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Rendre leur dignité aux personnes avec handicap

Native de Vauffelin, dans le Jura bernois, mais domiciliée depuis 40 ans à Pully, qui jouxte Lausanne, Verena Kuonen-Kohler a été scolarisée à Bienne. Elle rejoignit par la suite une école spécialisée pour aveugles et malvoyants à Zollikofen (BE). «J’ai appris là-bas, notamment, à me débrouiller seule pour des tâches telles que ménage, couture, repassage, cuisine.» S’ensuivra l’Ecole de commerce à Berne avec un CFC à la clé. «Je me suis rendu compte que mon intégration allait être compliquée. Un copain d’étude souffrait des mêmes difficultés. Nous étions seuls dans cette école professionnelle. Dans les années 1970, nous ne savions pas comment nous comporter avec les autres. Idem pour eux. Il fallait prouver que nous étions bons. J’ai obtenu d’excellentes notes.» Elle retrouvera ensuite son futur mari à Lausanne, puis travaillera huit ans au secrétariat des Retraites populaires comme réceptionniste et téléphoniste de cette mutuelle facilitant l’accès à la prévoyance. «J’écrivais sur une vieille machine Hermès, ma seule écriture. Une belle époque mais pas facile. L’ordinateur et le téléphone portable nous ont ouvert de nombreuses portes», observe-t-elle. Après quoi, elle cessa d’avoir un emploi pour s’occuper de ses deux enfants. Aujourd’hui, elle est quatre fois grand-mère. A Pully, l’appartement qu’elle partage avec son mari, malvoyant lui aussi, est spacieux. Il est situé près des transports publics, commerces et écoles. Elle regrette cependant que toutes les personnes avec handicap ne puissent en dire autant car le nombre de logements adaptés demeure insuffisant en Suisse. Notamment pour les chaises roulantes. Il y a un an, plusieurs organisations, dont Inclusion Handicap, la faîtière des organisations nationales de personnes handicapées, dont Verena Kuonen-Kohler est coprésidente avec la conseillère aux Etats de Bâle-Campagne Maya Graf, ont lancé une initiative «pour une Suisse inclusive». Leur texte demande un meilleur accès au logement, aux transports, au travail, etc. Même si l’article 8 de la Constitution fédérale ancre la non-discrimination des personnes en situation de handicap, la loi sur l’égalité (LHand), en révision (voir encadré), s’est enlisée selon elle. «Elle dort depuis vingt ans. Nous avons plusieurs trains de retard et attendons une prise de conscience au niveau fédéral pour que les personnes avec handicap puissent choisir où et avec qui elles veulent habiter. Dans des appartements leur correspondant et non dans des institutions où on les place en dernier recours.» Mais ces logements sont chers. Ni la couverture d’assurance-invalidité, ni les rentes ne suffisent souvent. «Nous formons 25% de la population et regrettons de ne pas être reconnues comme personnes à part entière!» «Il serait bon que nos édiles se mettent parfois à notre place pour saisir tous nos désagréments.» Verena Kuonen, élue du parlement de Pully, coprésidente d’Inclusion Handicap En tant que députée au législatif de Pully sous les couleurs de l’Union pulliérane, un groupement citoyen, Verena Kuonen-Kohler ne lâche rien. Elle vient de déposer par exemple un postulat critiquant l’installation de pavés inadaptés au centre de sa commune. «J’avais suggéré, pour éviter les chutes, la pose d’un pavage susceptible de faciliter le passage des personnes avec un handicap. Mais aussi celui des seniors avec des déambulateurs ou des parents avec poussettes. Il est fondamental que tout un chacun puisse se déplacer en toute sécurité là où commerces, cafés et services sont concentrés.» En amont, la municipalité avait certes contacté l’Association vaudoise pour la construction adaptée aux personnes handicapées (AVACAH), mais selon l’élue les recommandations n’ont porté alors que sur le handicap visuel. Son postulat a été paraphé par l’ensemble des partis et le dossier renvoyé à l’exécutif. Au début de sa carrière, son indignation fut la même lorsqu’elle constata combien il était ardu d’avoir accès à des documents. Depuis, à Pully, des guichets à niveau ont été ouverts. Mais des bâtiments administratifs y sont anciens et souvent sans ascenseur. Les escaliers constituent des obstacles si des bureaux sont à l’étage. «Il serait bon que nos édiles se mettent parfois à notre place pour saisir tous nos désagréments», note-t-elle. Au législatif, elle se sent souvent seule. «En politique, beaucoup de choses s’échangent par des regards.» Un mode de communication auquel Verena Kuonen-Kohler n’a pas accès. Alain Meyer

