Menu
Logo Logo
  • DE
  • FR
  • IT
  • Santé 1
  • Alain Meyer 1
  • 6 | 2021 1
Search narrowed by: Catégorie: Santé Auteur: Alain Meyer Remove all filters
Found 1 result in 0 milliseconds. Displaying results 1 to 1 of 1.
  • 1
Results per page:

Logement protégé… de qui, de quoi ?

L’image a de quoi faire frémir: coudes et genoux matelassés, une dame âgée se déplace à quatre pattes dans son appartement plutôt que de devoir s’exposer au moindre risque pouvant entraîner une chute fatale. Dans son esprit, un accident synonyme à terme d’un transfert dans un EMS… sa plus grande hantise. Récemment relayée par Christophe Büla, chef du service de gériatrie au CHUV à Lausanne, cette histoire édifiante mais véridique illustre avec effroi le mal-être abyssal dans lequel sont parfois plongés nos seniors. Surtout à l’heure du déménagement. Plus l’âge avance, plus ce mot suscite angoisse et peur. A fortiori durant la pandémie, où l’habitat des aînés a constitué pour certains autant une prison qu’un refuge face à l’extérieur. Spécialiste en réadaptation pour les personnes âgées, Christophe Büla participait le 28 janvier à une table ronde consacrée à «l’évolution des formes d’habitat pour vieillir chez soi.» Une révolution politique et sociétale est déjà en marche dans ce domaine en raison du vieillissement de la population. Mais cette révolution a connu un coup d’accélérateur avec la crise sanitaire. Menée par l’Institut et la Haute Ecole de la Santé de La Source à Lausanne, cette table ronde a permis de confronter points de vue et approches. Le docteur Büla a d’abord tenu à réaffirmer cette donnée de base: «Une grande majorité des gens veulent vieillir et mourir à la maison.» Et donc éviter un Etablissement médico-social (EMS). Le praticien s’interroge sur leur devenir et sur celui des logements protégés conçus pour permettre le maintien à domicile de seniors ou de personnes en situation de handicap. Que deviendront-ils dans une société plus individualiste et contrainte d’intérioriser des réflexes sanitaires? Il observe aussi que l’atomisation de la société conduit les pouvoirs publics à soutenir des projets toujours plus porteurs de solidarité intergénérationnelle. Mais que faire demain de cette population vieillissante en perte d’autonomie? Faut-il continuer alors de construire des appartements protégés? «Oui, mais il faudrait revoir leur architecture. Prévoir un balcon, une loggia ou un jardin d’hiver», lance un intervenant. La plupart des experts vont désormais même plus loin et conviennent qu’il faudrait repenser la société également. «Un logement protégé, c’est le prix de l’indépendance» ou «Un LP n’est pas un EMS». Ces slogans qui ont cours font l’apologie de type d’appartement aux accès facilités et qui donnent le sentiment de pouvoir profiter d’un «chez soi» pour le restant de ses jours avec des espaces collectifs mis à disposition pour lutter contre toute solitude. Mais Promotion Santé Suisse et l’association Curaviva, qui regroupe des institutions en charge des seniors, veulent désormais repenser ce type de logements avec l’objectif d’affiner un modèle d’habitat et de soins intégrés orientés demain vers l’environnement social. Voilé près de vingt ans déjà que Willie Anhorn et une douzaine d’autres préretraités ou retraités ont créé près de Lausanne un groupe de réflexion axé sur l’habitat pour les seniors. «L’idée de coopératives d’habitations n’accrochait pas encore l’attention vers la fin des années 1990», se remémore-t-il. Ce qui n’empêcha pas deux architectes de réfléchir à des projets tout en essayant de trouver sur sol vaudois des terrains susceptibles d’être mis en droit de superficie. Ainsi est née la fondation NetAge, qui gère depuis une bonne dizaine d’années le site de Pra Roman à Vers-chez-les-Blanc, sur la commune de Lausanne. Une soixantaine