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«Chaque commune devrait se préoccuper de l’IA»

L’intelligence artificielle se développe de manière fulgurante. Les administrations publiques doivent toutefois faire preuve de prudence dans son utilisation. Des données saisies une seule fois dans un outil d’IA peuvent devenir publiques, ce qui ne doit absolument pas se produire, en particulier lorsqu'il s'agit de données personnelles sensibles. L’expert IA Reto Vogt recommande aux communes de de se saisir de ce thème, d’élaborer des directives et de former les collaboratrices et collaborateurs à l’utilisation de l’IA. Pour les communes, les outils d’IA peuvent notamment être utiles dans la communication avec la population, dans la mesure où ils peuvent contribuer à rédiger de façon plus compréhensible des textes sur Internet, des newsletter ainsi que des communiqués de presse. Des chatbots IA sur les sites web des communes peuvent aussi être pertinents, car ils permettent de répondre à des questions dans plusieurs langues. Les communes devraient cependant veiller à ce que ces chatbots n'aient accès qu'aux informations fournies et ne fassent pas des recherches sur l’ensemble d’Internet. Cela minimise le risque de fausses réponses. En effet, les communes en assumeraient la responsabilité, une responsabilité qu’elles ne peuvent déléguer à l’IA. Nadja Sutter

Un assistant virtuel, mais plus que jamais une équipe derrière

Comment offrir aux communes un accès rapide et fiable à l’information, tout en renforçant l’accompagnement humain? Cette question a guidé le développement de l’assistant virtuel de l’Association des Communes Fribourgeoises (ACF), mis en ligne il y a quelques mois. Cet outil, fondé sur un moteur d’intelligence artificielle spécifiquement entraîné sur les contenus utiles aux communes du canton de Fribourg, est directement accessible depuis l’intranet de l’ACF. Il est alimenté par les documents de référence de l’association (fiches pratiques, modèles, FAQ, réponses rédigées par les collaborateurs, extraits de formations), ainsi que par les bases légales cantonales et fédérales pertinentes. L’assistant ne sort pas sur internet et n’utilise aucune source externe. Il fonctionne en circuit fermé. A ce jour, l’assistant virtuel a déjà répondu à plus de 1800 questions. L’analyse des requêtes montre que les utilisateurs posent majoritairement des questions précises, concrètes, souvent très ciblées: seuils de marchés publics, compétences des autorités, aides disponibles pour certains projets. Ces demandes expriment un besoin de «déblocage» rapide: une information claire pour prendre une décision, avancer dans un dossier ou orienter un citoyen. Contrairement à certaines craintes liées à l’arrivée de l’IA, l’outil n’a pas entraîné de baisse des sollicitations adressées à l’équipe de l’ACF. Au contraire, les demandes ont augmenté, mais elles sont devenues plus complexes, plus stratégiques, plus transversales. Le chatbot a permis de filtrer les demandes les plus simples, offrant à l’équipe le temps de se consacrer davantage à des situations nécessitant une analyse fine et sur mesure. Avec un peu de recul, une idée se confirme peu à peu: l’intelligence artificielle trouve tout son sens lorsqu’elle permet de renforcer le travail humain, et non de s’y substituer. Utilisée avec clarté et mesure, elle peut apporter un réel gain d’efficacité et contribuer à mieux valoriser les compétences de terrain. C’est le choix que nous avons fait, avec un outil ciblé, ancré dans les besoins concrets, au service d’une administration communale plus réactive. Le développement de l’assistant virtuel n’a pas exigé de moyens disproportionnés. Il s’est appuyé sur des briques technologiques existantes, adaptées à notre environnement, ce qui a permis de construire une première version fonctionnelle en quelques semaines. Grâce à une méthode agile et itérative, un prototype a pu être testé rapidement par des utilisateurs finaux, permettant d’ajuster l’outil avant une mise en service élargie trois mois plus tard. L’ensemble du développement a été réalisé avec l’appui d’experts locaux, permettant de renforcer la souveraineté de la solution, de contenir les coûts (moins de 20 centimes par habitant) et de rester dans un cadre budgétaire comparable à celui d’un site web complexe. Cet outil s’inscrit dans une stratégie plus large de services numériques pour les communes fribourgeoises. Il a été conçu comme un module supplémentaire de l’intranet, dans un esprit de mutualisation des compétences et des ressources. Il fait également l’objet de présentations régulières sur le terrain, au plus près des utilisateurs finaux, pour expliquer son fonctionnement, ses limites et ses cas d’usage concrets. «Le chatbot de l’ACF est une source précieuse d’information pour la commune. Nous nous préparons à l’utiliser davantage et de manière encore plus ciblée.» Julien Tüscher, syndic de la commune de Surpierre (FR) Julien Tüscher, syndic de la commune de Surpierre, raconte son expérience: «Le chatbot de l’ACF est un outil d’intelligence artificielle utile et fiable. Sa conception en vase clos garantit la qualité des réponses et renforce la confiance. C’est une source précieuse d’information pour la commune. Nous nous préparons à l’utiliser davantage et de manière encore plus ciblée — c’est une belle marge de progression pour l’administration comme pour les élus.» A moyen terme, plusieurs pistes d’amélioration sont à l’étude, notamment l’affinage des sources et une meilleure prise en compte de la jurisprudence cantonale ou encore des interactions plus contextualisées. Mais la logique restera la même: partir des besoins du terrain, tester, ajuster, expliquer. Et toujours garder une chose en tête: un assistant, oui. Mais plus que jamais une équipe derrière. Grégory Grin

