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Ittigen et Muri-Gümligen: Bien conseillé avec l’économie circulaire

Pour atteindre le zéro net, il n’y a pas d’autre solution que l’économie circulaire. En effet, une grande partie de notre empreinte est due à la consommation. Qu’il s’agisse de la table de travail de l’administration communale, de l’asphalte dans les routes ou des repas dans les maisons de soins, nous achetons des biens, des matériaux et des aliments dont la production, le transport et l’élimination génèrent de nombreux gaz à effet de serre. Selon les estimations et les entreprises, ces émissions indirectes représentent entre 40 et 50% de nos émissions de CO 2 . Dans la politique climatique actuelle, l’accent n’est donc plus uniquement mis sur l’approvisionnement en énergie ou la mobilité. Notre action doit porter sur tous les produits: leur fabrication doit être efficace en termes de ressources, ils doivent rester le plus longtemps possible dans leur cycle de vie et les cycles des matériaux doivent être fermés. C’est précisément ce que Reffnet, le réseau suisse pour l’efficacité des ressources, s’est fixé comme objectif. Avec le soutien de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), Reffnet propose depuis 2014 des conseils gratuits en matière d’efficacité des ressources aux entreprises et, désormais, les communes peuvent également profiter de cette offre. Lors d’une consultation, les communes reçoivent une analyse de potentiel et un plan de mesures avec l’impact environnemental identifié. A l’initiative du président de l’Association des Communes Suisses, Christoph Niederberger, l’expert Reffnet Philipp Rufer de l’entreprise de conseil en développement durable Punkt Rufer SA a mené un projet pilote. En collaboration avec les deux communes bernoises d’Ittigen et de Muri-Gümligen, il a élaboré une analyse des potentiels et identifié des mesures pour renforcer l’efficacité des ressources et l’économie circulaire. Heidi Schlosser, responsable du secteur environnement à Ittigen, se souvient: «Notre commune possède un certificat environnemental selon la norme ISO14001. Nous nous étions déjà penchés sur des sujets tels que l’approvisionnement durable et nous étions de l’avis que l’économie circulaire pourrait bien être intégrée dans notre gestion environnementale.» L’analyse des potentiels a débuté par des ateliers au cours desquels les représentantes des communes ont fait part de leurs idées sur l’économie circulaire. Il en est résulté une multitude de mesures possibles dans des domaines tels que la construction de routes, le bâtiment ou les matériaux de construction. Trois mesures ont ensuite été sélectionnées pour les deux communes et élaborées sous forme d’esquisses de projet, avec une évaluation correspondante de l’impact environnemental. Après avoir reçu des communes les données de référence pertinentes – comme le nombre de candélabres ou la quantité d’objets ménagers éliminés –, Rufer a évalué la quantité de ressources et calculé l’impact environnemental sous la forme d’un écobilan. Reffnet utilise à cet effet la méthode de la saturation écologique développée par l’OFEV, dans laquelle l’impact des mesures de durabilité est indiqué en unités de charge écologique et en équivalents CO 2 . Ainsi, un conseil communal peut par exemple comparer l’impact de différentes mesures lors du processus de décision. Qu’il s’agisse d’une agglomération, d’une campagne ou d’une ville, les mesures sont définies individuellement pour chaque commune. Il existe cependant certains leviers dans les communes au potentiel disproportionné – les deux communes pilotes ont ainsi abordé des thèmes d’infrastructures très gourmandes en ressources. De bons exemples sont la construction de routes, où l’on misera à l’avenir sur l’asphalte recyclé dans le génie civil, ou la réutilisation d’éléments de construction comme les bordures ou les fenêtres. «A Muri-Gümligen, dans le cadre du projet d’assainissement de l’éclairage public, nous réutiliserons 78% des plus de 1000 candélabres, en retaperons ou en réhaussant 19%, et n’en remplacerons totalement que 10%», explique Benedict Wyss-Käppeli, chef du service énergie. «Cette réutilisation ou ce recyclage réduit considérablement l’impact sur l’environnement par rapport à un nouvel achat.» Pour économiser en même temps de l’énergie, la commune remplacera d’ici 2028 plus de 1000 points lumineux sur les candélabres par des lampes LED et installera