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Un train de retard pour lutter contre les îlots de chaleur?

Il y a vingt ans environ, l’idée était de faire de l’Esplanade, située en face du Palais des Congrès de Bienne (BE), un espace public généreux. En fait, la colonne vertébrale d’un nouveau quartier au cœur de la cité sur les restes d’un ancien parking en plein air. La commune avait envisagé un temps d’y construire un bâtiment administratif centralisé. Son projet remisé, elle a jugé ensuite que cette zone de 6500 m 2 , pratiquement un terrain de football, pouvait rester libre à l’avenir pour des utilisations privées. En 2014, lorsque la population a voté sur les réglementations liées à la construction de logements à cet emplacement, acceptées à 75%, le bureau d’architectes lauréat du concours avait décrit «une grande surface libre urbaine unique en son genre en Suisse». Mais ni lui ni les autorités n’avaient alors estimé les effets à venir du réchauffement climatique. Ceinturée aujourd’hui d’immeubles locatifs de cinq à six étages, cette Esplanade peut se transformer l’été en chaudron. Elle accueille à la belle saison foires et marchés, food-trucks et concerts. En mai dernier, une foule venue de Suisse entière s’y est pressée à l’occasion de la Fête fédérale de musique. Vouée au vivre-ensemble avec de petits jets d’eau pour l’agrémenter, cette place a été conçue à une époque où la canicule pouvait encore sembler n’être qu’un épiphénomène. Les autorités admettent un temps de réaction trop long. «La question du climat urbain et celle des îlots de chaleur ne fait l’objet de débats approfondis en matière d’urbanisme que depuis une dizaine d’années à Bienne. Cet aspect a longtemps été négligé, notamment en matière d’aménagement des espaces publics», admet Sabine Gresch, responsable de l’urbanisme à Bienne. Comment rétropédaler sachant que cette place est identifiée sur les cartes climatiques de Bienne et du canton de Berne comme îlot de chaleur? «La question du climat urbain ne fait l’objet de débats approfondis en matière d’urbanisme que depuis une dizaine d’années.» Sabine Gresch, responsable de l’urbanisme à Bienne (BE) «Notre réseau de mesures a montré que l’année dernière, lors des nuits chaudes et tropicales, il y a fait environ six degrés de plus que dans la campagne environnante», atteste Eva Wyss, responsable du Service de l'environnement. Le principe est connu: les surfaces de bitume se réchauffent et emmagasinent de la chaleur la journée, qu’elles recrachent la nuit. Les directions municipales concernées, Travaux publics et Sécurité, n’ont toutefois pas eu connaissance jusqu’à présent d’accidents dus aux conditions climatiques extrêmes à cet endroit. Des manifestations et événements culturels ou festifs n’ont pas dû être annulés ou reportés non plus à cause de températures trop élevées. Mais le risque est latent. Pour éviter les mauvaises surprises, Bienne ne dispose pas de mille solutions. Des auvents peuvent être disséminés ou une tente peut être déployée lors de gros événements pour protéger le public des intempéries ou de la chaleur. Mais planter des arbres sur cette zone de bitume est mission impossible. Les autorités font face ici à un obstacle majeur: la présence d’un parking souterrain entravant toute plantation. «Comme la majeure partie de la place est située au-dessus du parking, la surélévation ne mesure que quelques centimètres. Elle est insuffisante pour planter des arbres. Seuls quelques-uns ont pu l’être en bordure», confirme Thomas Lüthi, responsable du Service des espaces verts et cimetières. Une végétalisation susceptible d’apporter un effet rafraîchissant ne serait possible à cet endroit qu’à petite échelle a priori. Par le biais de bacs mobiles. Mais, précise-t-il, «ils sont plus coûteux à l’achat et à l’entretien que planter des arbres en pleine terre. Et leur taille est limitée.» Nous parlons de creux/affaissements qui existent déjà dans le sol, qui ont été aménagés