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A l’aube d’une nouvelle ère, Moutier réajuste son administration

Depuis janvier, la crosse de Bâle remplace l’ours de Berne au fronton de la mairie et sur les documents officiels. Mais cette mue héraldique n’a pas aplani tous les écueils. Maire de Moutier depuis dix ans, Marcel Winistoerfer accuse le contrecoup. «L’exercice n’a pas été facile et nous n’en avons pas fini», lâche-t-il. Quatre ans et près de quarante accords dans le Concordat de transfert entre les deux cantons n’auront pas été de trop. Depuis le 6 janvier, dans les locaux de l’ex-préfecture, un guichet unique répond aux doléances de la population, projet pilote lancé par le canton du Jura pour être à son écoute. C’est à cet endroit aussi que les propriétaires de véhicules ont jusqu’au 30 avril pour réceptionner leurs plaques JU. «N’ayant pas touché leurs rentes AVS ou complémentaires, ou celles-ci ayant été versées à double par erreur, des habitants s’y sont rendus dès le 6 janvier», atteste l’édile. Des retards et couacs dus à un ennui de santé d’une employée communale et à un malentendu entre les caisses de compensation des cantons de Berne et Jura. Quelques frictions ont émaillé aussi le transfert d’informations entre l’administration communale et ce guichet, personne ne sachant quoi répondre. «Des autochtones se sont demandé par exemple s’il fallait payer leurs impôts deux fois cette année. Or tout a été réglé par des accords cantonaux», explique Pascal Eschmann, chargé des finances, des impôts et de l’urbanisme à Moutier. La ville est aujourd’hui à flux tendu avec son personnel. «Nous ne pouvons pas le compresser indéfiniment et garder les mêmes prestations. Nous nous demandons déjà à chaque départ à la retraite s’il ne faut pas resserrer», prévient Marcel Winistoerfer. En décembre prochain, plusieurs départements établiront à ce propos des rapports en vue d’ajustements. Un autre dossier n’est pas bouclé: l’école. Avec le cycle scolaire s’achevant à fin juillet, ce n’est qu’à partir du 1 er août que les classes seront intégrées dans le giron jurassien. Jusque-là, c’est le régime bernois qui prévaut. Si le plan d’études reste le même pour les élèves, les conditions de travail seront légèrement différentes pour le corps enseignant, Berne offrant plus de décharges et une appréciation plus large en matière de reconnaissance des diplômes. Ancien enseignant lui-même, le maire table sur une période de six ans pour une intégration complètement réussie. Pour finaliser ses budgets, la ville a régaté. «Il a fallu apprivoiser une autre façon de comptabiliser avec des différences dans le report des charges fiscales, financières et les quotités d’impôts», résume Pascal Eschmann. Le lissage a dû faire face à un obstacle imprévu. Le 1 er janvier dernier, tous les écrans des ordinateurs municipaux étaient noirs. «Du jour au lendemain, nous n’avons plus eu accès à la comptabilité bernoise et avons dû inventer un mécanisme pour boucler l’année 2025», explique-t-il. Pour l’exercice 2026, ses services se sont inspirés des budgets de Porrentruy et Delémont. Nouvelle venue dans le calcul jurassien de la péréquation financière intercommunale, Moutier percevra à ce titre environ 3 millions de francs en 2026. Les calculs étant réalisés à partir des résultats comptables des trois dernières années, trois ans au moins seront nécessaires pour clarifier sa situation et considérer son poids financier dans le canton du Jura. En attendant, le canton a fixé ce quotient à près de 3 millions. «Ce mécanisme artificiel durera le temps de retrouver des comptes à même d’être intégrés dans le mécanisme de calcul jurassien. Par solidarité, les autres communes ont joué le jeu», se réjouit Pascal Eschmann. Pour l’Association jurassienne des communes (AJC), «cette question qui aurait pu crisper a été bien anticipée». Sondées, les autres communes ont formulé alors un mécanisme validé par le canton. Soit une compensation en intégralité durant six ans, via le fonds de péréquation, des effets indésirables sur les communes. L’équivalent de 1,8 million de francs en moins pour les bénéficiaires et 800 000 francs en plus pour les contributrices au pot commun. Entre 2026 et 2031, les montants alloués à Moutier n’impacteront pas les autres. La solution a été rendue possible grâce à un fonds disposant à fin 2024 de 18,8 millions de francs de fortune. «Il a fallu apprivoiser une autre façon de comptabiliser avec des différences dans le report des charges fiscales et les quotités d’impôts.» Pascal Eschmann, chargé des finances, des impôts et de l’urbanisme à Moutier Alain Meyer

