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«Avec de la persévérance, on peut aller loin»

En 2020, Vincent Guyon tente l’aventure de la politique communale en se présentant aux élections complémentaires à la municipalité. A sa grande surprise, il est élu, non pas sans fierté, car cela fait de lui le premier municipal sourd de Suisse. «J’ai toujours pensé qu’en étant sourd de naissance, je ne pourrais pas faire de politique.» Plusieurs raisons sont à l’origine de sa démarche. D’abord, son intérêt pour la politique internationale, et une volonté de s’essayer la politique intérieure à l’échelon communal. Ensuite, l’amour de sa commune, dans laquelle il vit depuis 27 ans, et l’envie d’œuvrer pour la population. L’engagement personnel est chez lui quelque chose de naturel: après avoir vu plusieurs membres de sa famille s’engager aux niveaux associatif et politique, il a lui aussi souhaité donner de son temps pour la collectivité. Vincent Guyon s’est présenté à la municipalité sans avoir d’expérience préalable en politique. Mais cela n’a de loin pas effrayé celui qui a présidé pendant six ans le club de basketball de la ville voisine d’Orbe. «Avec de la persévérance et une bonne capacité d’adaptation, c’est tout à fait faisable. J’apprends beaucoup et cette fonction me permet d’élargir mes connaissances. C’est très enrichissant.» En charge des dicastères techniques tels que les routes, l’entretien du réseau d’eaux usées et d’eaux claires, et l’éclairage public, le municipal de Rances est régulièrement en contact avec des entreprises de travaux, avec qui il apprécie collaborer et entretient de bonnes relations. «J’aime gérer et organiser, et j’aime également les choses concrètes. Avec ces dicastères, je suis à même de faire tout ça.» «Rances est une petite commune en termes de population, mais les responsabilités sont grandes et les tâches nombreuses. On ne peut pas se comparer aux grandes villes, le fonctionnement est différent. Ici, nous n'avons pas de chefs de service.» En effet, si les membres de la municipalité sont en charge des aspects politiques et décisionnels, ils participent aussi activement à l’entretien de la commune. Dernièrement, Vincent Guyon s’est attelé au nettoyage et au contrôle des collecteurs d’eaux claires en prévision des orages estivaux. Pour ce qui est de l’aspect politique, les séances de municipalité et du Conseil général lui apprennent les rouages de la démocratie ainsi que l’art des débats et de l’argumentation. Il a notamment pour projet de rénover la place de jeux pour les enfants du village, anticipant de ce fait la construction de logements et l’arrivée de nouvelles familles. Par ailleurs, la question de la sécurité routière le préoccupe également, et elle est une source de discussion au sein des organes exécutif et législatif de la commune. Afin de pouvoir participer pleinement lors des séances de l’exécutif et du législatif, il est accompagné par une personne interprète en langage parlé complété (LPC), qui l’aide à prendre part aux discussions. S’il sait lire sur les lèvres, ce n’est pas toujours chose facile que de pouvoir intervenir lorsque plusieurs personnes parlent en même temps. Cela lui demande patience et adaptation. Il se sent parfois frustré de ne pas pouvoir toujours réagir du tac au tac lors de débats animés. Mais il souligne également que sa présence apporte un certain calme lors des échanges et permet de prendre le temps de la réflexion. Son succès en politique communale lui inspire de plus grandes ambitions. En 2022, il se porte candidat aux élections cantonales vaudoises. Sorti en tête de liste au moment des résultats, il rencontre un réel succès qui ne suffit toutefois pas pour une élection au Grand Conseil. Son parti, Le Centre, n’obtient pas un nombre de voix suffisant pour s’assurer un siège au législatif cantonal. N’étant pas du genre à baisser les bras, et fort de ce résultat, il se présente aux élections fédérales en 2023. Son expérience dans la politique communale, qui lui a ouvert des portes, notamment au sein du comité de direction de la Fédération Suisse des Sourds, de même que son intérêt pour la politique nationale et internationale sont pour lui un tremplin, et il décide alors de sauter le pas vers le Conseil national. «En mars dernier, j’ai participé à la première session des personnes handicapées en Suisse, cela m’a donné un aperçu de ce que peut être la politique fédérale. C’était impressionnant!» Vincent Guyon, municipal de Rances (VD) «En mars dernier, j’ai participé à la première session des personnes handicapées en Suisse, cela m’a donné un aperçu de ce que peut être la politique fédérale. C’était impressionnant!», explique Vincent Guyon. La défense de la démocratie et de la neutralité, mais aussi les aides sociales, comme l’AVS et l’AI, ou encore les questions familiales, telles que l’accueil de jour des enfants, sont des thématiques qui l’intéressent. Des aspects qui touchent également les communes, dont Vincent Guyon pourrait envisager de défendre les intérêts au niveau national à l’avenir: «Je soutiens les sujets qui me tiennent à cœur et j’aime pouvoir penser de manière indépendante. C’est ma façon de décider sur quel thème je m’engage», précise-t-il. Quant à savoir s’il pourra concilier son engagement communal et un possible engagement au niveau national, le municipal réfléchit encore. «C’est une question de temps à disposition, mais j’apprécie évidemment beaucoup mon travail à la commune. Si on est bien organisé, c’est certainement possible.» Vincent Guyon poursuit actuellement son mandat au sein de l’exécutif communal, tout en menant sa campagne pour le mois d’octobre, pour laquelle il se sent d’ores et déjà prêt. Maude Schreyer-Gonthier