sur la surface asphaltée afin de servir de plans d'eau. Faute de moyens, aucune mesure supplémentaire n’est actuellement à l’étude à Bienne pour lutter contre l’accumulation de chaleur, concède Sabine Gresch. Faute de mieux aussi, une dizaine de panneaux climatiques et didactiques ont été installés depuis deux ans en plusieurs endroits de la ville, notamment sur les rives, rendant la population attentive aux changements. Ces bornes prônent par exemple l’usage de la mobilité douce et la réduction de consommation d’énergies. Mais aussi le ramassage des déchets et l’élimination des médicaments. Alain Meyer

La Ressourcerie à Yverdon navigue entre seconde main et deuxième vie  

Des objets en bon état finissent leur existence près des bennes de la déchèterie communale dans la zone industrielle d’Yverdon-les-Bains. Là, sur le quai de déchargement, un endroit est dédié au personnel de La Ressourcerie. Ce site offre depuis 2012 des postes d'insertion à des personnes en décrochage social et professionnel. De l’étiquetage aux conseils à la clientèle jusqu’à la revalorisation d’objets dans l’atelier de menuiserie et relookage. «Ce site offre de nombreux postes variés. C’est à cet effet de cohésion sociale que les subventions du canton de Vaud sont attribuées», explique Marianne Gaillard, responsable du secteur ambulatoire à la Fondation Bartimée à Grandson, institution dont le cœur de métier est la réinsertion mais dont le recyclage est le «véhicule valorisant». «Nous sommes plus d’une trentaine à être impliqués dans cette activité, dont une équipe de professionnels de l’encadrement qui sont également issus du domaine de la décoration ou d’autres métiers manuels», décrit-elle. Ces objets sont ensuite triés. Certains dont l’état est piètre vont à la benne. D’autres méritent une seconde vie. Ici un grille-pain quasiment neuf. Là un lecteur DVD encore opérationnel. Ces trouvailles sont acheminées au premier étage de La Ressourcerie où un second tri est effectué. Les objets sont ensuite nettoyés avant d’aller garnir un espace de vente de 150 m 2 . Si des retouches sont nécessaires, l’atelier est là pour du ponçage ou des transformations plus conséquentes. Cette plus-value a pour nom l’upcycling. D’autres critères sont également pris en compte: stockage, saisonnalité, potentiel d'écoulement et de transformation. «Notre site en ligne vise aussi à augmenter les ventes, mais surtout à pallier le manque de place. Les volumes à traiter deviennent gigantesques si on essaie de tout récupérer, d’où l’importance de soigner les opérations de tri.» Les prix sont très bas pour des objets n’ayant pas nécessité beaucoup de main d'œuvre. Ils sont un peu plus élevés pour ceux ayant fait l’objet d’une transformation ou rénovation importante. Parmi ces objets figurent des équipements électriques et électroniques qu’il faut manier avec précaution. Ce matériel atterrit à la déchèterie lorsqu’il n’est pas rapporté dans les enseignes appropriées. En tant qu’autorité de surveillance, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) rappelle dans un guide que des normes sont à respecter pour éliminer et valoriser les déchets spéciaux, dont ces appareils. Révisée en 2021, l ’ordonnance sur la restitution, la reprise et l’élimination des appareils électriques et électroniques souligne que «les substances valorisables qu’ils renferment doivent être récupérées dans la mesure où cela est techniquement possible, écologiquement judicieux et économiquement supportable». Pour leur réutilisation, le guide ajoute que leur préparation doit se faire «en adéquation avec les principes d’une économie circulaire saine». «Ce matériel peut être récupéré par nos soins, mais seulement s’il est en très bon état de fonctionnement.» Marianne Gaillard, Fondation Bartimée Comment La Ressourcerie procède-t-elle devant ces contraintes? «Depuis que le recyclage prime sur l’élimination des déchets, ce matériel peut être récupéré par nos soins, mais seulement s'il