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Vieillir dans sa commune

La majorité des gens souhaitent continuer à vivre chez eux une fois l’âge venu. C’est ce que révèlent les enquêtes effectuées régulièrement par la fondation «Age-Stiftung». C’est compréhensible: rester chez soi est synonyme de liberté et de qualité de vie. Ce n’est que lorsque l’âge induit des problèmes de santé ou qu’il n’est plus possible de faire autrement que des appartements protégés pour séniors ou d’autres équipements adaptés aux personnes âgées deviennent nécessaires. Cela place les communes devant de gros défis stratégiques et de planification. En raison de l’évolution démographique et pour rester attrayantes pour leur population en termes d’espaces de vie et d’habitat, les communes sont tenues de créer des conditions-cadres favorables pour le logement des aînés et d’introduire les prestations correspondantes. De nombreuses communes disposent aujourd’hui de stratégies en matière de vieillissement et s’engagent en faveur d’une politique de la vieillesse englobant divers secteurs et thèmes. En plus de l’aide au niveau sanitaire, des aides au quotidien, des relations et une participation sociale sont demandées. Ce constat gagne en importance. Il s’agit d’aborder les secteurs de la vie et du logement en les mettant davantage en réseau et en y intégrant systématiquement la population âgée. «Créer des environnements favorables aux aînés» signifie créer un contexte qui répond aux besoins des personnes âgées et qui promeut leur santé, leur autonomie et leur participation. Le travail stratégique en faveur des séniors au sein de la commune est une tâche transversale exigeante qui touche de nombreux domaines politiques et compétences. Vous découvrirez dans cette édition comment les communes relèvent ces défis et quels nouveaux chemins elles empruntent en matière de politique de la vieillesse, avec des investisseurs privés ou en commun avec des communes voisines. Très bonne lecture! Claudia Hametner

Des crédits toujours avantageux pour les logements d’utilité publique

«Au conseil communal, nous avons longtemps discuté des logements pour les personnes âgées», se rappelle Guy Petter, syndic de Mont-Vully (FR). «Mais seul un legs qui leur était spécialement affecté a permis de créer la coopérative.» En collaboration avec le Réseau Santé du Lac, une association régionale à but déterminé, la Coopérative d’habitation du Vully a ensuite construit 27 logements pour personnes âgées dans le quartier de Sugiez. Lorsque l’ensemble a ouvert ses portes en 2018, ils étaient déjà tous loués. Ce genre de coopération se rencontre fréquemment; elles soulagent les communes et assurent l’offre de logements souhaitée. Simone Gatti, experte en logements pour personnes âgées, relève que la loi sur le financement des soins, en vigueur depuis 2011, incite les communes à proposer aux personnes âgées des moyens de vivre de manière autonome puisque dorénavant, elles sont tenues d’assurer l’aide à la personne dans les soins stationnaires. Hanspeter Käppeli connaît bien le projet de Vully; à l’époque, il a conseillé la coopérative sur le plan du financement. Aujourd’hui membre du Comité de la Centrale d’émission pour la construction de logements CCL, il déclare: «Leurs prêts étant garantis par des cautions de la Confédération, les maîtres d’ouvrages d’utilité publique se financent auprès de la CCL à des conditions très avantageuses. À Vully, grâce à l’hypothèque de la CCL, la coopérative économise près de 1.5% par an, soit 60 000 francs pendant 14 ans.» Cela a une incidence sur les loyers: «En moyenne, un appartement de 2.5 pièces coûte 1110 francs net», précise Markus Ith, Président de la coopérative. Cela permet de rester au-dessous de la limite des coûts de logement des prestations complémentaires tout en permettant de procéder à des amortissements. «Ainsi, nous constituons du capital tout en nous permettant peut-être d’utiliser notre savoir-faire pour un autre projet dans la région», espère M. Ith. Alors qu’au niveau local, l’encouragement du logement prend des formes nombreuses (voir «Commune suisse 9/2020»), trois instruments sont utilisés au niveau fédéral sous le parapluie de la loi encourageant le logement à loyer ou à prix modérés: le Fonds de roulement, la Centrale d’émission pour la construction de logements CCL et la Coopérative de cautionnement hypothécaire. La CCL lance plusieurs fois par an des emprunts sur le marché des capitaux. Leur volume actuel s’élève à près de 3.5 milliards de francs. Avec les fonds ainsi récoltés, elle accorde à ses membres des crédits hypothécaires à long terme à taux fixe. Ces financements servent à subventionner près de 35 000 logements dans plus de 300 communes. Les prêts octroyés par la CCL sont garantis par une caution de la Confédération. Le Parlement y alloue périodiquement un crédit-cadre – le dernier en date remonte au 3 mars 2021 et porte sur 1.7 milliard de francs. «L’Association des Communes Suisses a soutenu cet objet au Parlement et contribué au résultat très net lors du vote», déclare avec satisfaction Ernest Hauri, Président de la CCL. Mike Weibel