Secrétaire communal, une profession en pleine mutation

Anne de Steiger s’est inspirée de la cinquantaine d’entretiens qu’elle a réalisés auprès de secrétaires et employés d’administrations communales du canton de Fribourg pour esquisser les contours d’un métier qui s’est métamorphosé en quarante ans. Mais dont, étonnamment aussi, les bases s’acquièrent encore pour beaucoup sur le tas. Il fut un temps où parmi les secrétaires – jadis que des hommes – on scellait des contrats par des poignées de main, rappelle l’auteure. Depuis, par chance, le métier s’est féminisé. Les postes peuvent être partagés (job-sharing) et tout doit être écrit et consigné. Du moins dans le cloud. Car la cyberadministration s’est invitée à bord des 126 communes du canton avec ses guichets virtuels et risques inhérents de vols de données. «Le secrétaire communal numérique est de plus en plus rarement au contact des administrés», observe Anne de Steiger. Les fusions de communes ont aussi bouleversé plusieurs administrations, occasionnant des restructurations et des abandons ou transferts de postes pour éviter les doublons. «Quel est le poids du personnel communal dans un dossier de fusion», questionne-t-elle. Ornant la couverture de son livre, «Le secrétaire de commune» brossé en 1875 par le peintre Albert Anker, surmonté d’un bonnet de nuit avec une plume pincée entre les lèvres, présage d’une plongée dans un univers studieux à plusieurs facettes. Ancienne membre du législatif de la commune fribourgeoise de Belfaux (2016-2021), Anne de Steiger met à profit sa connaissance du terrain et ses compétences d’historienne pour dresser l’état des lieux d’une profession voisine de chef d’orchestre. Mais confrontée aujourd’hui, dit-elle, «à une prolifération de cas de contentieux et de demandes de justification» de la part des administrés. Garants de la mise en œuvre des décisions de l’exécutif, les secrétaires communaux doivent être polyvalents et capables de jongler entre droit public et privé, entre marchés publics et finances communales, entre documents à formaliser et informations à remonter. Dans l’intérêt général. Un sens aigu de la gestion et de l’organisation est par conséquent requis. Et une vision globale et transversale. Il n’est pas déconseillé non plus d’avoir la peau dure pour «désamorcer des tensions et sensibiliser les pouvoirs à des enjeux auxquels ils n’auraient pas pensé». En gros, il faut faciliter ici la réflexion, partant la prise de décision des exécutifs communaux, dit-elle. «Le statut de secrétaire milicien a aujourd’hui quasiment disparu.» Anne de Steiger, historienne L’oiseau rare est difficile à dénicher dans les petites localités. Parmi les nouveaux secrétaires, beaucoup n’ont plus de racines ou d’attaches avec la commune. D’où des difficultés à être dépositaire de sa mémoire en dépit d’archives. Jusque dans les années 1980, des secrétaires – souvent des enfants de la commune – faisaient carrière en battant des records d’ancienneté. Ce n’est plus le cas. Aussi parce que le métier est devenu plus exigeant avec l’ajout continuel de nouveaux dossiers (développement durable, cohésion sociale, etc.). A quand un guide pratique pour s’y familiariser? Anne de Steiger signale que les débuts peuvent être fastidieux pour qui débarque dans la profession. Depuis 2022, un groupe de travail se penche sur la publication d’un tel guide au sein de l’Association des Communes Fribourgeoises. Avec le temps, des filières de formation se sont heureusement créées pour se forger selon un cursus reconnu par l’ensemble des cantons romands. Anne de Steiger conclut que «le statut de secrétaire milicien a aujourd’hui