des détecteurs de mouvement. Dans les deux communes, la réutilisation du mobilier est un sujet d'actualité – à Muri-Gümligen lors de la rénovation de la mairie ou à Ittigen dans le jardin d’enfants. Les deux communes sensibilisent en outre la population: à Ittigen, les habitants doivent pouvoir faire réparer leurs biens dans un Repair-Café et les utiliser ainsi plus longtemps. Schlosser explique: «Notre commune voisine de Stettlen gère déjà un tel établissement, auquel nous pourrions éventuellement nous joindre. Cela permettrait de partager les appareils et les machines déjà disponibles – tout à fait dans l’esprit de la durabilité.» A Muri-Gümligen, la paroisse réformée propose déjà un Repair-Café quatre fois par an. «A Muri-Gümligen, dans le cadre du projet d’assainissement de l’éclairage public, nous réutiliserons 78% des plus de 1000 candélabres, en retaperons ou en réhaussant 19%, et n’en remplacerons totalement que 10%.» Benedict Wyss-Käppeli, chef du service énergie, Muri-Gümligen Muri-Gümligen a déjà fait appel aux conseils de Reffnet en 2021, et à Ittigen, ce fut le cas fin 2022. Schlosser se souvient: «C’était très intéressant et nous a montré de multiples possibilités concrètes d’économie circulaire. Nous voulions délibérément ne pas lancer un projet qui durerait des années et qui pourrait ensuite s’enliser.» Wyss-Käppeli tire également un bilan positif: «Le projet pilote Reffnet était très compact et motivant et a donné une impulsion pour penser aux aspects circulaires dans les projets et les processus d’achat.» Les deux communes recommanderaient à tout moment un conseil Reffnet à d’autres communes. Et qu’en est-il des coûts? L’aspect financier d’une mesure est tout aussi important que l’aspect écologique. Dans ce domaine, l’économie circulaire a de bonnes cartes à jouer, souligne Rufer. En d’autres termes, les solutions circulaires sont généralement plus économiques. Un projet pilote comparable mené par les CFF avec des poteaux de caténaire reconditionnés et galvanisés à chaud a coûté 23% de moins qu’un remplacement complet avec achat d’un nouveau matériel – pour un impact environnemental 80% plus faible. Informations: Vous souhaitez bénéficier d’un conseil dans votre commune? Reffnet se réjouit de votre demande à l’adresse info@reffnet.ch. Vous trouverez également plus d’informations sur www.reffnet.ch/offre Rahel Meister

Gestion intégrale des eaux pluviales dans l’espace urbain

Aujourd’hui déjà, de nombreux espaces urbains sont confrontés à la canicule, au manque d’eau lors des longues périodes de sécheresse et à des inondations en cas de fortes pluies localisées. Selon les scénarios climatiques établis pour la Suisse, il faut s’attendre, à l’avenir, à des vagues de chaleur et à des périodes de sécheresse encore plus fréquentes et encore plus longues. L’imperméabilisation élevée des sols y contribue: en été, l’asphalte, le béton, l’acier et le verre réchauffent inutilement les rues et les bâtiments. Les eaux pluviales qui tombent sur les toits, les places et les voies de circulation sont beaucoup trop souvent évacuées dans des conduites souterraines. Comme cette eau ne peut être stockée dans le sol et dans les plantes, elle fait défaut pendant les périodes de forte chaleur. Lors de fortes pluies, les précipitations trop abondantes ne peuvent pas s’infiltrer dans le sol, elles engorgent les canalisations et accentuent le risque d’inondation. Des solutions durables sont nécessaires pour permettre la retenue temporaire des eaux pluviales. Le changement climatique a des effets immédiats sur les dangers naturels: l’air plus chaud peut absorber davantage d’humidité et celle-ci se déverse en précipitations plus fréquentes et plus intenses, un phénomène qui accentue en outre le risque de tempête. Dans la moitié des cas, les dégâts provoqués par les inondations ne sont pas liés à des ruisseaux, rivières et lacs qui débordent, mais au ruissellement de surface. L’eau qui ne peut pas s’infiltrer immédiatement en cas de fortes pluies ruisselle à la surface du sol, s’écoule sur les prairies et les routes pour atteindre les espaces urbains, où elle pénètre dans des ouvertures de bâtiment situées en profondeur et peut causer des dégâts très importants. Pour réduire le plus possible la vulnérabilité des bâtiments et les risques, des solutions en matière de planification et de construction sont nécessaires. La carte de l’aléa ruissellement montre, à l’échelle de la Suisse, les