Un meilleur vivre-ensemble grâce à l’intelligence artificielle

L’Institut Dalle Molle pour l’intelligence artificielle (IDSIA USI-SUPSI) collabore avec des communes tessinoises pour développer des algorithmes en vue d’une gestion et d’une consommation de l’énergie plus efficaces et plus durables. Il effectue aussi des recherches dans le domaine de la robotique sociale. «Lugaggia Innovation Community» avait pour objectif de maximiser l’autoconsommation d’énergie solaire locale grâce à l’utilisation d’algorithmes en lien avec l’intelligence artificielle. «Le projet nous a permis de comprendre les opportunités et les défis d’un point de vue social, technique et réglementaire», note Daniele Farrace, responsable innovation de l’Azienda Elettrica di Massagno (AEM) et porteur du projet. «Des robots chargés d’entretenir les espaces verts publics et des algorithmes conçus pour rendre la bureaucratie plus efficace: voilà à quoi pourrait ressembler, de plus en plus, l’avenir», estime Andrea Rizzoli, directeur de l’Institut Dalle Molle. «Il pourrait y avoir des robots qui s’occupent de l’entretien des espaces verts publics ou des algorithmes qui aident à rendre la bureaucratie plus efficace.» Andrea Rizzoli, directeur de l’Institut Dalle Molle (IDSIA USI-SUPSI) Nora Hesse

Comment soutenir le développement du numérique dans les écoles?

Les plans d’études en Suisse intègrent déjà des éléments de culture numérique, ce qui constitue une base solide. Mais dans un environnement qui évolue en permanence, il est nécessaire de poursuivre le travail, d’actualiser les contenus et de les enrichir. Former les jeunes à demain, ce n’est pas seulement leur apprendre à utiliser un logiciel ou à chercher une information en ligne: c’est leur donner les moyens de penser autrement, d’analyser, de créer et de comprendre le numérique qui les entoure. Concrètement, cela peut passer par des approches simples et transversales: analyser des réseaux sociaux en cours de langue, coder une simulation en mathématiques, questionner l’usage des algorithmes en histoire, expérimenter avec des capteurs en sciences, ou encore explorer la création numérique en art. On peut aller plus loin avec des projets interdisciplinaires où les élèves conçoivent une solution numérique à un problème de leur environnement, par exemple un projet confié par la commune, ou encore des ateliers où ils expérimentent l’usage d’une intelligence artificielle générative de manière critique et responsable. Préparer les jeunes à des métiers qui n’existent pas encore, c’est investir dans l’évolution des programmes scolaires et leur mise en cohérence. Le matériel viendra toujours en soutien. La valeur durable de l’éducation numérique se construit dans la culture. Grégory Grin