quasiment disparu». Parallèlement, les administrations ont aussi tendance à gonfler en effectif, incitant «les autorités à mener une réflexion globale sur leur personnel». Elle cite le cas de Châtel-Saint-Denis, chef-lieu du district de la Veveyse, où en raison d’une forte poussée démographique et de la complexification des tâches, le nombre d’employés communaux a bondi. Le cœur du métier pourrait être «peu à peu délégué à des adjoints», explique-t-elle. Certaines besognes sont déjà mutualisées. Dans le district de la Gruyère, les communes ont mandaté ainsi un juriste extérieur pour obtenir des réponses rapides à des questions qui exigent une expertise. Informations: «Secrétaire communal, histoire d’un métier», par Anne de Steiger, édité par la Société d’Histoire du canton de Fribourg, 2023. Alain Meyer

Recherche personnel qualifié… désespérément

Si les emplois les plus malaisés à repourvoir relevaient jadis dans le canton de Vaud du domaine essentiellement technique (ingénieurs, géomaticiens, informaticiens), les besoins se sont bien élargis. A la tête de l’Union des communes vaudoises (UCV), Eloi Fellay constate «que les annonces concernent aussi maintenant le secteur de la finance avec des postes de boursier». C’est le cas à Gollion, dans le district de Morges, ou à Valeyres-sous-Rances dans le Nord vaudois. Quatre postes étaient aussi à repourvoir rien que pour les offices de la population des communes du canton début février. S’y ajoute, dit-il, «un manque de personnel stable et aux qualifications adéquates pour l’accueil de la petite enfance et du parascolaire». Les annonces pullulent en effet sur le site de l’UCV avec souvent la mention engagement de suite. «Le nombre de fois où les communes nous demandent de relayer leurs offres tend à augmenter», lance-t-il. D’environ 200 entre juin 2020 et juin 2021, elles sont passées à plus de 300 en un an. Bientôt une annonce par jour. Le Valais n’est pas épargné non plus par cette panne de personnel. Faisant écho à la fermeture début janvier des urgences la nuit à l’Hôpital du Valais à Martigny par manque de médecins, le président de Monthey Stéphane Coppey nous confirme des difficultés à recruter dans les soins, en particulier des infirmières et infirmiers pour les centres médicaux-sociaux et les homes. Même casse-tête pour la police de proximité, l’informatique ou pour dénicher des architectes et géomètres. La situation se tendrait aussi dans la construction avec les paysagistes et électriciens avec CFC. «Le nombre de fois où les communes nous demandent de relayer leurs offres tend à augmenter.» Eloi Fellay, directeur de l’Union des communes vaudoises (UCV) Directrice de l’Association des communes fribourgeoises, Micheline Guerry-Berchier dresse ce constat: «On observe aujourd’hui une plus grande mobilité du personnel communal alors qu’on comptait auparavant sur des secrétaires et caissiers qui faisaient carrière dans la commune et y habitaient. Le personnel peut davantage se former et faire valoir ses compétences pour monter les échelons ou postuler dans d’autres administrations.» Dans son canton, les secteurs de la finance et de l’informatique sont vulnérables par exemple. «On observe aujourd’hui une plus grande mobilité du personnel communal alors qu’on comptait auparavant sur des secrétaires et caissiers qui faisaient carrière dans la commune et y habitaient.» Micheline Guerry-Berchier, directrice de l’Association des communes fribourgeoises Cette pénurie préoccupe moins la grande commune genevoise de Meyrin et ses 25 000 âmes. «Les seuls profils pour lesquels nous rencontrons des difficultés sont les responsables de projets pour le génie civil et l’urbanisme», confesse Eric Spielmann, responsable des RH. Mais depuis le COVID-19, l’engagement de collaborateurs saisonniers s’avère ardu, surtout l’été pour le gardiennage des piscines. «Beaucoup ont recherché depuis des activités plus pérennes», estime-t-il. Dans le canton du Jura, le maire de la commune de Boncourt Lionel Maître s’inquiète, lui, d’une pénurie dans les métiers techniques, le bâtiment notamment. «J’avoue que les places dans l’administration sont