axes d’écoulement possibles et les zones inondées en cas d’orage. Une bonne connaissance des axes d’écoulement des eaux pluviales est déterminante pour la planification et la mise en œuvre de mesures de sécurité. Grâce au check-up des dangers naturels disponible sur la plateforme www.protection-dangers-naturels.ch , il est possible de s’informer sur tous les dangers naturels d’un lieu précis. Cette plateforme s’appuie non seulement sur la carte de l’aléa ruissellement, mais aussi sur toutes les cartes de danger disponibles et fournit également des recommandations adaptées à la situation pour la protection des bâtiments. Une protection efficace contre les crues repose sur la protection permanente de toutes les ouvertures de bâtiment dans les zones exposées à un risque d’inondation. Il convient de ne pas oublier les ouvertures d’aération et les passages des conduites. Des mesures pertinentes sont par exemple la surélévation du rez-de-chaussée et des accès ainsi que l’aménagement de l’environnement, qui dévie les eaux de ruissellement de manière ciblée autour des bâtiments et comporte optimalement des surfaces végétalisées où l’eau peut s’infiltrer dans le sol. La planification au-delà des limites des parcelles est donc une composante essentielle de la gestion intégrale des eaux pluviales. La prise en compte du concept de «ville éponge» est utile à cet effet. Le concept de «ville éponge» est particulièrement simple et conjugue des thèmes comme l’adaptation au climat, la prévention des dangers naturels, la biodiversité et la qualité de vie. Les espaces urbains doivent pouvoir absorber et emmagasiner le plus d’eau possible, à la manière d’une éponge. L’eau sert à alimenter la nappe phréatique et peut être utilisée pour l’arrosage des plantes pendant les périodes de sécheresse. De plus, les surfaces naturelles, perméables à l’eau et végétalisées, emmagasinent moins de chaleur que les surfaces imperméabilisées, généralement sombres, et contribuent à rafraîchir l’air ambiant grâce à l’évaporation et à l’ombre qu’elles projettent. L’effet est comparable à celui d’une «climatisation naturelle» et constitue donc l’une des clés d’une planification urbaine moderne qui permet de lutter contre les îlots de chaleur. L’infiltration ciblée des eaux pluviales réduit aussi le ruissellement de surface et leur évacuation dans les canalisations. Ces infrastructures «bleues et vertes» offrent de nouveaux espaces de vie aux plantes, aux organismes auxiliaires et aux insectes pollinisateurs, et développent ainsi la biodiversité tout en améliorant la qualité de vie et l’attractivité des habitations et des environnements de travail. Les eaux pluviales peuvent s’infiltrer dans les toits plats végétalisés, dans les jardins et dans les espaces non imperméabilisés. Ces eaux peuvent en outre être recueillies, puis utilisées pour l’arrosage ou à des fins industrielles. Pour que le concept de «ville éponge» soit efficace, les eaux pluviales doivent être prises en compte comme élément de base lors de chaque planification. Le développement de l’urbanisation et des infrastructures de transport doit être coordonné avec la planification générale de l’évacuation des eaux et avec la protection contre les crues. Dans ce but, il est possible de combiner les mesures les plus diverses, même celles à petite échelle, afin de promouvoir l’infiltration dans le sol, la rétention des eaux et le guidage des eaux de ruissellement entre les bâtiments. Ce dernier aspect doit être correctement coordonné, également au-delà des limites des parcelles. Cette réflexion doit toujours intégrer également les surcharges provoquées par les fortes pluies et doit favoriser la sensibilisation générale aux dangers naturels et à la protection contre les inondations, voire à leur évitement. Informations: Informations du VSA sur le thème de la «ville éponge»: www.vsa.ch/fr/la-ville-eponge «Check-up des dangers naturels» avec carte interactive des dangers: www.protection-dangers-naturels.ch Publication de l’OFEV «Eau de pluie dans l’espace urbain»: www.bafu.admin.ch/uw-2201-f Lukas Weibel

Mümliswil-Ramiswil: une commune s’épanouit