IA: beaucoup d’opportunités et de grands risques

L’IA a désormais de grandes potentialités: elle a par exemple conçu la page de couverture de cette édition. Elle pourrait aussi rédiger cet éditorial en quelques secondes. Derrière le texte que vous lisez se trouve néanmoins une humaine. L’IA peut certes formuler les choses de façon élégante, mais elle a plus de peine avec la vérité et à être proche de la pratique, ce qui est justement important dans «Commune Suisse». Nous voici déjà en plein dans la thématique. L’IA offre beaucoup d’opportunités pour les administrations communales et bon nombre d’entre elles utilisent déjà cette nouvelle technologie de façon judicieuse. Les communes ont toutefois aussi un grand devoir de vigilance. Elles sont responsables de la protection des données des habitantes et habitants et doivent s’assurer que celles-ci ne sont pas rendues publiques. Cela peut toutefois arriver rapidement si un outil d’IA est utilisé sans discernement. C’est pourquoi un expert en matière d’IA conseille, dans cette édition, à toutes les communes de se préoccuper de l’IA et de déterminer comment leur personnel doit utiliser cette technologie. Zollikofen (BE) l’a déjà fait. Vous apprendrez aussi dans ce numéro pourquoi de simples directives ne suffisent pas. Nous vous souhaitons une lecture intéressante! «Les communes sont responsables de la protection des données des habitantes et habitants et doivent s’assurer que celles-ci ne sont pas rendues publiques.» Nadja Sutter, rédactrice en chef «Commune Suisse» Nadja Sutter

Chatbots IA sur les sites des communes: sensé ou pas?

«Commune Suisse» a testé les chatbots IA sur les sites Internet des communes de Hochdorf (LU), Mendrisio (TI) et Morges (VD): nous avons demandé aux bots un contact pour les médias et ceci dans une langue étrangère. Le bot de Morges a été le plus performant. Il a immédiatement fourni le contact de l’office de la communication de la commune et a répondu à la question posée en allemand dans un allemand correct. A Mendrisio, il a fallu préciser la première question pour que le bot livre le résultat souhaité. Il a compris la question posée en allemand mais a répondu en italien. Le chatbot de Hochdorf a mis plus de temps à répondre, un délai peut-être lié au fait que la commune lucernoise n’a pas de responsable de la communication. Après trois questions supplémentaires en français, le bot a finalement donné le nom du président de la commune ainsi que l’adresse e-mail générale de la commune, aussi en français. Tous les chatbots mettent par ailleurs en lien les sources d’où proviennent les informations. Le phénomène des chatbots sur les sites web des communes est plutôt nouveau. Hochdorf utilise un chatbot depuis octobre 2024, Morges depuis janvier 2025 et Mendrisio depuis la mi-novembre 2025. Les trois communes indiquent qu’elles utilisent notamment des chatbots afin de permettre à la population de s’informer plus facilement et de décharger le personnel communal. «Notre site contient de très nombreuses informations et nous avons remarqué que quelques utilisatrices et utilisateurs avaient de la peine à trouver ce qu’elles et ils recherchaient», écrit Patrick Le Fort, chargé de communication de la ville de Morges. Le plurilinguisme des bots est un grand avantage pour les communes. Sur les sites des trois communes, la fonction de recherche est davantage placée en évidence que les bots qui apparaissent dans un coin au moyen d’une icône en forme de cercle. «Le bot a toujours été pensé en complément du site et de la fonction de recherche intégrée», note Thomas Bühlmann, secrétaire communal de Hochdorf. Les réponses de l’IA ne sont pas toujours correctes. C’est ce que montrent des études mais aussi les expériences vécues par les communes interrogées. Si le bot fournit une mauvaise réponse, cela irrite les citoyennes et citoyens et provoque un dégât d’image. Le risque peut être minimisé en limitant les sources que l’IA peut employer. A Mendrisio et à Morges, le chatbot n’a accès qu’aux informations prédéfinies par la commune. A Hochdorf, l’IA est aussi «alimentée» avec des informations spécifiques, mais peut par ailleurs effectuer des recherches dans l’ensemble d’Internet. Le chatbot de Morges a fait la une du journal local car il livrait de fausses réponses. La ville recueille maintenant des réactions et des expériences et prévoit de tirer un bilan afin de savoir si le chatbot offre vraiment une plus-value. Le chatbot de Mendrisio est encore dans une phase de test, une procédure que la ville recommande aux autres communes, comme le relève la responsable de la communication Laura De Santis Bernasconi. «Dans une prochaine phase, nous allons analyser les données d’utilisation afin d’identifier des possibilités d’amélioration.» Pour l’introduction de ces outils, les trois communes ont misé sur des entreprises locales et ont été accompagnées par des experts externes. Mendrisio et Morges ont choisi leurs partenaires sur la base des exigences strictes qu’ils pouvaient remplir en matière de protection des données. Les coûts varient et ne peuvent pas encore être chiffrés précisément par Morges et Mendrisio. A Hochdorf, ils s’élèvent à environ 5000 francs par an. Il ne faut en outre pas sous-estimer les efforts consentis par la commune pour tester l’outil avant son introduction, fait valoir Patrick Le Fort, à Morges. Les trois communes se montrent en principe satisfaites de l’outil. «Avec plusieurs centaines de requêtes par mois, nous partons de l’idée qu’il y a moins de demandes par téléphone», souligne Thomas Bühlmann, à Hochdorf. Selon Patrick Le Fort, le chatbot de Morges est consulté quelques fois par jour. «Nous sommes loin d’une forte utilisation.» Mendrisio ne peut pas encore fournir de chiffres concrets. Laura De Santis Bernasconi recommande à d’autres communes et villes d’intégrer l’introduction d’un chatbot IA dans une stratégie globale de transformation numérique. «Une cohérence des canaux de communication entre l’administration et la population peut ainsi être garantie, les processus peuvent être optimisés et les services en ligne être plus efficacement et plus facilement accessibles.» Nadja Sutter