Conseiller en inclusion à Bellinzone

Il aura fallu près de deux ans pour que le parlement communal de Bellinzone approuve une motion demandant la création d’un poste de conseillère ou conseiller en inclusion au sein de l’administration, une première pour une commune au Tessin. Cette personne est une interlocutrice interne et externe et une médiatrice pour toutes les questions liées à l’inclusion et l’accessibilité. La décision en novembre 2023 a presque été prise à l’unanimité. Un vote étonnant car l’exécutif s’y opposait. Celui-ci estimait que la politique menée jusque-là en matière d’inclusion était suffisante et qu’un poste spécialement dédié n’était pas nécessaire. Le conseiller ou la conseillère en inclusion n’a cependant pas encore été désigné·e, en raison aussi des élections communales du 14 avril. Les motionnaires s’attendent à ce que cela soit bientôt fait. La pression publique d’un groupe de femmes en situation de handicap (Team Ticino Accessibile) a contribué à l’approbation de la motion. «La figure de conseiller en inclusion est indispensable pour systématiser les solutions inclusives.» Danilo Forini, directeur Pro Infirmis Ticino Gerhard Lob

Avenir Inclusif: une raison de faire la fête

Le principe de l’égalité et les droits des personnes handicapées ont pour but de permettre à toutes les personnes handicapées de vivre en Suisse de manière autonome et sans subir de discriminations. Si des améliorations ont eu lieu dans plusieurs domaines depuis 2004, il reste encore des progrès à faire, par exemple dans les domaines du logement, du travail, de l’accessibilité des prestations, ainsi que de la participation. Il faudra aussi trouver des solutions innovantes et de nouveaux partenariats, par exemple dans le domaine de la numérisation, de la mobilité ou des aides individuelles. En Suisse, la mise en œuvre de la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées ( CDPH ) incombe non seulement à la Confédération et aux 26 cantons, mais aussi aux 2131 villes et communes. Fin 2023, le Conseil fédéral a ouvert la consultation sur un avant-projet de révision partielle de la LHand . Celle-ci s’est déroulée jusqu’au début du mois d’avril et il est prévu que le Conseil fédéral adopte le message relatif au nouveau projet de loi d’ici à la fin de l’année. L’amélioration de la protection contre la discrimination en sera l’objectif: Travail: les personnes handicapées doivent être expressément protégées contre la discrimination. La loi devrait obliger les employeurs à prendre des mesures raisonnablement exigibles pour que les collaborateurs handicapés puissent exercer leur activité professionnelle dans les mêmes conditions que les autres. Prestations: les personnes handicapées doivent avoir accès aux prestations qui sont destinées au public. La loi devrait contraindre les prestataires privés à prendre des mesures appropriées pour permettre aux personnes handicapées d’accéder sans difficulté à ces prestations. Langue des signes: les trois langues des signes suisses doivent être reconnues. La loi devrait promouvoir l’égalité des personnes sourdes dans l’accès aux prestations et dans la vie professionnelle. Ces travaux législatifs seront complétés par les programmes décidés dans quatre champs d’action: «Travail», «Prestations», «Logement» et «Participation». Chacun devra mettre en œuvre plusieurs projets de manière à faciliter concrètement le quotidien des personnes handicapées. Chacun sera accompagné par un comité réunissant des personnes issues de différentes autorités et de la société civile. L’Association des Communes Suisses (ACS) y sera représentée. Les Journées nationales d’action pour les droits des personnes handicapées de cette année font partie des projets les plus importants relevant du domaine de la participation. La campagne est conduite par le Bureau fédéral de l’égalité pour les personnes handicapées (BFEH) et soutenue par la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des affaires sociales (CDAS). Tous les cantons y participent. Ils ont noué des partenariats avec des organisations de personnes handicapées et de nombreux acteurs issus, par exemple, de l’administration, de la politique, de l’économie et du secteur de la culture et des loisirs. Les communes fournissent également leur aide. Leur connaissance du tissu associatif leur permet de mobiliser le public sur le terrain. Elles mettent aussi souvent gratuitement à disposition du matériel, des salles, des espaces ou des locaux. Pour qu’une manifestation ou une action soit reconnue comme un événement de la campagne, elle doit répondre à trois critères de qualité: Elle doit être en lien direct avec la CDPH. Elle doit intégrer les personnes handicapées, idéalement dès la planification et dans l’organisation et la mise en œuvre. Elle doit, autant que possible, être accessible aux personnes handicapées, quel que soit le type de leur handicap. A l’heure actuelle, les responsables de projets dans les cantons ont organisé et planifié à peu près 1000 actions dans tout le pays. Les préparatifs vont bon train, y compris pour les événements d’ouverture et de clôture, qui auront lieu respectivement le 15 mai à Zurich et le 15 juin à Genève. Là aussi, les cantons de Zurich et de Genève, la Ville de Genève, le BFEH et la CDAS travaillent en étroite collaboration. Pour plus d’informations, vous pouvez contacter les responsables de projets de votre canton ou le BFEH ( giulia.brogini@gs-edi.admin.ch ). «Les Journées nationales d’action pour les droits des personnes handicapées font partie des projets les plus importants relevant du domaine de la participation.» Giulia Brogini, responsable du service Politique du handicap de la Confédération et des cantons, BFEH Giulia Brogini

