Laurent Balsiger, directeur de la SEFA, a pour objectif d‘atteindre «le 100% local, durable et intelligent».

Rester dans l’esprit pionnier des origines pour assurer la sécurité

22.11.2021
11 l 2021
  • Énergie et environnement

En misant sur un programme qui privilégie le développement local, la Société Electrique des Forces de l’Aubonne (SEFA) mise sur la durabilité et la sécurité de l’approvisionnement en énergie, mais aussi en mobilité et télécommunications.

Le programme de la SEFA 2021–2025 est ambitieux en termes d’infrastructures et de prestations de haute qualité, organisé autour de cinq axes: augmenter la production d’énergie renouvelable, étendre les services énergétiques et techniques du bâtiment, développer des services de mobilité multimodale, développer et valoriser les réseaux de télécommunications et élargir les services aux communes. L’objectif est d‘atteindre le 100% local, durable et intelligent «sans avoir de date butoir pour y arriver», précise Laurent Balsiger, son directeur.

«Il faut mettre en perspective les investissements colossaux que nos aïeux ont consenti à l’époque pour le tram Allaman-Aubonne-Gimel, l’éclairage et l’usine électrique et le minimum de temps nécessaire pour réaliser ces travaux et ce à quoi nous consentons aujourd’hui, ainsi que le temps nécessaire pour faire aboutir un projet alors que nous disposons de machines ultraperformantes pour les réaliser.»

Laurent Balsiger se retourne volontiers sur l’histoire de la SEFA, non par nostalgie, mais par admiration. «Il y a 126 ans, des municipalités se sont levées en pleine révolution industrielle pour affirmer haut et fort le désir de participer, sans attendre Lausanne, Berne ou Genève!», s’enthousiasme ce grand calme. C’est comme cela qu’Allaman a obtenu un arrêt sur la ligne de train Paris–Milan. Quand le directeur de la SEFA regarde les objectifs affirmés de la société à l’horizon 2025 et plus loin encore, il souhaite incarner ce même esprit pour défendre la révolution énergétique qui nous permettra de dépasser les énergies fossile et nucléaire. Il n’aime pas le mot «transition» qui, selon lui, ne correspond pas à l’envergure des changements auxquels il faut s’atteler et qui s’apparentent à ceux des débuts de la SEFA et de la révolution industrielle. Faire le grand saut vers une énergie propre, disponible dans un environnement à l’échelle régionale qui permet d’assurer un degré d’autonomie locale, c’est aussi travailler dans le sens de la sécurité énergétique.

Travailler en confiance avec les communes

Depuis le changement de législature, Laurent Balsiger visite toutes les communes du territoire que couvre la SEFA de façon informelle. «Avec le président de la SEFA, Jean-Marie Surer, nous allons à la rencontre des nouvelles équipes municipales. Nous nous réunissions autour d’un repas, cela nous permet de discuter, d’avoir des feed-back sur les prestations livrées et souvent, des projets naissent de ces séances informelles.» Il accorde une très grande importance à la récolte des informations, analyses et chiffres, et à leur fiabilité. «On va nulle part si nous n’avons pas les bonnes infos, c’est ce qui fait la stérilité des débats», relève le directeur de la SEFA.

Il ne recule pas non plus devant les sujets qui fâchent, comme l’éolien ou l’installation d’un chauffage à distance qui s’avère plus compliqué sur le terrain que sur le papier. «La plus-value de la SEFA est sa capacité à proposer une approche personnalisée des besoins des clients et communes.» La SEFA est le petit cadre qui entre dans celui du canton, lequel est encastré dans celui de la Confédération, mais «à notre échelle, nous avons une grande marge de manœuvre pour nous adapter aux particularités locales». D’autant plus que Laurent Balsiger n’hésite pas à qualifier la région de «bénie» en énumérant ses forces «le bois, l’eau, la géothermie, le soleil et le vent», sans oublier ses habitants très entreprenants!

