprocher

«A Renens, nous accueillons depuis longtemps de nombreuses personnes venant du monde entier», explique le Syndic Jean-François Clément. Aujourd’hui, 50% des plus de 22 300 habitants de Renens sont des personnes venant d’autres régions du monde et représentent 122 nationalités. «Ce côté multiculturel est notre ADN», ajoute Jean-François Clément. Mi-février 2025, Renens comptait 112 personnes ayant le statut S, c'est-à-dire des personnes qui ont fui la guerre en Ukraine. Si Renens vise à accueillir par des mesures spécifiques les populations relevant de l’asile, la ville s’engage toutefois à développer des projets pour tous les groupes de population. D’autres communes vaudoises partagent cet avis, comme Yverdon-les-Bains. La ville du lac de Neuchâtel dispose, comme Renens, d’une large palette de projets et de mesures d’intégration pour tous les nouveaux arrivants. L’EVAM (Etablissement Vaudois d’Accueil des Migrants) est en charge des prestations d’assistance destinées aux demandeurs d’asile, aux personnes avec le statut S et aux personnes admises à titre provisoire. Cela concerne entre autres le logement, les frais médicaux et les aides financières. En vue de l’intégration des personnes en quête de protection, les communes collaborent dans la mesure du possible avec les foyers EVAM. «A Renens, nous accueillons depuis longtemps de nombreuses personnes venant du monde entier.» Jean-François Clément, Syndic de Renens (VD) Plusieurs communes du canton de Vaud, comme Yverdon-les-Bains et Renens, disposent d’une politique d’intégration communale. L’un des facteurs primordiaux pour une intégration réussie, est notamment la connaissance de la langue locale. Outre les cours de langue dispensés par de nombreuses associations d’aide aux migrants, Yverdon-les-Bains propose en juillet tous les jours des «cours de français à la plage», qui sont très appréciés. Ces cours, destinés à environ 80 personnes, s’adressent à un public migrant large, et parfois des Suisses y participent aussi. En 2022, près de la moitié des participants étaient des Ukrainiens, alors qu’ils représentaient 20% en 2024. Ce projet est ouvert en priorité aux Yverdonnois, mais n’est pas fermé aux personnes résidant dans les communes voisines d’Yverdon-les-Bains selon les places disponibles. «L’idée est d’organiser les cours en dehors des écoles, pour les personnes qu’une salle de classe peut effrayer», explique Mike Magnin, chargé de l’intégration à Yverdon-les-Bains. Les cours peuvent également contribuer à l’intégration sociale. «C’est un moment de rencontre, et pour sortir les gens de l’isolement», ajoute Mike Magnin. «L’idée est d’organiser les cours en dehors des écoles, pour les personnes qu’une salle de classe peut effrayer.» Mike Magnin, chargé de l’intégration à Yverdon-les-Bains (VD) Pour promouvoir le vivre-ensemble, Yverdon collabore également depuis trois ans avec le festival culturel La Dérivée, qui a lieu à la plage en juillet, afin d’encourager les apprenants à profiter des activités gratuites du festival après les cours. Sortir les gens de l’isolement est également une préoccupation à Renens, où de nombreuses organisations soutenues par la ville proposent des activités et s’efforcent de rassembler les gens. En collaboration avec la commune de Prilly, Renens organise des cours de français en plein air pendant l’été. La bibliothèque Globlivres de Renens met à disposition des livres en près de 300 langues, dont l’ukrainien. Sur un autre plan, l’association Découvrir aide les migrants et les réfugiés ukrainiens à faire reconnaître leurs diplômes. Tandis que Nyon met par exemple à la disposition de l’association Vdoma des locaux où les familles ukrainiennes peuvent se rencontrer. Différentes structures cantonales et communales sont liées entre elles. Ainsi, le Bureau cantonal pour l’intégration des étrangers et la prévention du racisme (BCI) finance des projets d’intégration à Renens, Yverdon-les-Bains, Nyon et Lausanne, comme le projet «Sur le Chemin de l’école» à Renens. «Destiné aux enfants allophones en âge préscolaire ou aux enfants n’ayant pas fréquenté d’établissement de vie enfantine, ce projet gratuit favorise le développement de l’autonomie et la sociabilisation grâce au contact avec d’autres enfants, ainsi que la familiarisation à la langue française», explique Sara Schenker, chargée de projet pour l’intégration de Renens. Les enfants apprennent non seulement à parler français mais aussi à être en groupe et à partager. Annegret Mathari