Test d’inclusion pour les communes

Adliswil et cinq autres communes zurichoises ont pris des mesures concrètes pour mieux intégrer les personnes handicapées et leur permettre de participer à la vie sociale. Le test d’inclusion pour les communes, un simple état des lieux, les a aidées à trouver des solutions. La base est donnée lors d’une table ronde au cours de laquelle des contacts directs sont noués avec des personnes handicapées et leurs proches, ce qui permet des rencontres personnelles. Un questionnaire est également soumis à l’administration afin d’aider ses collaboratrices et collaborateurs dans l’évaluation de l’inclusion. «Le fait d’avoir pu nouer des contacts avec des personnes handicapées et leurs proches est un atout.» Nadja Klein, assistante de la direction du département des affaires sociales et déléguée à l’intégration de la ville d’Adliswil Simon Vogt, Nicole Sourt Sánchez

Premier règlement communal sur le droit des personnes handicapées

Au cours des derniers mois, Münchenstein a élaboré un règlement pour la mise en œuvre de la loi sur les droits des personnes handicapées du canton de Bâle-Campagne, avec le soutien du canton et d’experts de l’Université de Bâle. La loi cantonale, qui est entrée en vigueur en janvier 2024, exige un tel règlement de la part des communes. Münchenstein fait figure de pionnière puisqu’elle est la première commune à s’être dotée d’un tel règlement. Celui-ci prévoit une commission des personnes handicapées qui conseille le Conseil municipal, attire l’attention sur les dysfonctionnements, mais propose également des améliorations. Le conseil communal doit documenter les interventions qui ont été faites et rendre compte au public des mesures qui ont été mises en œuvre ou non. Un règlement type pour d’autres communes sera également élaboré sur la base du règlement de Münchenstein. «Les personnes handicapées doivent pouvoir s’impliquer et faire entendre leur voix.» Stefan Friedli, directeur de l’administration communale de Münchenstein (BL) Nadja Sutter

Offensive de formation continue pour les bénéficiaires de l’aide sociale

L’objectif de l’action sociale est de permettre aux personnes concernées de gérer si possible leur quotidien de façon autonome et de retrouver une indépendance financière. Cela n’est toutefois possible sur le long terme qu’avec une certaine formation de base. C’est pourquoi la CSIAS et la FSEA ont lancé en 2018 une offensive de formation continue. «Les bénéficiaires de l’aide sociale avec des compétences de base insuffisantes ou sans diplôme professionnel doivent pouvoir continuer à se former», note Andrea Beeler, codirectrice du projet offensive de formation continue. Dans le cadre de cette offensive, les services sociaux des communes sont soutenus dans la mise en place de structures de promotion. Informations: https://skos.ch/fr/themes/formation/offensive-de-formation-continue Andrea Beeler

Droits politiques pour tous dans le canton de Genève

Dans le canton de Genève, les personnes dont la capacité de discernement est limitée peuvent voter sur les objets cantonaux et communaux depuis 2021. En novembre 2020, la population avait accepté à une large majorité une modification constitutionnelle en ce sens. Un peu plus de 1600 personnes sous curatelle de portée générale sont concernées. Genève est ainsi le premier et jusqu’à présent le seul canton à mettre en œuvre l’article 29 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH) à laquelle la Suisse a adhéré en 2014. D’autres cantons, comme Neuchâtel, Vaud, le Valais, Lucerne, Soleure et Zurich, ont depuis lancé des initiatives similaires. La CDPH oblige les Etats membres à accorder des droits politiques à toutes les personnes handicapées. A Genève, c’est le canton qui est responsable de l’organisation des votations. Il a introduit des explications sur la procédure de vote en langage simple (Français facile à lire et à comprendre FALC). Une vidéo et un document PDF sont disponibles sur le site web du canton. «Les personnes souffrant d'une déficience mentale peuvent aussi avoir des opinions politiques.» Cyril Mizrahi, avocat et député au Grand Conseil du canton de Genève Annegret Mathari

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