
A l’aube d’une nouvelle ère, Moutier réajuste son administration
Cas d’école en Suisse, le transfert depuis janvier de la ville de Moutier du canton de Berne à celui du Jura a engendré des travaux d’Hercule pour les administrations concernées. Absorber les nombreux ajustements dus à ce changement continuera d’occuper les autorités en 2026. En premier lieu, son maire Marcel Winistoerfer.
Depuis janvier, la crosse de Bâle remplace l’ours de Berne au fronton de la mairie et sur les documents officiels. Mais cette mue héraldique n’a pas aplani tous les écueils. Maire de Moutier depuis dix ans, Marcel Winistoerfer accuse le contrecoup. «L’exercice n’a pas été facile et nous n’en avons pas fini», lâche-t-il. Quatre ans et près de quarante accords dans le Concordat de transfert entre les deux cantons n’auront pas été de trop.
Guichet unique
Depuis le 6 janvier, dans les locaux de l’ex-préfecture, un guichet unique répond aux doléances de la population, projet pilote lancé par le canton du Jura pour être à son écoute. C’est à cet endroit aussi que les propriétaires de véhicules ont jusqu’au 30 avril pour réceptionner leurs plaques JU. «N’ayant pas touché leurs rentes AVS ou complémentaires, ou celles-ci ayant été versées à double par erreur, des habitants s’y sont rendus dès le 6 janvier», atteste l’édile. Des retards et couacs dus à un ennui de santé d’une employée communale et à un malentendu entre les caisses de compensation des cantons de Berne et Jura. Quelques frictions ont émaillé aussi le transfert d’informations entre l’administration communale et ce guichet, personne ne sachant quoi répondre. «Des autochtones se sont demandé par exemple s’il fallait payer leurs impôts deux fois cette année. Or tout a été réglé par des accords cantonaux», explique Pascal Eschmann, chargé des finances, des impôts et de l’urbanisme à Moutier.
Budgets à remodéliser
La ville est aujourd’hui à flux tendu avec son personnel. «Nous ne pouvons pas le compresser indéfiniment et garder les mêmes prestations. Nous nous demandons déjà à chaque départ à la retraite s’il ne faut pas resserrer», prévient Marcel Winistoerfer. En décembre prochain, plusieurs départements établiront à ce propos des rapports en vue d’ajustements.
Un autre dossier n’est pas bouclé: l’école. Avec le cycle scolaire s’achevant à fin juillet, ce n’est qu’à partir du 1er août que les classes seront intégrées dans le giron jurassien. Jusque-là, c’est le régime bernois qui prévaut. Si le plan d’études reste le même pour les élèves, les conditions de travail seront légèrement différentes pour le corps enseignant, Berne offrant plus de décharges et une appréciation plus large en matière de reconnaissance des diplômes. Ancien enseignant lui-même, le maire table sur une période de six ans pour une intégration complètement réussie.
Pour finaliser ses budgets, la ville a régaté. «Il a fallu apprivoiser une autre façon de comptabiliser avec des différences dans le report des charges fiscales, financières et les quotités d’impôts», résume Pascal Eschmann. Le lissage a dû faire face à un obstacle imprévu. Le 1er janvier dernier, tous les écrans des ordinateurs municipaux étaient noirs. «Du jour au lendemain, nous n’avons plus eu accès à la comptabilité bernoise et avons dû inventer un mécanisme pour boucler l’année 2025», explique-t-il. Pour l’exercice 2026, ses services se sont inspirés des budgets de Porrentruy et Delémont.
Péréquation financière
Nouvelle venue dans le calcul jurassien de la péréquation financière intercommunale, Moutier percevra à ce titre environ 3 millions de francs en 2026. Les calculs étant réalisés à partir des résultats comptables des trois dernières années, trois ans au moins seront nécessaires pour clarifier sa situation et considérer son poids financier dans le canton du Jura. En attendant, le canton a fixé ce quotient à près de 3 millions. «Ce mécanisme artificiel durera le temps de retrouver des comptes à même d’être intégrés dans le mécanisme de calcul jurassien. Par solidarité, les autres communes ont joué le jeu», se réjouit Pascal Eschmann.
Pour l’Association jurassienne des communes (AJC), «cette question qui aurait pu crisper a été bien anticipée». Sondées, les autres communes ont formulé alors un mécanisme validé par le canton. Soit une compensation en intégralité durant six ans, via le fonds de péréquation, des effets indésirables sur les communes. L’équivalent de 1,8 million de francs en moins pour les bénéficiaires et 800 000 francs en plus pour les contributrices au pot commun. Entre 2026 et 2031, les montants alloués à Moutier n’impacteront pas les autres. La solution a été rendue possible grâce à un fonds disposant à fin 2024 de 18,8 millions de francs de fortune.
Personnel à réévaluer
Avec le traitement différencié des permis de construire entre les cantons du Jura et de Berne, des dossiers qui devaient précédemment passer sur sol bernois par la préfecture, ont été repris depuis janvier dernier par le service de l’urbanisme de la commune de Moutier. Ce qui a conduit les autorités à devoir augmenter le pourcentage d’un poste. Selon la masse de travail à accomplir en plus, une place pourrait être créée à terme à cet effet. La police administrative de Moutier compte également depuis janvier deux agents supplémentaires. A la fin de l’année, à l’heure de tirer un premier bilan, l’exécutif rendra au législatif un rapport évaluant les besoins réels en personnel.
«Il a fallu apprivoiser une autre façon de comptabiliser avec des différences dans le report des charges fiscales et les quotités d’impôts.»