À Bulle qui dit Pass’âge, dit partage

Impôts, gestion du budget, assurances, droit du bail, citoyenneté: voici des exemples de défis auxquels l’on est confronté lorsqu’on atteint la majorité civile. S’en démêler n’est pas toujours évident, surtout si on n’a pas autour de soi quelqu’un vers qui se tourner pour recevoir de l’aide. C’est à partir de ce constat que la Ville de Bulle, à l’initiative de sa Commission jeunesse et famille, a décidé de mettre en place le projet Pass’âge . Il s’adresse principalement aux jeunes ayant terminé la scolarité obligatoire (16-25 ans). Le projet a été mis sur pied par le Service de la jeunesse et par la déléguée aux seniors de la ville, qui a assuré le contact avec les seniors bénévoles. Pascal Pernet, chef du Service de la jeunesse, souligne l’importance de cette coopération: «Le fait d’avoir à la commune un Service de la jeunesse et une déléguée aux seniors était la condition idéale pour réaliser ce projet en collaboration.» Le projet est promu auprès des jeunes via les réseaux sociaux ainsi que par le biais des animateurs socioculturels, des travailleurs sociaux hors murs du Service de la jeunesse et des travailleurs sociaux en milieu scolaire. Depuis son début en septembre 2020, une douzaine de binômes ont été formés. Lorsque l’on pense à une relation de bénévolat impliquant jeunes et aînés, on imagine souvent que ce sont ces derniers qui reçoivent de l’aide – le contexte lié à la COVID-19 en fournit plusieurs exemples. Dans le cadre du projet Pass’âge la situation est inversée. Des personnes à la retraite tout comme des personnes encore actives professionnellement souhaitant donner aux jeunes un coup de main se sont annoncées en tant que bénévoles. C’est le cas de Dominique Voirol, 63 ans, Key Account Manager, qui s’est mis à disposition en répondant à un appel paru dans le bulletin de la Ville de Bulle. Il a déjà «coaché» quatre jeunes – deux filles et deux garçons. «Je suis convaincue de la richesse sans limites du rapprochement entre les générations.» Mireille Niquille, déléguée aux seniors de la Ville de Bulle Lorsqu’ils prennent contact avec le Service de la jeunesse, les jeunes expliquent comment ils aimeraient être aidés. Ils peuvent trouver un soutien dans le domaine administratif mais également dans des domaines scolaires. Le Service organise alors une rencontre avec un senior sur la base des domaines de compétence indiqués par chaque bénévole. Cette première séance, qui a lieu avec un représentant du Service de la jeunesse, est importante pour se connaître, clarifier les besoins et les souhaits du jeune et préciser le cadre de fonctionnement du binôme. Une charte, qui est signée par les deux parties, a été élaborée à ce propos. Le duo formé est ensuite libre de s’organiser indépendamment; le Service de la jeunesse reste à disposition, en coulisse, en cas de nécessité. Les premières rencontres sont souvent organisées dans les locaux du Service, mais peuvent aussi avoir lieu ailleurs, par exemple au domicile d’une des deux personnes. Selon les cas, les binômes se rencontrent de manière régulière ou ponctuelle. Il se peut que ce passage de compétences advient aussi dans l’autre direction. «Je suis convaincue de la richesse sans limites du rapprochement entre les générations. L’échange entre deux générations permet aux seniors de se sentir considérés et valorisés en partageant leurs grandes connaissances, leurs expériences et leur vécu.» dit Mireille Niquille, déléguée aux seniors de la Ville de Bulle. Son souhait: «J’espère que les jeunes qui profiteront de ce soutien pourront, à leur tour, aider les seniors dans un domaine où ils sont à l’aise, je pense en particulier aux outils informatiques et à toute ces nouvelles technologies pour lesquels les seniors se sentent parfois dépassés.» Ce qui a amené M. Voirol à s’engager dans le cadre du projet Pass’âge c’est surtout le contact avec les jeunes et la volonté de transmettre ce qu’il a appris. M. Voirol a fourni par exemple son soutien de manière ponctuelle pour des questions d’impôts; actuellement, il accompagne un adolescent pour un soutien scolaire deux fois par semaine. Un autre bel exemple: il a aidé une jeune bulloise de 19 ans, récemment naturalisée, à se familiariser avec la procédure de vote, qu’elle a expérimentée pour la première fois aux élections communales de mars 2021. Il n’oublie pas de souligner l’importance de la dimension sociale: «Si on est intéressé à ce projet, c’est parce que l’on veut créer du lien social, on n’est pas intéressé qu’au bénévolat. On est aussi intéressé parce qu’il s’agit d’un partage, ça va dans les deux sens.» Cette intention est dans l’esprit des organisateurs du projet, comme le souligne Mireille Niquille: «Ce que nous attendons tous de ces binômes, c’est qu’une relation d’amitié, de confiance s’installe entre eux et qu’il en ressort de bons moments de partage.» M. Voirol est convaincu que ce projet pourrait aider beaucoup de jeunes comme beaucoup de personnes âgées: à son avis, il y aurait beaucoup plus de gens disponibles, si seulement la communication sur cette offre était intensifiée. Quant à lui, il a déjà recruté parmi ses amitiés une autre bénévole, qui a déjà offert à deux jeunes filles son soutien dans les langues. «Si on est intéressé à ce projet, c’est parce que l’on veut créer du lien social; parce qu’il s’agit d’un partage, ça va dans les deux sens» Dominique Voirol, bénévole du projet Pass’âge Luisa Tringale