Depuis ce printemps, un sublime éclat de couleurs illumine les alentours de l’école Brühl à Mümliswil (SO). Le gazon devant l’école, autrefois soigneusement tondu, s’est transformé en un habitat diversifié. Les abeilles butinent assidûment le nectar, tandis que les oiseaux trouvent de nouveaux refuges dans les arbustes fraîchement plantés. Depuis trois ans, le projet «Nature en milieu urbain» du Parc naturel de Thal a revalorisé écologiquement plus de 30 espaces verts des villages de la région, ramenant ainsi la nature dans ces derniers. La perte insidieuse d’habitats, souvent due aux jardins de pierres et à l’utilisation de plantes non indigènes, constitue une menace considérable pour de nombreuses espèces animales en Suisse, au point d’avoir sur elles un impact souvent plus important que le changement climatique. Les zones urbaines offrent ainsi un potentiel inexploité pour la biodiversité. Mümliswil-Ramiswil et le Parc naturel de Thal proposent avec ce projet une approche locale et concrète qui contribue à relever des défis globaux, en réaménageant des surfaces non construites, comme des parcs et des jardins. «L’utilité pour la biodiversité dépend de l’entretien.» Kurt Bloch, maire Mümliswil-Ramiswil (SO) Le projet bénéficie d’un large soutien au sein de la commune. Un groupe de travail composé de spécialistes, du service de voirie, des responsables de l’entretien des bâtiments et des écoles soutient activement ce projet. «L’utilité pour la biodiversité dépend de l’entretien», souligne Kurt Bloch, maire de la commune de Mümliswil-Ramiswil. Un passage à un entretien aussi naturel que possible permettrait même de réduire partiellement les coûts. Comme les surfaces nouvellement aménagées ont besoin de temps pour pleinement se développer, la communication sur la démarche joue un rôle décisif. Des mises à jour régulières dans le bulletin communal et sur des panneaux d’information permettent d’impliquer la population et de la tenir au courant de l’avancement du projet. L’objectif de promotion de la biodiversité, dont la commune est le porte-drapeau, doit également se refléter dans les jardins privés. Patrick Zellweger, chef de projet au Parc naturel de Thal, souhaite encourager et informer les propriétaires de jardins: «Les jardins privés présentent un énorme potentiel pour la biodiversité. Nous aimerions montrer que même les jardins et espaces verts proches de la nature, qui semblent sauvages au premier abord, ont une valeur particulière.» Le Parc naturel de Thal encourage de tels jardins et les certifie. «Nous aimerions montrer que même les jardins et espaces verts proches de la nature, qui semblent sauvages au premier abord, ont une valeur particulière.» Patrick Zellweger, chef de projet au Parc naturel de Thal Le thème de la biodiversité est également abordé à l’école de Mümliswil-Ramiswil. Le site de l’école Rank se transforme en un lieu d’apprentissage et de vie pour le développement durable. Les élèves ont participé activement à la planification et ont apporté leurs idées pour promouvoir la nature. Ces idées ont pu être concrétisées en collaboration avec des volontaires du village: un jardin d’herbes aromatiques, des haies et des cabanes en osier ont ainsi vu le jour. Le cimetière du village bénéficie lui aussi d’un aménagement proche de la nature: le projet consiste à remplacer les arbustes d’ornement exotiques par des espèces indigènes et à transformer les pelouses en prairies fleuries. Au cours des trois années de réalisation du projet, de nombreux espaces verts ont été revalorisés sur le plan écologique. Les espaces verts aménagés de façon naturelle retrouvent immédiatement une fonction d’habitat, et la nature se fait à nouveau davantage remarquer dans le village. Les insectes bourdonnent près de la prairie fleurie et les papillons se laissent plus fréquemment observer dans les alentours. Avec un engagement local et une planification bien pensée, ce projet montre qu’il est possible de contribuer de façon significative à la préservation de la biodiversité. Il sert d’exemple inspirant à d’autres communes pour lancer des initiatives similaires. Vous trouverez plus d’informations et un guide sur le projet sur www.naturparkthal.ch/nis . Fabian Blaha

Pas de pollution des eaux par les chantiers