de logements (2,5 et 3,5 pièces) destinés aux plus de 55 ans, en solo ou en couple. Un site doté d’espaces communautaires en plein air ou à l’intérieur afin de raffermir le lien social. «Je n’aime pas le terme de logement protégé», s’offusque Willie Anhorn. «Protégé de qui, de quoi?», s’indigne-t-il presque. Il préfère évoquer des «logements adaptés» ou «accompagnés». Des espaces de vie non médicalisés gérés le plus souvent par des coopératives avec des offres différenciées. Des lieux de vie où personne n’empiète sur l’existence des voisins. Où tout en étant à la maison, on peut communiquer très rapidement avec l’extérieur dans un espace générant de nouvelles formes de solidarités entre habitants. Ceci à l’intérieur d’une structure qui s’adapte aux locataires et non le contraire. Le canton de Vaud compte une soixantaine de sites de logements protégés. De quoi héberger 2000 personnes environ. Mais à l’avenir, ces structures ne seront certainement plus suffisantes pour combler la demande exponentielle. «Dans le canton, les plus de 60 ans représentent 20% de la population. Ce taux montera à 25% dans 15 ans», prévient Antonello Spagnolo, directeur de l’insertion et des solidarités à la Direction générale de la cohésion sociale du canton de Vaud. «Le système va atteindre ses limites», s’alarme-t-il. Il table même sur un doublement des dépenses de l’Etat dans ce secteur. Il est dès lors logique que la réflexion des pouvoirs publics s’oriente désormais sur une limitation des coûts tout en encourageant le recours aux soins à domicile. Enseignante à la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du canton de Vaud, Gabrielle Wanzenried brandit aussi la menace «d’une explosion des coûts». Des dépenses qui ne sauraient être, selon elle, du seul ressort de l’Etat. Ce d’autant que les paramètres Social et Santé ne devraient bientôt plus être aussi dissociés. De nouveaux modes de financement ont été évoqués lors de cette table ronde. Des idées venues de l’étranger comme celle de ce modèle s’implantant toujours plus en Allemagne et au Danemark: l’introduction d’une assurance de soins pour le vieillissement en dehors de l’assurance-maladie. C’est en observant le trop-plein de personnes en EMS que cette idée a germé. En France, des spécialistes du Living Lab, un laboratoire dédié au Vieillissement et à la Vulnérabilité, planchent, eux, sur des habitats non plus «protégés» mais «inclusifs». Des lieux qui s’adaptent aux locataires et plus l’inverse. Architectes, experts en psychologie environnementale et consultants en gérontologie sociale défendent l’idée que les seniors veulent aussi «poursuivre un mouvement». Continuer ainsi de jouir d’autonomie et a fortiori chez eux. «Le libre choix est conditionné par la diversité des formules d’habitats», analyse ce laboratoire, lequel mise sur une implication institutionnelle plus forte accompagnée d’aménagements urbains. Le Living Lab cite les Pays-Bas, où la mode est aux logements dits «assistés». Un choix politique assumé pour permettre progressivement une démédicalisation de l’accompagnement des personnes. Avec pour corollaire la transformation progressive de maisons de retraite en logements «assistés». A l’intérieur, un espace collectif regroupe divers services (bar, pharmacies, restaurants). Chaque résident a droit à un logement de 50 m2. Des locataires s’occupent de faire à manger aux personnes souffrant de troubles cognitifs. «Considérer ces personnes avant de considérer leur pathologie», conclut le Lab, qui cite l’expression «Person comes first». Alain Meyer

  • 1
  • Abonnements
  • Protection des données
  • Impressum
  • Données médias
  • Archives PDF
  • Cookies
© Association des Communes Suisses
  • Home
  • Recherche
  • Archive
  • Abonnements
  • Données médias
  • Protection des données
  • Impressum
Fermer