Zollikofen a établi des directives IA

La commune de Zollikofen (BE) a introduit en automne 2025 des directives IA qui règlent l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle. L’élément déclencheur a été l’intérêt croissant de quelques collaboratrices et collaborateurs pour l’IA, alors que d’autres avaient des réticences. Les directives sont volontairement formulées de façon concise et pragmatique. Elles indiquent quelles applications sont autorisées ou non, comment la protection des données est assurée et précisent que l’IA ne peut pas prendre des décisions au sens légal du terme. Pour accompagner la notice et sensibiliser les collaboratrices et collaborateurs, la commune a organisé un atelier qui a eu un écho positif. Le secrétaire communal Stefan Sutter considère l’IA comme un outil utile qui peut augmenter l’efficacité, mais uniquement s’il est employé correctement. Selon lui, les communes ont en particulier une grande responsabilité en matière de protection des données. C’est pourquoi il est indispensable qu’elles se préoccupent de ce thème en tant qu’employeuses. Nadja Sutter

Une plateforme cloud suisse rend l’IA accessible aux écoles

Les écoles primaires de Feldbrunnen-St.Niklaus (SO) et de Bonstetten (ZH) engrangent actuellement des expériences dans le cadre de projets-pilotes avec des applications de l’IA de la plateforme cloud suisse Hazu. Celle-ci respecte la loi fédérale sur la protection des données ainsi que le règlement européen sur la protection des données (RGPD). Le personnel enseignant peut choisir entre différents modèles d’IA et en cas de besoin en activer un en tant que coach d’apprentissage pour les écolières et les écoliers. Comme l’assistant IA a enregistré le plan d’études 21, l’enseignante ou l’enseignant peut avec un simple click savoir quels objectifs d’apprentissage ont déjà été atteints sur un thème et quelles compétences doivent encore être encouragées. L’enseignement peut ainsi aussi être prodigué indépendamment du matériel pédagogique ainsi qu’avec des contenus d’apprentissage personnalisés. Les performances de chaque enfant peuvent être évaluées et visualisées de manière orientée sur les compétences. La plateforme offre par ailleurs des propositions pour des travaux basés sur des projets. Yvonne Kiefer-Glomme