est en très bon état de fonctionnement. Si besoin, il est nettoyé, puis mis en vente. Mais nous n'avons pas le droit d’effectuer des réparations n’étant que revendeur», résume Marianne Gaillard. Elle ajoute que pour le matériel électrique, la marge de manœuvre est faible en raison des contraintes légales et contractuelles. «Pour chaque étape impliquant une modification physique des appareils, il doit exister des instructions écrites avec indications sur les sources de danger (décharge électrique, incendie, présence de composants avec polluants, etc.)», ajoute l’OFEV. L’activité de la Ressourcerie est complétée par des partenaires accrédités pour des tâches qu’elle ne serait pas en droit d’effectuer. C'est une entreprise d’upcycling d’Adliswil, dans le canton de Zurich, dont l’activité consiste à créer du nouveau à partir d’appareils électroniques inutilisés ou anciens, qui se charge de ce volet. «Y-Tronic se trouve sur le site de la déchèterie et utilise plusieurs surfaces pour le stockage, le tri et l’élimination. Il y a là un espace de collecte spécifique à côté de celui de La Ressourcerie. Le personnel de la déchèterie se charge de la bonne destination», conclut Marianne Gaillard. Alain Meyer

Le brouillard givrant remplace la neige dans l’arc jurassien

A La Chaux-de-Fonds (NE), à 1000 mètres d’altitude, il n’était pas rare d’assister autrefois, il y a une quinzaine d’années encore, à l’édification d’imposantes murailles de neige mesurant parfois plus de 2 mètres le long de l’avenue Léopold-Robert. Transformé au fil des jours en glace, ce mur scindait littéralement la ville en deux à hauteur de l’artère principale. Le service de la voirie devait déblayer nuit et jour routes et trottoirs, sans quoi il eût été impossible de circuler intra-muros. Or le réchauffement climatique est passé par là. Les hivers ne sont plus aussi rigoureux sur les hauteurs. Ni dans les Montagnes neuchâteloises. Ni à Saint-Imier, dans le Jura bernois, légèrement en contrebas. «Mais la variabilité des hivers n’a pas permis de faire des économies sensibles sur le poste de déneigement», estime Nicolas Vuilleumier, chef du service urbanisme de cette commune bernoise de 5000 habitants située à 820 mètres. Laquelle ne perçoit aucune subvention cantonale en compensation des conditions géotopographiques, ni pour le déneigement ni pour l’entretien des routes. Mais à Saint-Imier, dès qu’une faible quantité de neige s’abat, les équipes passent à l’action. «Qu’il tombe 8 ou 20 centimètres, le travail est peu ou prou le même aujourd’hui», concède-t-il. En revanche, l’espacement entre deux épisodes neigeux peut avoir une incidence sur le nombre d’interventions. Mais cela ne signifie pas moins de travail. Les tâches sont plus proactives. «Si le réchauffement n’a pas induit de modification de notre système de veille, celui-ci engendre d’autres missions comme le salage préventif des routes et des trottoirs. Ces opérations nécessitent aussi du personnel.» Pour faire attention par exemple aux coulées d’eau de fonte pour que celles-ci ne gèlent pas. «Qu’il tombe 8 ou 20 centimètres de neige, le travail est peu ou prou le même aujourd’hui.» Nicolas Vuilleumier, chef du service urbanisme à Saint-Imier (BE) Comme à La Chaux-de-Fonds, des alertes neige peuvent être déclenchées à tout moment de début novembre à mi-avril. Via ici un système de piquet (veille active) actionnant l’alarme. Il faut scruter la météo tous les jours, anticiper gel ou/et neige pour les nuits suivantes, vérifier l’état réel de la situation. En cas de faibles précipitations, de petits effectifs partent saler les rues. Mais de gros contingents sont prêts si la neige tombe en abondance, le but étant de rendre le système viaire opérationnel entre 6h00 et 7h00 du matin. Un nouveau danger apparaît depuis que le mercure s’affole aussi sur les hauteurs: les brouillards givrants. «Un problème auquel nous sommes confrontés plusieurs fois par an alors que cela relevait de l’exceptionnel