appréciées par ici pour leur stabilité», relativise-t-il. Sa commune n’aurait recours à des frontaliers français que pour des remplacements. Mais plus au sud, à Bienne, la situation semble plus complexe puisqu’une prime de 800 francs devrait être accordée dans les prochains mois aux employés de la ville, du moins celles et ceux bénéficiant de contrats à durée indéterminée, qui recommanderaient à des connaissances de postuler. Du personnel soignant manque dans les EMS. Idem pour les crèches et écoles à journée continue. «Nous cherchons aussi un jardinier-paysagiste», admet Ruth Perracini-Liechti, responsable du personnel municipal. «J’avoue que les places dans l’administration sont appréciées par ici pour leur stabilité.» Lionel Maître, maire de la commune de Boncourt (JU) Concernant la santé, elle doit admettre que des directives cantonales imposent un plan de postes à respecter, la santé restant une prérogative cantonale. «Mais en cas de maladie, de grossesse ou autres absences et départs, il devient toujours plus dur de trouver du personnel pour assurer la transition. Il arrive en outre que nos annonces ne débouchent sur aucune réponse», avoue-t-elle. Début février, les autorités ont fait le forcing avec des affiches bilingues où il est écrit «Arbeite für die Stadt que tu aimes». La ville veut aussi en profiter pour faire des appels du pied au personnel du canton voisin de Neuchâtel, à qui Bienne offre des cours d’allemand parlé à la pause à midi. Mais les candidatures peinent à tomber. Et pour cause. Selon Frédéric Mairy, président de l’Association des communes neuchâteloises (ACN), son canton fait aussi face à des problèmes pour recruter dans les structures d’accueil extrafamilial en raison d’un nombre de places qui a fortement augmenté. Des personnes compétentes pour la gestion des eaux ne se poussent pas non plus au portillon dans le canton. A la tête de l’exécutif de Val-de-Travers, Frédéric Mairy relève que les enjeux énergétiques conduisent également toujours plus de communes à se doter d’experts. «Car elles n’ont pas la capacité de proposer des postes à taux d’activité suffisant pour être attractifs.» Conséquence: des emplois mutualisés voient le jour. Les communes de Val-de-Travers et du Littoral Ouest se partagent déjà un coach en insertion professionnelle. Un contrat avec 40% pour le Val-de-Travers et 60% pour le Littoral Ouest. Un poste de délégué à l’énergie pourrait être aussi mutualisé. Même topo pour la santé. Depuis janvier, les services ambulanciers de Val-de-Travers et de Val-de-Ruz se sont ainsi regroupés en une seule S.à.r.l. en main publique. Alain Meyer

Moutier fait sa mue pour devenir jurassienne  

«Les commune bernoises et jurassiennes remplissent à peu près les mêmes missions», résume avec sérénité Valentin Zuber, président de la délégation du Conseil communal de Moutier aux affaires jurassiennes. Et à ce titre impliqué dans l’opération de transfert du canton de Berne vers celui du Jura. Une transition effective au 1 er janvier 2026 si les parlements des deux cantons et l’Assemblée fédérale entérinent à leur tour ce changement d’appartenance. Pour rappel, à fin mars 2021, la population de Moutier a décidé dans les urnes de se rallier au Jura avec près de 55% de oui, au détriment de Berne. Depuis le résultat de cette votation et même si des rancœurs surgissent encore ici et là, «peu d’habitants ont quitté la commune, une dizaine à peine», estime Valentin Zuber. «Un chiffre vraisemblablement sous-estimé», selon le camp anti-séparatiste. Mais d’autres départs pourraient être enregistrés. «Des personnes qui ne souhaitent pas vivre dans le Jura», synthétise-t-il. Autre face de la médaille, Valentin Zuber s’attend aussi à l’arrivée de nouveaux habitants. «Notamment des Jurassiennes et Jurassiens qui ont fait leur carrière dans de grandes villes et qui envisagent de s’établir dans le Jura pour leurs retraites.» Chicanes administratives, synchronisation des agendas politiques, reprise de biens immobiliers bernois, requêtes en tout genre de la population. Le fardeau à porter pour réaliser cette opération en douceur n’est pas mince pour les