Centres de données: défis et opportunités pour les communes

Roger Paillard: En 2020, alors que j’étais encore conseiller communal. Lors d’une séance, le président de commune de l’époque nous avait informés de la volonté d’une entreprise de construire un centre de données sur un terrain en friche depuis des années. Nous en avions pris acte, sans y prêter grande attention. Je suppose que la présence de ce terrain approprié a joué un grand rôle dans leur décision. J’ai également entendu dire que Beringen était située à proximité d’une importante autoroute de données qui traverse toute l’Europe. La Suisse est très appréciée pour l’implantation de centres de données en raison de la haute sécurité et de la stabilité politique qu’elle garantit. Etant donné qu’il s’agissait d’une acquisition de terrain privé, nous pouvions uniquement juger la conformité des dimensions extérieures du bâtiment prévu à l’affectation de la zone, du point de vue de l’aménagement du territoire. C’est le canton qui devait étudier et autoriser le projet à proprement parler. Ce projet a également fait l’objet de débats au Grand Conseil, notamment en raison de l’énorme consommation d’électricité du centre de données, qui peut atteindre 75% de la consommation annuelle totale du canton. C’est la raison pour laquelle le canton a fixé des exigences en matière d’efficacité du centre de données. Il était très important pour nous de pouvoir communiquer activement sur le projet. Nous y avions ainsi, par exemple, consacré notre «apéro d’affaires» annuel de 2023. Le groupe local du PS a également animé une réunion-débat à ce sujet, avec des représentants de la commune et du maître d’ouvrage, le canton et des experts des hautes écoles, donnant ainsi aux acteurs l’opportunité de s’exprimer. L’objectif était d’informer la population et de recueillir ses préoccupations. L’alimentation électrique a été assurée par le gestionnaire du réseau de distribution et une nouvelle sous-station a été construite près du centre de données. La question de la consommation d’eau s’est posée lors de la révision du concept de refroidissement, qui a révélé qu’elle allait considérablement augmenter. Nous avons dû réguler ce volume avec précision. En collaboration avec le fournisseur SH Power, nous avons conclu un contrat définissant précisément la quantité d’eau fournie au centre de données. Une augmentation des besoins en eau entraîne une pénalité pour l’exploitant, la sécurité de l’approvisionnement de la commune étant toujours prioritaire. «A l’avenir, les grands consommateurs d’énergie du canton de Schaffhouse devront prouver ce qu’ils font de la chaleur résiduelle.» Roger Paillard, président de la commune de Beringen (SH) Le canton a commandé une étude de faisabilité afin d’examiner les possibilités d’exploitation de cette chaleur résiduelle. Il est clair que nous voulons en utiliser une partie à Beringen pour notre réseau de chauffage à distance. Nous ne pouvons cependant pas tout utiliser, et il en reste des quantités considérables. Des discussions sont en cours pour déterminer s’il serait possible d’en faire bénéficier également la ville de Schaffhouse. L’exploitant a en tout cas indiqué dans une déclaration d’intention que la chaleur résiduelle serait mise à disposition gratuitement. La base juridique a par ailleurs été adaptée en mai 2025 par l’adoption de la nouvelle loi cantonale sur l’énergie, qui stipule que les grands consommateurs d’énergie devront désormais prouver ce qu’ils font de la chaleur résiduelle. Adopter une attitude positive envers les exploitants et ne pas condamner leur projet. Il s’est également avéré essentiel d’admettre que nous ne maîtrisions pas tous les aspects de ce projet. Nous avons eu raison de demander de l’aide et de nous faire conseiller. Il est en outre très important d’impliquer rapidement le canton et, si nécessaire, l’Office fédéral de l’énergie. Remo Bürgi