Lorsque des bennes à béton sont lavées ou que l'eau de pluie est pompée depuis des excavations, l’eau doit être traitée conformément à la législation sur la protection des eaux (voir encadré). En règle générale, les communes supervisent l'activité du chantier ainsi que le traitement et l'évacuation appropriés des eaux usées du chantier. Les communes contribuent largement à la protection des eaux, des canalisations et des stations d’épuration par des conseils et des contrôles réguliers sur les chantiers. Elles veillent à ce que les installations de prétraitement des eaux usées de chantier correspondent à l’état de la technique et soient exploitées dans les règles de l’art. Cela comprend un bassin de décantation correctement raccordé et dimensionné, une installation de neutralisation entièrement automatique, ainsi que son entretien et son contrôle réguliers par la direction des travaux. «Comme nous ne disposons pas des connaissances techniques nécessaires au sein de la commune, nous avons externalisé le processus d’autorisation et les contrôles de l’évacuation des eaux de chantier à notre service spécialisé externe», explique Nina Bertschi, responsable des procédures pour les bâtiments de la ville de Bülach (ZH). Comme il est difficile de garantir un personnel qualifié pour l'évacuation des eaux de chantier, surtout dans les petites communes, les communes saint-galloises ont installé le «bureau de la protection de l’environnement sur les chantiers» en 2018. Celui-ci contrôle de manière efficace et professionnelle tous les domaines pertinents de l’exécution des travaux (excavation, machines de chantier, installations de ravitaillement en carburant, pose de béton avec bassin de décantation et neutralisation, remblayage, protection contre le bruit, déchets, etc.). «Les contrôles périodiques sur tous les chantiers importants ont particulièrement fait leurs preuves», constate avec satisfaction le chef du bureau de la protection de l'environnement sur les chantiers, Ernst Michel. Les entreprises du bâtiment et du génie civil sont bien positionnées et ont beaucoup investi dans de nouveaux parcs de machines et dans la formation. «Nos contrôles ont également identifié des moutons noirs. Cela montre que notre solution intercommunale est efficace et efficiente.» Actuellement, 62 des 75 communes sont gérées, pour un total de 340 000 habitants. Le financement est assuré par une contribution annuelle de 0.30 franc/habitant. «Ce montant permet de faire fonctionner le service de manière active et globale», affirme Ernst Michel. Selon les statistiques des services cantonaux de protection des eaux, les évacuations de chantier défectueuses sont l’une des causes les plus fréquentes de pollution des milieux aquatiques en Suisse. Elles entraînent souvent l’intervention des pompiers, de la police et du service des sinistres de l'office compétent. Débarrasser un cours d’eau ou même les égouts des résidus boueux est très compliqué et coûteux. Un dommage peut rapidement coûter plusieurs dizaines de milliers de francs. A cela s'ajoutent la mauvaise presse, la colère et une perte d'image de la part de la population. Les poissons, les écrevisses et les micro-organismes morts ne peuvent plus être ramenés à la vie. Dans un concept d'évacuation des eaux de chantier, l’entreprise de construction ou le planificateur décrit les mesures prévues pour la gestion des eaux usées du chantier et des liquides dangereux pour l’eau, comme par exemple l'huile de coffrage ou les additifs du béton. Sans cette base, un projet de construction ne devrait même pas être validé. «Avec le concept d'évacuation des eaux, nous pouvons poser à temps les jalons d'une évacuation des eaux de chantier sûre et respectueuse de l'environnement», explique Nina Bertschi. «De plus, la commune peut utiliser le concept comme base pour les contrôles et les conseils sur les chantiers.» Le maître d'ouvrage est responsable des dommages, raison pour laquelle il devrait idéalement exiger le concept dans l'appel d'offres. Dans un système séparatif, les eaux pluviales et les eaux usées sont évacuées séparément. La pratique montre que c'est justement dans ces systèmes qu'il y a souvent des déversements erronés, soit dans les conduites d'eaux pluviales ou même dans des cours d'eau mis sous terre. S’il n'y a pas de concept d'évacuation des eaux, les responsables ne connaissent pas le système et utilisent simplement le puits le plus proche pour déverser les eaux usées. La pollution des eaux est ainsi programmée par avance. L’Association suisse des professionnels de la protection des eaux (VSA) s’engage pour des eaux propres et vivantes. Une cause que soutient également l’Association suisse Infrastructures communales (ASIC). Par le biais de formations et d’aide-mémoire, le VSA offre un soutien pour une exécution correcte et une mise en œuvre conforme à la loi dans le domaine de l'évacuation des eaux de chantier aux spécialistes communaux et aux entreprises de construction. La norme SIA 431 (2022) constitue une autre aide valable au niveau suisse. Elle explique en détail divers aspects et présente des aides techniques et des solutions pour une évacuation correcte des eaux de chantier. Informations et outils: https://vsa.ch/fr/publikationen-produkte/ https://vsa.ch/fr/domaines-cc/industrie-et-artisanat https://www.sia.ch/fr/services/sia-norm/ https://www.kvu.ch/fr/themes Heinz Benz, Marcel Straumann, Ernst Michel, Nadine Czekalski, Paul Sicher