A Viège, un projet pour faciliter l’entrée à l’école

Préparer les enfants à entrer à l’école afin d’améliorer l’égalité des chances: c’est l’objectif du projet de la commune de Viège. Nommé «De meilleures chances grâce à une entrée accompagnée à l’école», il a reçu le prix de la Fondation Pestalozzi 2024. Son initiatrice, Laetitia Heinzmann Bellwald, est éducatrice spécialisée et pédagogue musicale à Viège. Son constat: nombre d’enfants rencontrent des difficultés en entrant à l’école, notamment ceux issus de la migration. «Je l’ai vu avec les réfugiés de l’ex-Yougoslavie, puis lors d’autres vagues d’immigration», explique-t-elle. Ces dernières années, le groupe pharmaceutique Lonza a entraîné un boom migratoire. Sur les 8709 habitants de Viège, 32% sont de nationalité étrangère. Forte de ses expériences sur le terrain et en politique en tant que députée, Laetitia Heinzmann Bellwald présente son projet aux autorités communales en 2017. Consciente du besoin, la commune la soutient immédiatement. «La municipalité m’a accordé une confiance totale, m’assurant que si quelqu’un s’engageait dans ce domaine, elle apporterait son soutien». Conseillers municipaux respectivement en charge de la formation et du social jusqu’en janvier, Thomas Antonietti et Michael Lochmatter-Bringhen ont été convaincus par l’approche préventive. «Au lieu d’attendre l’école pour combler les lacunes, le projet prépare de manière ludique les enfants à leur entrée scolaire et leur donne envie d’apprendre.» La collaboration avec la commune se met rapidement en place, avec la mise à disposition des ressources nécessaires - financières et en matière de locaux - et un rôle actif dans la communication avec l’école et la population, évoque Michael Lochmatter-Bringhen. «La municipalité m’a accordé une confiance totale, m’assurant que si quelqu’un s’engageait dans ce domaine, elle apporterait son soutien.» Laetitia Heinzmann Bellwald, éducatrice spécialisée et pédagogue musicale Le projet voit ainsi le jour en 2018. L’offre, gratuite et facultative, se veut une «mini-école enfantine». Durant une heure et demie hebdomadaire sur six mois, les enfants participent à une série d’activités comme s’ils étaient à l’école. Laetitia Heinzmann Bellwald utilise la musique, la peinture, le mouvement, la communication et le jeu, soit une méthode sensorielle et interactive en adéquation avec le stade de développement des enfants. «Ce n’est pas la crèche», précise-t-elle, insistant sur le fait qu’il s’agit d’un accompagnement et non d’une offre de garde. Cela doit permettre aux enfants de s’habituer à la structure scolaire, mais aussi de rassurer les parents. En effet, l’entreprise Lonza a amené une main-d’œuvre qualifiée soucieuse de l’éducation. Autre langue, autre culture: «Les parents s’inquiètent souvent du passage à l’école», dit l’initiatrice du projet. Cette offre s’adresse cependant à toutes les familles et profite aussi aux enfants ayant des besoins particuliers. Le succès est au rendez-vous. Depuis 2018, la demande ne cesse de croître: le nombre d’enfants inscrits par année est passé de 13 à 30 en 2025. Autant la population que le corps enseignant se réjouissent de cette offre à l’utilité éprouvée. «Les investissements dans la petite enfance sont fondamentaux et ont un impact positif énorme à long terme sur le développement mental, social et émotionnel des enfants. On renforce aussi l’intégration des familles issues de l’immigration, ce qui a un effet positif sur l’ensemble du tissu social de la commune», souligne Michael Lochmatter-Bringhen. «Les investissements dans la petite enfance sont fondamentaux et ont un impact positif énorme à long terme sur le développement mental, social et émotionnel des enfants.» Ancien conseiller municipal en charge du social, Viège (VS) Ce projet pourrait s’exporter à d’autres communes du Haut-Valais, voire plus loin à la ronde. Laetitia Heinzmann Bellwald l’a récemment présenté à Naters, à Brigue et à Loèche. «Toutes trouvent le concept intéressant, cette thématique préoccupe au-delà de Viège ». Elle souhaiterait que plusieurs communes se mettent ensemble afin d’agrandir et de pérenniser le projet. «Plus il y aura de communes, plus notre crédibilité sera grande au niveau cantonal. Cela permettrait de créer un exemple de bonne pratique qu’on pourrait communiquer à l’externe». Les anciens conseillers municipaux partagent cet avis, estimant que, au vu de son succès, ce projet mériterait de se développer grâce à une collaboration intercommunale. Ce dernier se fait peu à peu connaître hors des frontières cantonales. Une commune argovienne faisant face aux mêmes défis que Viège en raison de son importante industrie et de l’immigration qui y est liée a contacté son initiatrice. Un intérêt a également été manifesté du côté de Zoug. Julia Rippstein

Prise en charge des seniors: important projet fédéral sur les prestations complémentaires

Le Conseil fédéral veut promouvoir l’autonomie des personnes âgées et leur maintien à domicile et a adopté en automne 2024 à l’intention du Parlement le message concernant la modification de la Loi fédérale sur les prestations complémentaires (LPC) ( objet 24.070 ). Le logement protégé n’étant pas pris en compte dans le calcul des PC, beaucoup de personnes qui dépendent des PC sont obligées d’aller en EMS, même si elles requièrent peu de soins. L’ACS salue le projet, mais critique le financement qui doit être uniquement assumé par les cantons et les communes. Le Conseil national a nettement approuvé la révision lors de la session d’hiver et y a ajouté des éléments importants pour les communes dans le descriptif des prestations (aspect psychosocial) et le financement (forfait flexible). Le Conseil des Etats se prononcera en mars. «Tous les niveaux de l’Etat devront faire face à des tâches et à des coûts supplémentaires dans les années à venir, c’est pourquoi la Confédération doit elle aussi prendre ses responsabilités à ce sujet». Claudia Kratochvil, directrice de l’Association des Communes Suisses Claudia Kratochvil

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