Les efforts financiers

L’investissement budgété pour réaliser l’ambitieux programme 2021–2025 s’élève à 40 millions, soit cinq fois plus d’investissements annuels que l’année 2020. Laurent Balsiger utilise une métaphore agricole pour justifier les efforts financiers à consentir de la part des actionnaires de la SEFA: «Il y a la saison des moissons et celle des récoltes. Nous avons récolté tous les fruits des moissons de nos anciens, nous devons recommencer à labourer et semer. Par exemple, un chauffage à distance représente un investissement sur 30 à 50 ans.» Concrètement, les dividendes des communes actionnaires ont été réduit de 50%. Par ailleurs, les communes ne sont pas toutes dans la même situation financière, il s’agit donc de s’adapter à chacune afin d’apporter une sécurité nécessaire aux engagements sur le long terme. Les plus aisées peuvent investir directement dans des infrastructures importantes, à l’exemple de Bougy-Villars avec son installation de chauffage à distance. Tandis que d’autres, comme Saint-Georges, recherchent plutôt des financements externes. La SEFA représente également un acteur de confiance très intégré dans le «biotope local économique». Cela permet à l’institution de discuter avec les établissements financiers locaux comme la Caisse d’épargne d’Aubonne par exemple pour des projets de proximité, créant ainsi un cercle économique vertueux.

Soutien aux commerces, contacts juniors-seniors

«Lorsque nous avons mis en place la téléphonie mobile, nous avons vu arriver au guichet des personnes âgées un peu perdues, cela nous a paru évident qu’il fallait faire quelque chose», raconte Laurent Balsiger. En partant du principe que la SEFA se porte bien, si la région va bien, la société a décidé de mettre l’accent sur la durabilité qui passe aussi par une offre sociale et économique de proximité. Ainsi, lors de la fermeture des commerces et entreprises à cause de la pandémie de COVID-19, les clients de la SEFA concernés par un arrêt de leurs activités ont pu bénéficier d’un abonnement gratuit. Elle a également participé avec la Jeune chambre économique de Morges et le «Journal de Morges» au lancement des bons cadeaux à faire valoir lors de la réouverture des commerces, ou à offrir en forme de soutien. Système qui a inspiré l’offre du Canton avec QoQa. Dans le même état d’esprit de proximité, l’été dernier pendant les mois de juillet et août, la SEFA a engagé deux jeunes étudiants pour coacher les seniors qui ont besoin d’aide en multimédia. «Les bénéfices ont été multiples. Le contact junior-senior a valorisé les jeunes qui se sont sentis utiles et rompu l’isolement des personnes âgées. Nous avons reçu beaucoup de lettres de remerciements», se réjouit Laurent Balsiger.

Bougy-Villars avec son bourg classé ISOS mise sur le bois pour la transition énergétique

La Commune de Bougy-Villars a répondu au défi de la transition énergétique de façon globale en intégrant tous les habitants du village. «Le Vieux Bourg est classé à l’Inventaire fédéral des sites construits d’importance nationale à protéger en Suisse (ISOS), ce qui nous interdit de nous tourner vers le photovoltaïque. Nous sommes aussi dans une zone de risque de glissement de terrain, ce qui nous interdit de procéder aux forages nécessaires pour installer des pompes à chaleur géothermiques. Les pompes à chaleur aérothermiques sont impossibles en raison de la contiguïté des bâtiments. Le gaz n’est pas une solution d’avenir. Il ne nous reste que le bois», constate Claude-Olivier Rosset, syndic de Bougy-Villars. A partir de ce constat, la décision communale d’installer un chauffage à distance (CAD) pour les bâtiments communaux a vite été élargie à toute la commune. «C’est tout le village qui a besoin d’une alternative au mazout et la plupart des maisons sont petites. La décision prise par le Conseil général d’installer un CAD qui bénéficie à l’ensemble des habitants a été saluée par la population», ajoute Claude-Olivier Rosset. Le chantier doit commencer en 2022 et se superposera à celui de la réfection de la rue principale du village. «Pour le moment, on piétine un peu, car un projet, le CAD, doit attendre l’autre, la route, c’est-à-dire toutes les validations cantonales», reconnaît le syndic.

Concrètement, un partenariat public-privé a été mis en place. La société «CAD Bougy-Villars SA», dotée d’un capital-actions de 200 000 francs avec répartition 35% commune, 65% SEFA, a été créée. Le budget alloué au projet s’élève à 2,5 millions.

Anne Devaux

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