Un objectif commun pour la politique énergétique

Une Région-Energie est une collaboration intercommunale structurée au sein de laquelle les communes et leurs habitants, les entreprises et les organisations poursuivent des objectifs communs de politique énergétique. Le programme éponyme «Région-Energie» de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) soutient des projets dans toute la Suisse, que ce soit financièrement ou par la mise à disposition de savoir-faire, de réseaux ou d’outils. La Région-Energie Parc naturel régional Gruyère Pays d’Enhaut est un exemple clair des avantages du programme. Le parc naturel s’étend sur les cantons de Vaud, Fribourg et Berne. En 2012, la Confédération lui a décerné le label «Parc d’importance nationale». D’une surface de 630 km 2 , le parc comprend 17 communes avec un total d’environ 16 000 habitants et habitantes. Les principaux secteurs d’activité sont l’économie alpestre, notamment la production de fromage, la filière bois et le tourisme. Le parc naturel permet l’exploitation de sources d’énergie renouvelables et locales. Concrètement, la chaleur est produite à partir de bois, de biogaz et de déchets verts. En 2016, le parc s’est organisé en tant que Région-Energie. Depuis, sept projets ont déjà vu le jour: le parc a ainsi établi un bilan énergétique en 2017 et s’est fixé le but d’augmenter de 30 à 100% la part d’énergies renouvelables de sa production de chaleur. L’année suivante, le parc a analysé la consommation énergétique des bâtiments communaux. Une équipe d’experts a conclu qu’il existait un potentiel de réduction allant jusqu’à 70%. Le programme « Région-Energie » prend en charge jusqu’à 40% des coûts de projet à hauteur de 15 000 à 30 000 CHF par an. C’est le cas du projet «Paysage nocturne», qui a été soutenu à hauteur d’environ 16 000 CHF en 2022. Son objectif était d’améliorer l’éclairage public dans le parc naturel, une demande largement soutenue par la population. Le projet visait, d’une part, à réduire la consommation énergétique et, d’autre part, à respecter la biodiversité nocturne. Les émissions lumineuses n’ont pas seulement un effet négatif sur la consommation d’énergie, elles portent également atteinte à la biodiversité en fragmentant l’habitat des animaux nocturnes, en limitant leur rayon d’action et en réduisant la nourriture disponible. Avec l’accord de toutes les communes concernées, la commission Energie du parc a collecté des données sur l’éclairage public en collaboration avec les fournisseurs d’électricité. Les conclusions sont les suivantes: Les piétons doivent pouvoir traverser la route de manière sûre et cela reste la priorité absolue, malgré la diminution de l’intensité lumineuse ou l’extinction des luminaires. Cela implique une gestion séparée des passages pour piétons. La consommation d’énergie peut être réduite par une diminution de l’intensité lumineuse, un éclairage dynamique ou une extinction des luminaires. Il est fortement conseillé de remplacer les luminaires non-LED. Une commande à distance assure une flexibilité maximale de l’éclairage et peut souvent être amortie rapidement. La température de couleur doit être inférieure à 3000 °K dans les zones de biodiversité sensibles. Ces connaissances seront à l’avenir intégrées dans la planification communale de l’éclairage public, ce qui suppose une formation des conseillers et conseillères communaux concernés, tant sur les aspects techniques que juridiques. Dans ce contexte, le rôle des fournisseurs d’électricité est central: des propositions concrètes de mesures d’assainissement leur ont été soumises. Comme la plupart des communes du parc naturel n’auraient pas eu l’expertise nécessaire pour réaliser une telle étude, la contribution du projet Région-Energie a été très appréciée, notamment en ce qui concerne l’obligation de satisfaire aux exigences cantonales. «Pour la commune de Val-de-Charmey, ce projet Région-Energie sur l’optimisation de l’éclairage nocturne a