175 ans de l’Etat fédéral et le rôle des communes

Reto Steiner: On peut distinguer deux types d’anciennes communes. L’un s’est formé en zone rurale, dans les régions de montagne. Des propriétaires fonciers, pour la plupart des paysans aisés, se sont regroupés en coopératives, afin de défendre ensemble leurs intérêts et afficher leur indépendance face à la noblesse. Les artisans et les commerçants ont fait de même dans les villes, formant ainsi le deuxième type de commune. Dans les communautés rurales comme dans les citadines, seuls les hommes possédant des biens pouvaient participer aux décisions. Le principe des décisions réservées aux familles possédantes contredisait le principe d’égalité de la Révolution française. C’est à ce moment-là qu’une séparation est intervenue entre communes bourgeoises et communes d’habitants. Les communes d’habitants étaient de simples entités administratives, alors que les bourgeoisies réunissaient les propriétés des anciennes communes. Les communes ne sont pas explicitement mentionnées dans la Constitution de 1848. On partait toutefois implicitement du principe qu’elles existaient. La liberté d’établissement a été introduite dans la Constitution, ce qui a été le fondement d’une société mobile. L’égalité des droits accordée à tous les citoyens n’a cependant été ancrée constitutionnellement qu’en 1874. Avant, il était donc théoriquement possible que certains habitants ne puissent pas participer aux décisions politiques. Comme je l’ai dit, cela n’était pas mentionné dans la Constitution fédérale. Ce sont les cantons qui étaient compétents en la matière. Au XIX e siècle, il n’y avait pas réellement de lois cantonales sur les communes qui définissaient leurs tâches. Cela n’a été introduit qu’au cours des dernières décennies. Autrefois, les communes avaient en fait moins de tâches. Après la Deuxième Guerre mondiale, de nombreuses tâches se sont ajoutées, notamment dans le domaine social et culturel. De nombreuses infrastructures ont aussi été créées: des salles polyvalentes, des piscines et des installations sportives. Ces dernières années, les tâches dans le secteur social se sont encore accrues, par exemple avec l’accueil extrafamilial des enfants ou le travail social en milieu scolaire. Depuis 1999, l’autonomie communale est ancrée dans la Constitution fédérale grâce à l’article 50. L’Association des Communes Suisses s’est à l’époque fortement engagée en faveur de cet article. Quelle est sa signification pour les communes? Ce qui est intéressant dans l’article, c’est qu’il garantit l’autonomie des communes mais pas leur maintien. Cela signifie que les communes ont certes des droits mais pas un droit intrinsèque à exister. Celui-ci est de la compétence des cantons. Du fait de leur statut d’autonomie, les cantons ne peuvent cependant pas les réduire à de simples organes d’exécution. Dans le même temps, cet article formulé de manière assez ouverte permet aux communes de s’adapter et par exemple de fusionner, car il ne donne justement pas de garantie de maintien. L’article évoque par ailleurs les besoins particuliers des villes et des régions de montagne. C’est ainsi que se referme le cercle sur la création des communes qui sont nées en même temps dans les régions rurales et dans les villes. Ces débats sont un peu artificiels. Ces tâches liées sont en effet issues d’un processus démocratique. Nous sommes non seulement des citoyens d’une commune, mais aussi d’un canton et de la Confédération. Nous fixons certains standards aux niveaux supérieurs, par exemple dans le domaine social ou environnemental. Les communes s’associent afin de pouvoir remplir ces standards. Exploiter des synergies fait sens, notamment pour des petites communes, car les tâches communales deviennent de plus en plus complexes. Je m’attends à ce que le trend des fusions se poursuive ces prochaines années. La plupart des fusions ont lieu de façon volontaire, dans un esprit de solidarité. Les communes peuvent ainsi s’organiser plus professionnellement et se renforcer en tant qu’institution. Des communes fortes qui peuvent remplir leurs tâches de façon professionnelle renforcent l’autonomie communale qui est un principe de base de la Suisse. Les communes se portent bien. La plupart ont des finances saines. Leur principal problème est le manque d’engagement politique. Déjà évoquée, la professionnalisation de l’administration est très utile car un mandat de conseiller communal est ainsi possible à côté d’une activité professionnelle. Le plus grand défi est lié au changement des valeurs au sein de la société. Presque tout le monde exerce une activité professionnelle et veut être là pour sa famille. Déjà fortement sollicités, les gens n’ont guère de ressources pour un mandat politique. Du fait des médias sociaux, ils sont aussi davantage exposés publiquement. On peut certainement procéder à des adaptions structurelles, par exemple en modifiant les heures des séances ou en les organisant par vidéoconférence. Et il est important de montrer qu’il vaut la peine d’assumer un tel mandat. On peut ainsi s’investir concrètement et rencontrer des gens dont on n’aurait jamais fait la connaissance autrement. Mais une recette miracle pour répondre aux défis du système de milice n’existe pas. Informations: www.1848-parl.ch Nadja Sutter