Le chauffage urbain, désormais sans émissions de CO2

Actuellement, on assiste à un véritable essor dans l’extension des réseaux de chauffage urbain existants et à la construction de nouveaux réseaux. Aujourd’hui, le chauffage urbain provient souvent d’usines d’incinération des ordures ménagères et de centrales de chauffage au bois, mais le gaz naturel est également utilisé, notamment pour couvrir les pics de demande pendant les froides journées d’hiver. Une erreur, selon Jürg Rohrer, professeur à la ZHAW et expert en énergies renouvelables: «Les générateurs de chaleur des réseaux de chauffage urbain ont une durée de vie de 25 à 30 ans. Si nous voulons atteindre l’objectif zéro net en 2050, la construction de tels systèmes doit être interdite dès aujourd’hui.» En collaboration avec une équipe du groupe de recherche sur les énergies renouvelables de la ZHAW et la société Netto-Null Beratung GmbH, Rohrer a étudié à quoi pourraient ressembler des systèmes de chauffage urbain sans énergie fossile et quel serait leur coût. Lorsque les chercheurs de la ZHAW parlent de «sans énergie fossile», ils excluent le bois et le biogaz, car ces sources d’énergie ne sont que partiellement neutres pour le climat et sont en outre limitées, de sorte qu’il est préférable de les utiliser pour le chauffage industriel. Le projet de recherche intitulé «DecaTherm» a été soutenu par l’Office fédéral de l’énergie (OFEN). L’étude a examiné 38 réseaux de chauffage urbain dans toute la Suisse qui fonctionnent sans énergies fossiles ni biomasse. L’eau de lac et la chaleur résiduelle, notamment, constituent des sources de chaleur. L’énergie thermique qu’elles contiennent est amenée à la température requise à l’aide de pompes à chaleur. Les 38 réseaux de chauffage urbain sont soit déjà réalisés, soit en cours de planification, soit font l’objet d’une étude de faisabilité. Un réseau de chauffage urbain sans énergies fossiles est déjà une réalité, par exemple à Horgen (ZH). Depuis 2012, AEW Energie AG y exploite le réseau de chaleur Horgen-Promenade, qui utilise la chaleur du lac de Zurich grâce à trois pompes à chaleur (puissance totale: de 745 kW pour fournir chauffage et eau chaude à plus de 130 logements ainsi qu’à 4800 m² de bureaux et de locaux commerciaux). Un chauffage électrique fournit une solution de secours pour l’eau chaude en cas de panne. Un exemple de réseau sans énergie fossile est prévu à Thalwil (ZH): un réseau de chaleur existant, qui obtient sa chaleur de la station d’épuration des eaux usées (STEP), doit y être transformé dans les années à venir en «réseau de chaleur Thalwil Süd», exploité par la ville de Thalwil et la centrale électrique du canton de Zurich (EKZ). Une fois achevé, le réseau pourra approvisionner des bâtiments avec 3000 personnes. Outre la chaleur produite par la STEP, la chaleur du lac de Zurich est également utilisée et amenée au niveau de température requis à l’aide de trois grandes pompes à chaleur centrales (d’une puissance totale de 6,8 MW). Des solutions sans énergies fossiles sont possibles dans le domaine du chauffage urbain, mais elles sont encore rarement mises en œuvre à ce jour. Selon une enquête menée auprès des professionnels du secteur dans le cadre du projet «DecaTherm», cela s’explique par un manque de rentabilité. Le montant réel des coûts supplémentaires a été calculé dans le cadre du projet «DecaTherm» sur la base des installations réalisées. Ainsi, avec les prix actuels des combustibles et du CO 2 , les prix des réseaux sans énergies fossiles sont en moyenne 22% plus élevés que ceux des réseaux qui couvrent les pics de consommation avec des énergies fossiles ou qui fonctionnent à la biomasse (18,20 ct./kWh contre 14,90 ct./kWh). Pour que le chauffage urbain puisse se passer des énergies fossiles à moyen terme, ce sont avant tout les communes et les villes qui ont un rôle à jouer, estime Jürg Rohrer: «Les donneurs d’ordre des réseaux de chauffage urbain doivent exiger des concepteurs et des bureaux d’études des solutions sans énergie fossile afin qu’ils ne s’en tiennent pas par habitude aux installations fossiles habituelles telles que les chaudières à gaz d’appoint.» Pour garantir la sécurité d’approvisionnement, Rohrer renvoie à des solutions pragmatiques, telles que celles choisies par le réseau de chauffage communal de La Punt Chamues-ch (GR): conformément à l’accord contractuel, un chauffage mobile viendra en renfort si les deux pompes à chaleur venaient à tomber en panne un jour. Une pompe à chaleur supplémentaire permet également d’assurer la redondance en cas de panne d’un appareil due à un dysfonctionnement ou à des travaux de maintenance. Benedikt Vogel

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