été une très bonne opportunité de mettre en œuvre des mesures concrètes rapidement», déclare Bruno Clément, conseiller communal de Val-de-Charmey pour la législature 2017–2021. «L’analyse complète de l’éclairage de la commune a grandement facilité la discussion et les actions à mener avec le fournisseur d’énergie. Cela a aussi permis de prendre en compte la problématique de la biodiversité et pas uniquement les économies d’énergie.» Outre les investissements planifiés à moyen terme, il a été décidé de prendre des mesures d’extinction de l’éclairage au cœur de la nuit, tout d’abord provisoirement, puis de manière pérenne et plus étendue l’année suivante. «Pour la commune de Val-de-Charmey, ce projet Région-Energie sur l’optimisation de l’éclairage nocturne a été une très bonne opportunité de mettre en œuvre des mesures concrètes rapidement.» Bruno Clément, conseiller communal de Val-de-Charmey pour la législature 2017–2021 L’exemple du projet «Paysage nocturne» montre qu’une bonne communication est essentielle en raison de la structure organisationnelle complexe de la région. Comme souvent, il faut établir des ponts entre les intérêts du monde politique et ceux des professionnels. Le programme «Région-Energie» recèle un grand potentiel pour réunir autour d’une même table les acteurs décisifs que sont les particuliers, les entreprises et les pouvoirs publics. André Lehmann, conseiller Région-Energie, constate: «Le programme Région-Energie s’est avéré être un catalyseur pour le Parc naturel Gruyère Pays d’Enhaut. Il nous a permis d’aller de l’avant avec le développement des énergies renouvelables dans la région et d’améliorer l’efficacité énergétique.» Le budget de base de la région a doublé en quelques années. M. Lehmann est convaincu que sans la création de la Région-Energie, de nombreux projets n’auraient pas vu le jour, ou seulement beaucoup plus tard. André Lehmann regarde l’avenir avec intérêt: dans le cadre de l’appel à projets en cours, le parc naturel réalise un projet de décarbonisation de la mobilité. Cette Région-Energie ne manque certainement pas d’idées ni de dynamisme! Informations: www.local-energy.swiss/fr/programme/energie-region region-energie@local-energy.swiss Annika Schmidt

Le speed dating au service de l’assainissement

Un projet de recherche des entreprises de conseil intep – Integrale Planung GmbH (Zurich) – et Weinmann Energies S.A. (Echallens) s’est penché sur la question de savoir si le taux d’assainissement pouvait être augmenté lorsque les communes recourent à l’assistance de spécialistes de l’assainissement énergétique. «Dans notre projet, il s’agissait notamment de savoir quelles formes de communication et de participation étaient susceptibles d’inciter les propriétaires de maisons individuelles à procéder à un assainissement», explique Christian Schmid, le responsable du projet. «Ces facteurs ‹doux› sont essentiels dans la mesure où seule cette volonté d’assainir permet d’aborder la tâche technique consistant à élaborer un concept d’assainissement.» L’objectif du projet était de développer et de tester, dans la pratique, un processus permettant aux communes d’inciter les propriétaires de bâtiments à procéder à un assainissement. Le processus dit «SAN-CH» se base sur une procédure développée par la Energieforschung Stadt Zürich et qui devrait être développée dans le présent projet pour devenir un modèle pour toutes les communes suisses. Les travaux ont été soutenus, entre autres, par l’Office fédéral de l’énergie. Le processus SAN-CH compte cinq étapes: premièrement, la commune identifie les bâtiments nécessitant un assainissement important en analysant les registres et d’autres sources d’information. Deuxièmement, la commune recherche des experts en rénovation (conseillers en énergie, architectes, spécialistes des fournisseurs d’énergie, des entreprises de construction ou des entreprises de chauffage/ventilation/climatisation) et les motive à collaborer gratuitement à une consultation en assainissement. Dans un troisième temps, la commune demande par écrit aux propriétaires de biens immobiliers nécessitant un assainissement particulier de participer à une réunion de médiation pour le conseil en assainissement. La médiation – quatrième étape – consiste en un entretien de cinq minutes de type «speed dating» entre le, ou la, propriétaire du bâtiment et un conseiller en rénovation, éventuellement assisté par des représentants communaux compétents. Si