autorités communales. Deux changements fondamentaux apparaissent. L’un qui aura une incidence directe et négative sur le personnel. «Nous n’aurons plus de service social à Moutier dans trois ans», concède Valentin Zuber. Le personnel touché, soit aujourd’hui 26 personnes entre plein-temps et temps partiel dont des pendulaires habitant déjà le Jura, se verra proposer des postes équivalents dans l’administration jurassienne. «Une procédure commune au Jura et à Moutier a été créée en matière de ressources humaines (RH) pour accompagner de tels cas», garantit-il. Un autre bouleversement ouvre des perspectives plus attrayantes. Moutier aura à l’avenir la main sur le secteur de l’urbanisme, de l’aménagement du territoire et des permis de construire. Un dicastère du ressort cantonal sous régime bernois. «Nous allons pouvoir ainsi créer notre propre service, faire parler nos sensibilités, avoir notre mot à dire», énumère l’élu. Pour le reste, une foule de détails sont à régler et la population n’est pas avare de questions. Dont l’une, récurrente, a trait au nombre de jours fériés qui diffère entre la Berne protestante et le Jura catholique. «On va quitter un canton avec l’un des taux les plus bas de jours fériés pour rejoindre l’un de ceux, avec Soleure, qui en compte le plus», indique Valentin Zuber. Dix dans le canton de Berne contre pas loin d’une quinzaine dans celui du Jura. «A partir de quand en bénéficiera-t-on?», s’interrogent des autochtones. Dans le commerce de détail, on s’en inquiète plutôt. Jusqu’à proposer un report pour ne pas prétériter les affaires. Une situation ubuesque puisque Jurassiennes et Jurassiens apprécient et apprécieront sans doute encore jusqu’à fin 2025 se rendre à Moutier… pour faire leurs emplettes durant leurs jours fériés. «La population nous pose des questions très terre-à-terre avec des conséquences quotidiennes, loin des grands enjeux sociétaux qui nous préoccupent.» Valentin Zuber, président de la délégation du Conseil communal de Moutier aux affaires jurassiennes Autre changement pour les bars et dancings. La loi jurassienne sur les auberges y est moins libérale qu’à Berne, catholicisme oblige. Dans le Jura, on ne danse pas les jours de fêtes religieuses. Comme on n'y lave pas sa voiture le dimanche. Autre différence notoire: la vente d’alcools dans les stations-service n’y est pas autorisée. «La population nous pose des questions très terre-à-terre avec des conséquences quotidiennes, loin des grands enjeux sociétaux qui nous préoccupent», analyse Valentin Zuber. La nouvelle appartenance désoriente aussi les milieux scolaires, l’école étant du ressort cantonal. Nombre d’enseignants se questionnent quant à leurs futurs statuts et salaires car de gros changements sont à prévoir d’un point de vue organisationnel. «Les directions d’école ne tiennent pas le même rôle dans le Jura et à Berne. Tout en suivant le plan d’étude, ces dernières conservent une grande liberté pédagogique côté bernois. Tandis que dans le Jura, l’enseignement se rapproche plus de la Suisse romande et de la France. Un service plus hiérarchisé au pouvoir quasi incontournable», résume Pierre Sauvain, chargé de l’éducation au Municipal de Moutier. «On devra vite donner des réponses aux personnes concernées, car en cas d’incertitudes, des enseignants pourraient être tentés d’aller s’engager ailleurs.» Pierre Sauvain, chargé de l’éducation au Municipal de Moutier L’échelle des salaires est également différente. «En début de carrière, l’enseignant jurassien gagne davantage, mais le cours s’inverse ensuite avec des différences qui peuvent s’avérer parfois conséquentes. On devra vite donner des réponses aux personnes concernées, car en cas d’incertitudes, des enseignants pourraient être tentés d’aller s’engager ailleurs», prévient-il. Pierre Sauvain rappelle toutefois les promesses du Jura: pas de licenciement, pas de baisse de salaire. Une phase de transition pourrait être mise en place pour les professeurs avec le plus d’ancienneté, alors que les nouveaux seraient engagés au barème jurassien. Enfin, le Jura n’engage pas d’enseignants sans formation idoine, alors que Berne ne rechigne pas à en recruter, confronté à une pénurie. Alain Meyer