par le passé. Il s’agit de rester vigilants aux conditions météo, aux températures, à l’air sec ou humide. Et continuer d’observer si une intervention de salage préventif est appropriée», relève Nicolas Vuilleumier. A La Chaux-de-Fonds, ces brouillards givrants sont observés avec méfiance. «Un phénomène ingérable obligeant nos équipes à rester en éveil», confirme Bekir Omerovic, voyer-chef de la Métropole horlogère. Là non plus, les coûts fixes pour le poste de déneigement n’ont pas bougé. Les opérations de salage seraient même plus régulières qu’avant. Car le gel et le dégel peuvent se succéder en une seule journée, contraignant la voirie à saler trois à quatre fois par jour. Au cours de l’hiver 2022-2023, très sec, il n’est tombé que 90 cm de neige cumulés à La Chaux-de-Fonds. Du jamais vu dans la ville la plus haute perchée d’Europe. Mais la garde ne baisse pas. Des alertes continuent d’y être envoyées par SMS aux habitants qui le souhaitent. Dès le mois d’octobre, du personnel auxiliaire intéressé à seconder la voirie peut également s’inscrire auprès de la Ville sur une offre en ligne baptisée «Carte neige». Ce recrutement d’extras date d’il y a une vingtaine d’années. «Rattachées au Service des espaces publics, ces personnes, dont l’âge minimum requis est 18 ans, doivent se présenter – les nuits où il a neigé au moins 5 à 10 cm – au Centre des Travaux Publics à 3h00 du matin, au début des opérations, ou alors à 7h00 pour renforcer les équipes qui déneigent les passages piétons et les escaliers», explique Bekir Omerovic. Entre 20 à 30 personnes s’inscrivent en moyenne chaque hiver à cette offre rémunérée. Offre pour laquelle la Ville octroie cette année une enveloppe de 85 000 francs. Des personnes en attente de régularisation de leur situation en Suisse ou des chômeurs s’inscrivent. Une vingtaine de candidats s’étaient annoncés fin octobre. Alain Meyer

Forestiers éclaireurs à l’affût des dangers naturels  

Garde forestier pour la région englobant les communes de Charmey, Crésuz et Châtel-sur-Montsalvens, Michael Pachoud est engagé à l’année par la corporation forestière, laquelle a reçu mandat du canton de couvrir des tâches légales sur une surface totale de 3000 ha de forêt, dont 1300 en mains publiques. Surveillance, martelage et conseils aux propriétaires privés lui incombent aussi selon la loi cantonale sur les forêts et la protection contre les catastrophes naturelles. Mais des tâches plus administratives comme la direction et le suivi des chantiers forestiers s’ajoutent à son cahier des charges pour les forêts publiques. Dont beaucoup ont fonction de forêts protectrices. Tri et vente des bois sont aussi de son ressort. Sillonnant la région depuis l’enfance, ce résident de Châtel-sur-Montsalvens en connait tous les recoins. Exceptés des champignonneurs et chasseurs, peu de monde s’aventure là où il se risque. Pour couvrir cette zone de basse montagne située entre 900 et 2000 mètres, le canton l’a choisi pour anticiper les dangers naturels et alerter les autorités des risques. Glissements de terrain et chutes de pierres en particulier peuvent obstruer la route cantonale et entraîner des laves torrentielles. Par deux fois l’an passé – le 11 novembre et le 14 décembre – le cours d’eau de la Jogne est également sorti de son lit près de Charmey, contraignant des habitants à quitter temporairement leurs logements. De la neige s’était accumulée dès l’automne en altitude, suivie d’une fonte rapide et de fortes pluies. «En quelques heures, la rivière est montée jusqu’à un niveau exceptionnel, ce qui nous a pris de vitesse», se souvient Michael Pachoud à propos de la première inondation. Un mois plus tard et après la mise en place de mesures préventives, l’équipe était plus rassurée. Mais de son aveu, entre les travaux d’avant la crue, la gestion des deux crises et la remise en état du terrain, le forfait de 42 heures par an que le canton lui accorde a été largement dépassé l’année dernière. Fribourg