Un certificat qui renforce le travail de milice

«Si notre système de milice ne fonctionne plus, notre pays ne fonctionnera plus non plus», note Jürg Eggenberger, codirecteur de l’organisation Swiss Leaders, connue autrefois sous le nom d’Association suisse des cadres (ASC). Pour renforcer le travail de milice, l’ASC a de ce fait commencé en 2015 à certifier les compétences de conduite des conseillers communaux et des conseillères communales, à la manière de ce qui avait déjà été introduit pour les officiers de l’armée. Jürg Eggenberger se souvient toutefois que la «certification de conseiller communal» a dès le départ été confrontée à un dilemme. Les membres d’exécutifs communaux ayant, à côté de leur profession, de leur famille et du travail de milice, peu de temps à disposition pour d’autres engagements, la certification se devait d’être aussi simple que possible, «mais la reconnaissance du certificat aussi élevée que possible», argue-t-il. C’est pour cette raison que l’organisation s‘est associée à l’Association des Communes Suisses (ACS) afin de promouvoir ensemble le certificat: Swiss Leaders avec son savoir-faire en matière de travail de conduite, l’ACS en tant qu’association nationale parrainant le certificat au niveau politique. Cette certification ne correspond pas à une formation continue classique. Le but n’est pas d’apprendre quelque chose de nouveau, mais d’avoir en quelques jours un aperçu documenté de toutes les compétences dont la maîtrise dans la fonction (ou la profession) a déjà été prouvée. Une telle autoréflexion est très instructive et il s’agit à la fin, lors d’un entretien avec des experts, d’apporter de façon crédible la preuve de ces compétences. Celui qui en est capable obtient un certificat qui est reconnu par deux institutions suisses fiables. Ce certificat est surtout utile dans la vie professionnelle, estime Jürg Eggenberger. Lors d’une candidature, il montre que l’«activité de conseiller communal» n’est pas seulement un point sur le CV mais qu’elle comporte des compétences effectives qui vont de la conduite du personnel à la gestion de projet et à la technique de négociation, en passant par la direction de séance et des compétences de représentation. Ou, comme le dit Jürg Eggenberger, «des compétences classiques de conduite qui sont aussi recherchées dans l’économie privée et qui sont utiles peu importe la branche». Le certificat est un instrument qui peut faire le lien entre travail de milice et économie privée. Le processus de certification est ouvert à tous les conseillers communaux et conseillères communales qui ont au moins quatre ans d’expérience dans leur fonction. Pour les membres de l’ACS, la certification coûte 850 francs; 400 francs pour les membres de Swiss Leaders. Vous trouverez des informations supplémentaires sur: https://swissleaders.ch/services/validation-competences/conseiller-communal/ Fabio Pacozzi

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