Cyberadministration: Porrentruy se digitalise

La Municipalité de Porrentruy amorce ce printemps le début de sa transformation digitale avec l’installation de bornes interactives au cœur de son administration communale. Un projet-pilote que d’autres communes du Canton du Jura observeront avec attention. Des bornes avec écran tactile devraient accompagner les citoyennes et citoyens dans l’utilisation des services en ligne. Ici pour régler des questions fiscales ou là remplir des formulaires administratifs. Alors que la loi fédérale sur l’utilisation des moyens électroniques pour l’exécution des tâches des autorités a été mise en consultation jusqu’à fin mars, plusieurs communes jurassiennes souhaitent s’accrocher au train en marche en réduisant la fracture numérique. Le Canton du Jura, à l’initiative du projet-pilote mené ces jours à Porrentruy, identifie cette fracture comme un enjeu majeur de notre société. En outre, il fait déjà partie des administrations innovantes du pays en matière de cyberadministration. Entre autres grâce à son Guichet virtuel mis à disposition de plusieurs cantons au-travers de l’association iGovPortal.ch. Le maire de Porrentruy Gabriel Voirol estime «entre 30 et 40%» le nombre de personnes toujours peu à l’aise dans sa commune avec les nouveaux outils numériques. Voire rétives. Un tiers de citoyennes et citoyens qu’il convient de ne plus laisser sur le bas-côté de la route. «C’est un projet très simple avec un accès facile. Un local a été aménagé dans les bureaux de la Municipalité pour offrir une première initiation devant cette borne à toute personne désirant se faire accompagner à l’abri des regards. Au surplus, nous allons contacter des associations en lien avec les aînés-es pour que des cours leur soient proposés». Dans l’air du temps, cette mue devrait «simplifier la vie des gens» confrontés, selon lui, aux méandres de l’administration et ne sachant parfois plus si des prestations sont plutôt du ressort communal, cantonal ou fédéral. Les promoteurs du projet parlent déjà d’instaurer au fil du temps «un point de contact unique». David De Groote, responsable des projets d’administration en ligne au sein du Service informatique du Canton du Jura, réfléchit depuis plusieurs mois à ces questions d’interconnexion facilitée. Il précise qu’une borne «a déjà été mise en place depuis septembre à Delémont, à la section des bourses et prêts d’études». Mais si le canton du Jura incite les communes à effectuer leur mue, l’impulsion en revient aussi à l’entreprise américaine d’informatique et de collaboration sécurisée Cisco, qui promeut en Suisse son programme «Digital Acceleration» pour réduire la fracture numérique tout en proposant un accompagnement de proximité dans l’utilisation des services en ligne. «Cisco s’engage financièrement en fournissant notamment l’appareillage à la Municipalité de Porrentruy, un projet pour lequel le canton n’a déboursé que quelques milliers de francs jusqu’ici», assure M. De Groote. Des discussions ont aussi eu lieu sur la protection des données. Que deviendront-elles une fois entrées dans la borne ? «Dès la recherche terminée, l’utilisatrice ou l’utilisateur se déconnecte au bas de l’écran de la borne, ce qui réinitialise le système. Aucune donnée n’est conservée ni par les autorités ni par le fournisseur de la borne Cisco». «C’est un projet très simple avec un accès facile. Un local a été aménagé dans les bureaux de la Municipalité pour offrir une première initiation devant cette borne à toute personne désirant se faire accompagner à l’abri des regards.» Gabriel Voirol, maire de Porrentruy (JU) David De Groote cite l’exemple de l’évolution des guichets des compagnies aériennes pour bien montrer dans quelle direction cette accélération devrait mener demain. «A l’aéroport, il y avait au départ des guichets. Puis, des bornes interactives ont été installées avec des hôtesses pour guider les voyageurs dans l’enregistrement de leurs données. Les hôtesses ont ensuite disparu, et finalement les bornes. Et tout le monde utilise désormais son Smartphone