Prendre soin de ses aînés

Le «Service aînés seules» – Servizio Anziani Soli – de Mendrisio, seul service de ce type au Tessin, repose sur la collaboration entre le Département des politiques sociales et le Département de la sécurité publique. Il s'adresse à la population de plus de soixante-dix ans de Mendrisio qui vit seule à domicile et vise à prévenir les situations d'isolement. Chaque année, l’«Antenne personnes âgées» contacte les citoyens âgés de 70, 73, 76 ans ou plus, en leur proposant une rencontre avec un travailleur social de la ville. Les personnes qui décident de bénéficier de ce service reçoivent des visites de courtoisie régulières d'un agent de la police municipale, dont la tâche fondamentale est de détecter précocement les éventuelles situations de difficulté et d'y remédier par la mise en réseau avec les partenaires sociaux du quartier. Le service est géré par les travailleurs sociaux de la ville et par un agent de police municipale. En 2021, le service sera renforcé par un projet pilote mené en collaboration avec Pro Senectute – qui, au Tessin, a le mandat de s'occuper de l'insertion des personnes bénéficiaires de prestations sociales. L'équipe comprendra deux personnes, bénéficiaires de prestations sociales, qui, dûment formées et préparées, rendront visite aux personnes âgées. Compte tenu de l'évolution démographique de la population, il est en effet nécessaire de renforcer l'offre du service, en répondant au besoin constant et progressif des personnes seules à domicile et afin de maintenir les meilleures conditions possibles et complémentaires (famille, services et ressources communautaires). Ce sera également l'occasion de développer des synergies entre le besoin d'insertion professionnelle des personnes bénéficiaires de prestations sociales et le besoin de la population âgée de maintenir des relations sociales. L'intégration de politiques concernant la qualité de vie à domicile, les espaces urbains, les rencontres entre générations est l’un des défis que la ville est appelée à relever, en partant du principe que le bien-être résulte de plusieurs facteurs tels que la qualité du vivre ensemble, le milieu humain, les modes de vie. Il devient donc de plus en plus important et nécessaire pour les communes de favoriser et de développer des actions et des interventions ciblées pour construire des réseaux communautaires, promouvoir de modes de vie sains et des espaces adaptés aux enfants et aux personnes âgées. Tiziana Madella

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