le, ou la, propriétaire et le conseiller en assainissement s’entendent sur le fond et personnellement, ils élaborent dans la cinquième étape un concept sommaire de rénovation énergétique qui sera ensuite mis en œuvre. Le processus SAN-CH a été mis en œuvre à titre d’essai dans cinq communes suisses de janvier 2021 à juin 2023. Les villes de Baden (AG) et de Winterthour (ZH), la commune de Glaris ainsi que les deux communes de la banlieue genevoise de Bernex et Confignon étaient de la partie – soutenues financièrement par la Ville de Baden, la Commune de Glaris, le Canton de Genève et les Services industriels de Winterthour. La procédure de mise en œuvre du processus a été adaptée à chaque fois aux spécificités locales. L’objectif était d’acquérir de l’expérience qui puisse être transférée à d’autres communes et villes. Les équipes de projet des cinq communes participantes ont identifié un total d’environ 3000 bâtiments nécessitant un assainissement important et ont invité leurs propriétaires à une médiation. 242 propriétaires, ou copropriétaires, (8%) ont répondu à l’invitation. Lorsque ces derniers ont été interrogés quelques mois après la médiation, un peu plus d’un sur dix avait entamé un projet d’assainissement. Finalement, environ 1% des personnes contactées ont donc décidé de procéder à un assainissement énergétique. Dans ce contexte, les auteurs de l’étude attestent d’un effet positif du processus SAN-CH dans le rapport final du projet: «Les propriétaires qui étaient en réseau avec des spécialistes ont fait avancer une demande d’assainissement nettement plus souvent que ceux qui ne l’étaient pas.» Les scientifiques ont identifié différents «obstacles» qui ont jusqu’à présent empêché la mise en œuvre d’assainissements et qui pourraient être surmontés à l’avenir par des mesures appropriées: • Dans la mesure où la volonté d’assainir varie d’un propriétaire à l’autre, il faut veiller à ce que les offres d’information et les spécialistes de l’assainissement choisis soient adaptés à leur niveau respectif de volonté de rénover. • Afin d’éviter la déception et la frustration des propriétaires, il convient de trouver dans la communication du projet «un bon équilibre entre activation et reconnaissance des difficultés», comme le note l’équipe SAN-CH. • Les villes et les communes qui mènent un processus SAN-CH doivent faire face au fait que les propriétaires perçoivent parfois les autorités (autorités chargées de délivrer les autorisations, protection des monuments) comme des «empêcheurs» de tourner en rond. • Les conseils en énergie existants ne couvrent pas encore comme souhaité les besoins des propriétaires lors de l’évaluation et de la planification préalable des assainissements. De nouveaux modèles de promotion impliquant des spécialistes de l’assainissement rémunérés pourraient aider. • Si les adresses des bâtiments nécessitant un assainissement important ne sont pas disponibles, il peut être nécessaire de trouver d’autres moyens de cibler les personnes dont les bâtiments nécessitent un assainissement. Pour les communes souhaitant mettre en œuvre le processus SAN-CH, l’équipe de projet a élaboré un guide intitulé «Accélérer l’assainissement – Guide pour un taux d’assainissement plus élevé». «Nous souhaitons encourager les communes à mettre en place de tels processus et à se profiler ainsi comme des actrices et des acteurs du développement durable», explique Christian Schmid. Cette approche a l’avantage, par rapport aux séances d’information générales, de permettre aux propriétaires disposés à assainir de répondre à leurs besoins individuels et d’impliquer suffisamment tôt les spécialistes de l’assainissement, constate Schmid. Informations: Le document «Accélérer l’assainissement – Guide pour un taux d’assainissement plus élevé» est disponible en allemand sur: https://intep.com/wp-content/uploads/2023/10/4362_08_31015_BFE_SAN-CH_Sanieren-beschleunigen_Leitfaden-Gemeinden-und-Staedte.pdf Le rapport final du projet «Spécialistes de l’assainissement énergétique en tant que moteurs de la rénovation en Suisse» (SAN-CH) est disponible sur: https://www.aramis.admin.ch/Grunddaten/?ProjectID=48266 Nadège Vetterli (nadege.vetterli@anex.ch), directrice externe du programme de recherche de l’OFEN Bâtiments et villes, et le responsable du projet Christian Schmid (schmid@intep.com) communiquent des informations sur le projet. Benedikt Vogel

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