de manière autonome et simple», résume-t-il. Qu’adviendra-t-il aussi du personnel chargé de répondre aujourd’hui derrière des guichets bien physiques aux doléances de la population ? Le maire de Porrentruy Gabriel Voirol se réjouit de pouvoir l’occuper à d’autres tâches. «Nous manquons déjà de collaborateurs. Nous n’allons licencier personne avec l’introduction de ces bornes, d’autant que notre personnel est polyvalent». Mais gérer au quotidien des documents administratifs est une autre paire de manches que d’enregistrer des données de vols. «Le processus de mise en place est en effet plus long. Nous souhaiterions qu’en cliquant sur le bouton d’un service en particulier, les administrés-es d’une commune puissent avoir directement accès via cette borne, par audio ou vidéoconférence, à une personne ou un service compétent», poursuit David De Groote. Un raccourci utile pour les habitantes et habitants d’une commune devant s’adresser à un service situé dans une autre localité du canton. Un clic leur éviterait de se déplacer. Mais une bonne application du système est aussi dépendante d’une infrastructure adéquate pour héberger les bornes. Eviter par exemple trop d’écho dans la pièce où celles-ci se trouvent. «Le lieu doit être insonorisé pour assurer toute confidentialité lors des discussions par vidéoconférence». Quant au coût d’une telle borne interactive, David De Groote évoque quelques milliers de francs, «le prix d’un bon ordinateur». L’approche d’un partenariat public-privé a été privilégiée pour mener à bien ce projet-pilote entre le canton du Jura et l’entreprise Cisco, cette dernière investissant déjà dans des projets innovants liés à la digitalisation des administrations publiques en Suisse. «Ce type de réalisation s’inscrit parfaitement dans l’esprit de notre initiative suisse Country Digital Acceleration, qui consiste à co-investir dans des projets qui permettent de créer de la valeur pour le pays, son économie et ses citoyens, en se focalisant sur la digitalisation de services e-gouvernement et la stimulation du développement économique régional», souligne Joel Curado, Country Digitization Acceleration Leader – Digital Village chez Cisco. Si le projet mené à Porrentruy fait ses preuves, d’autres bornes pourraient être aménagées dans d’autres services de l’administration jurassienne ainsi que dans d’autres communes du canton. «Trop petites, certaines communes ne possèdent déjà pas ou plus de permanence», constate de son côté Spyros Papadimitriou, lequel assure la gestion et la coordination du projet-pilote mené à Porrentruy. Selon lui, les communes de Courgenay et de Haute-Sorne seraient déjà intéressées à suivre le processus en marche. Et il est même question de placer à l’avenir des bornes interactives non seulement au cœur des administrations, mais aussi dans des entreprises et d’autres lieux de vie dans les communes. Alain Meyer

Le ramassage des déchets alimentaires opère sa mue digitale

L’avènement des «villes intelligentes» (Smart Cities) implique de penser les communes en y intégrant des technologies innovantes et cohérentes. Depuis 2011, la société Satom SA à Monthey/Villeneuve déploie en Valais et dans le canton de Vaud l’application GastroVert, un service de gestion optimale des déchets alimentaires au moyen notamment d'interfaces informatiques. D’ici peu, près de 35 communes en seront équipées dans une zone entre le Bas-Valais, la Riviera vaudoise et le Pays-d’Enhaut. Avec des extensions vers le Valais central et le Haut-Valais en collaboration avec la déchetterie d'Uvrier. Sur demande des communes, des bacs de 180 litres pouvant contenir en moyenne 85 kilos de déchets ont été installés pour les ménages. Le système calcule le taux de remplissage des bacs et déclenche automatiquement l’ajout de ceux-ci à la collecte du prochain jour. Des bacs de 140 litres sont installés auprès des professionnels de la restauration qui en font la demande. Ceux-ci peuvent, au moyen de l'interface informatique, requérir une collecte ou en demander la suspension. Ces ramassages ont lieu chaque jour ouvrable de la semaine. Le transporteur a toutes les informations