rétribue ses conseillers en DN au moyen d’une enveloppe couvrant un certain nombre de jours par an (voir encadré). «Ce forfait peut s’avérer généreux les années où peu d’interventions sont nécessaires, mais il n’est pas suffisant quand les éléments se déchaînent. Il faudrait dès lors trouver un calcul plus équitable en fonction des régions», explique-t-il. D’autant qu’avec les effets du changement climatique, le pensum pourrait augmenter. Le canton se dit disposé à effectuer une nouvelle analyse si les charges sont plus importantes de manière systématique. «Les communes peuvent compter sur une carte des dangers réajustée et un cadastre des faits survenus.» Michael Pachoud, garde forestier et conseiller dangers naturels Courroies de transmission entre différents intervenants (autorités, pompiers, police, génie civil, etc.) en cas d’événement imprévu, ces experts ne possèdent cependant aucun pouvoir décisionnel. «Quand le niveau de la Jogne monte jusqu’à devenir limite, je contacte la commune concernée et lui suggère de se préparer en positionnant par exemple une machine de déblayage à un endroit», dit-il. La commune peut ensuite alerter la population si nécessaire via les médias et des applications. A l’affût des zones sensibles, Michael Pachoud a accompagné l’automne dernier le commandant des pompiers qui pilotait les opérations lors des crues, l’informant des risques pour les habitations. «Cet épisode a servi d’enseignement. Une balise qui mesure l’altitude du niveau de l’eau a été installée depuis. Les communes peuvent compter aussi sur une carte des dangers réajustée et un cadastre des faits survenus», précise-t-il. Le Gruyérien ajoute que ces documents ne remplacent pas toujours le savoir-faire. «J’ai été assez proactif jusqu’ici, ce qui permet de gérer les situations plus facilement. Les entreprises forestières ou actives dans le génie civil jouent le jeu lorsque je leur explique qu’elles doivent être prêtes.» Des filets de protection ont été installés aussi dans la vallée de la Jogne pour éviter les éboulements. «Nous ne pouvons guère faire plus. Fin août, des propriétaires m’ont averti qu’un bloc de pierre s’était déposé à 1 mètre de chez eux. Je suis allé les rassurer, puis ai documenté l’événement pour l’Etat.» Le rapport a été archivé dans une banque de données consultable sur le guichet cartographique cantonal. Alain Meyer

Plein feu sur l’extinction nocturne

Les 15 villages de la commune de Val-de-Ruz, au centre du canton de Neuchâtel, font le pari, certains depuis plusieurs années déjà, de se passer d’éclairage la nuit. Si cette extinction s’étendait jusqu’à présent de minuit à 4h45 du matin, elle se prolongera cet hiver, risque de pénurie d’électricité oblige, entre 22h00 et 6h00 pour l’ensemble des localités. Une rallonge qui fait tiquer quelques agriculteurs devant rentrer du bétail tôt le matin. Mais globalement, les 17'000 âmes qui peuplent cette région ont adhéré à cette stratégie couvrant 80 km de voies publiques éclairées. Un sondage a montré que 85% y était favorable. En plus, la commune a décidé de renoncer cette année aux illuminations de Noël et à celles des édifices communaux. Au début, des parents s’étaient montrés également inquiets pour leur progéniture, sachant que le dernier bus s’arrête peu après minuit dans ces contrées. Selon le conseiller communal François Cuche, chargé du dossier à l’exécutif de Val-de-Ruz, qui a questionné les jeunes du cru, ces derniers lui ont répondu être équipés pour se défendre avec leurs téléphones portables. Le Val-de-Ruz et ses 128 km 2 de superficie est pionnier en matière d’extinction. Initiée à Fontaines, l’expérience a débordé sur les autres villages jusqu’à devenir la norme. Près de 2100 luminaires sont débranchés ici chaque nuit. Pour quelle économie? François Cuche l’estime à 175 000 kilowattheures (kWh) par an, moins de 4% de l’électricité consommée par la commune, laquelle épargne ainsi 34 000 francs/an. «Chiffre anecdotique, mais pas négligeable.» De premiers efforts avaient déjà été entrepris en 2014 avec l’emploi d’ampoules LED pour éclairer les rues et une soixantaine de passages piétons, rappelle-t-il. «Un abaissement déjà de 50% de la luminosité publique nocturne et l’opportunité de remplacer nos vieux candélabres.» Fournisseur d’électricité dans le Val-de-Ruz, le Groupe E a joué un rôle crucial dans ce changement de paradigme. «Dès le départ, nous avons été accompagnés pour solutionner les problèmes techniques», admet François Cuche. Pour autant, un écueil s’est présenté. Comment contourner l’obligation légale de maintenir les passages pour piétons éclairés? «Je me suis rendu au gouvernement cantonal pour obtenir une dérogation pour ne pas devoir appliquer ces normes stricto sensu», confesse-t-il. L’éclairage par un seul candélabre par passage piéton a été admis pour la mise en œuvre du projet. Et des zones limitées à 30 km/h ont été instaurées, conduisant à éliminer des passages piétons. «On dort mieux quand les lampadaires ne s’invitent plus dans nos chambres à coucher.» François Cuche, conseiller communal Val-de-Ruz De l’éclairage dynamique, technique qui réagit aux allées et venues des passant-es en s’allumant et s’éteignant automatiquement, a aussi été introduit sur des portions en réfection. Le village de Chézard-Saint-Martin en est doté. Celui de Fontainemelon va suivre. «Nous avons hésité à introduire un tel éclairage sur tout le territoire communal, mais la facture aurait frisé le demi-million de francs. Nous y avons renoncé, mais l’englobons lorsque des routes sont réaménagées.» C’est en 2016 déjà que la commission de l’énergie de la commune convia la population à une séance d’informations sur la pollution lumineuse et l’extinction nocturne des feux. Puis une Fête de la Nuit fut organisée à Fontaines un an plus tard … «pour rendre cette extinction nocturne sympathique». Par la suite, il a été décidé d’arrêter l’éclairage public à Fontaines pendant six mois. «Expérience qui n’a guère soulevé d’opposition», se souvient le conseiller communal. Val-de-Ruz craignait également une recrudescence de la délinquance, phénomène qui ne s’est pas avéré. Pour analyser les habitudes de conduite dans l’obscurité, des radars ont également été installés temporairement le long des routes. «Nous avons ainsi pu observer que les gens roulent en moyenne 12 km/h plus lentement en traversant désormais nos villages. Un réel gain de sécurité», affirme-t-il. Une étude menée avec la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (HEPIA) devrait d’ici ce printemps établir également dans quelle mesure la faune sauvage (renards, lynx, chevreuils) réagit à ce retour à l’obscurité totale. «Le gibier a retrouvé un cheminement d’une forêt située au sud à une autre au nord, un périple jadis entravé par la pollution lumineuse», éclaircit l’édile de Val-de-Ruz. Conséquence: les bêtes se déplacent plus librement. En hiver, on en retrouve aussi plus facilement en plaine en quête de nourriture. «Mais aucun conflit avec le loup», garantit-il. Quant au sommeil des autochtones, il s’est bonifié. «On dort mieux quand les lampadaires ne s’invitent plus dans nos chambres à coucher», dit-il. Pour parvenir à ses fins, Val-de-Ruz n’a pu compter que sur elle-même. Le canton a certes joué les facilitateurs en permettant de déroger aux normes pour les passages piétons. Pour le reste, la commune a dû s’acquitter au total de 160 000 francs pour les travaux dans les armoires électriques et sur les luminaires. Mais ses efforts ont payé. D’autres communes au Tessin et dans le Gros de Vaud l’ont déjà sollicitée pour bénéficier de son expertise administrative et technique. Même intérêt manifesté par l’association suisse des électriciennes et électriciens. Informations: L’Association des Communes Suisses a publié une notice intitulée «Limitation des émissions lumineuses» spécialement destinée aux communes. Alain Meyer

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