à sa disposition sur une tablette et saisit en temps réel les opérations effectuées. En favorisant l'élaboration optimale des tournées, les déplacements sans raison peuvent ainsi être évités, d'où des gains au niveau environnemental mais également financiers. Malgré la fermeture des cafés et restaurants à cause de la pandémie, quelque 5000 tonnes de déchets ont été collectées l’an passé. Mais jusqu’à 10'000 tonnes pourraient être ramassées potentiellement. En Valais, plusieurs collectivités publiques profitent déjà de ce système informatique incluant à la fois usagers, communes, transporteurs et gestionnaires de déchets. Chaque commune dispose de son propre accès qui lui permet d'attribuer les cartes à ses citoyennes et citoyens et, par exemple, de suivre l'usage de chaque point de collecte pour en optimiser la répartition sur le territoire. Avec quels résultats pour les communes de Saillon et de Vétroz? La gestion des déchets figure bien en évidence sur la page d’accueil du site Internet de Saillon (VS), commune d’un peu moins de 3000 âmes. Introduit depuis 2019, GastroVert y a été plébiscité par une population préalablement sondée. « Notre souhait était de trouver la meilleure méthode de revalorisation possible pour l’élimination des restes d’aliments », confirme Sabine Crettenand, collaboratrice administrative. Dans sa commune, les restes alimentaires sont regroupés dans des conteneurs fermés et accessibles à tout le monde à pied. Un service compris dans la taxe de base. S’y ajoute la distribution de cartes électroniques d’accès à usages multiples permettant aux personnes établies à l’année et aux résidences secondaires d’être les seules à avoir le droit d’utiliser ce service. «Environ 50% des ménages adoptent GastroVert quelques mois après son introduction», estime-t-on chez Satom. Dans certaines villes, une majorité des restaurants y adhérent déjà. Pour Sabine Crettenand, ce service optimise la desserte dans les quartiers de Saillon en retirant en temps opportun les sacs compostables. Ce qui évite de les ramasser quand les bacs sont à moitié vides. «Cela réduit également la circulation». La population peut aussi interagir en informant Satom par smartphone, au moyen d'un QR Code, si des pannes interviennent. De plus, des améliorations sont toujours apportées au système. Un pédalier pour ouvrir les bacs sans contact manuel a été monté pour se prémunir de la pandémie. Si la commune de Saillon ne réalise pas à proprement dire une grande économie avec l’usage de GastroVert, elle bénéficie en revanche d’un gain au niveau de la gestion des pannes, «cette prise en charge étant réalisée à distance par le fournisseur», note Sabine Crettenand. Mais les grands gagnants sont surtout les consommatrices et consommateurs qui ne jettent plus leurs restes d’aliments dans des sacs taxés comme jadis. «Un ménage de Saillon économise quelque 50 francs par année», estime-t-elle. Elle relève encore que GastroVert «permet d’anticiper, surtout vers la fin de la semaine, si les conteneurs doivent être prélevés avant le week-end ou pas». Une fois réceptionnés, les déchets sont contrôlés par Satom, qui préconise en moyenne un point de collecte pour environ 150 ménages. Pour les 9000 ménages de la ville de Monthey par exemple, 50 emplacements ont été équipés et une dizaine d’autres devraient suivre en 2021, par souci de proximité. A Vétroz, le président de la commune Olivier Cottagnoud est lui aussi très satisfait d’avoir introduit GastroVert depuis deux ans. «Ce système ne nous a occasionné jusqu’ici aucun souci», confie-t-il. La qualité du tri est bonne avec une meilleure évaluation des taux de remplissages et une optimisation des tournées. «Au départ, notre motivation était orientée vers une meilleure valorisation des déchets ménagers alimentaires plutôt que d’opérer une véritable mue digitale», précise-t-il. Olivier Cottagnoud soutient que GastroVert permet une meilleure évaluation des emplacements pour les collectes de déchets en fonction de l’adresse des utilisateurs du système. Informations: www.gastrovert.ch Alain Meyer

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