Plan-les-Ouates: un Plan du réseau piéton exemplaire
La planification du réseau piéton est ancrée dans la loi sur les chemins pour piétons et les chemins de randonnée pédestre (LCPR) de 1985. 40 ans après son entrée en vigueur, les manques sont encore importants quant à l’élaboration des plans de réseau piéton dans les communes, selon un rapport de l’Office fédéral des routes (OFROU) et de Mobilité piétonne Suisse en 2024. Seul un tiers des communes suisses environ affirme avoir un tel plan. Le canton de Genève fait exception, avec plus de 30 de ses 45 communes dotées d’un plan, ayant valeur de plan directeur. Lorsque cet instrument existe et est mis à jour régulièrement, il constitue un outil précieux pour différents services, comme le montre le cas de Plan-les-Ouates, une commune avec une population de 12 700 personnes. Il y est aussi possible de réaliser des plans opposables aux propriétaires fonciers (les Plans localisés des chemins pour piétons [PLCP]). Les autorités de la Commune de Plan-les-Ouates se réfèrent régulièrement au Plan directeur des chemins pour piétons (PDCP) pour asseoir leur planification. Les interventions sur le réseau piéton engagent à la fois l’urbanisme (planification), la mobilité (réaménagements routiers, circulation) et l’octroi des permis de construire. Le PDCP traite les lacunes du réseau, les discontinuités et les points problématiques (sécurité, obstacles, attractivité, connexions, etc.). Il distingue le réseau existant des liaisons à créer, ainsi que la hiérarchie des réseaux. Le PDCP est un allié de poids dans les projets urbains et routiers, puisqu’il définit une vision qui assure la cohérence du développement urbain et des mesures d’aménagement. Il facilite la coordination entre acteurs et assoit la sécurité juridique, notamment le maintien des traversées piétonnes ou leur inscription dans une planification contraignante, une autorisation de construire ou une servitude. Les trois cas ci-dessous illustrent l’application du plan par différents services (planification, mobilité, permis de construire): Liaisons piétonnes dans le Plan localisé de quartier (PLQ) d’Arare-Dessous: Un projet d’urbanisation est en cours dans le village d’Arare-Dessous. Comme le PDCP a identifié des lacunes dans les liaisons piétonnes nord-sud dans ce site en pente, le PLQ a intégré les liaisons qui comblent ce déficit. La commune a en outre obtenu qu’un second tracé soit adapté aux personnes à mobilité réduite (paliers, pentes maximales, etc.). Les cheminements, réalisés par les développeurs, restent de propriété privée, mais au bénéfice d’une servitude de passage public. Passages piétons à la route de la Galaise: La réalisation d’une piste cyclable et la sécurisation des traversées piétonnes sur la route de la Galaise ont permis la création de deux nouveaux passages piétons et le réaménagement d’un troisième. Ces traversées sont situées sur un axe emprunté par des poids lourds en zone industrielle et artisanale. Une cession gratuite au domaine public communal était inscrite dans le Plan directeur de la zone industrielle et artisanale (1996) ainsi que dans le PDCP. Permis de construire au chemin de la Redoute: Dans le cadre de la réalisation d’un nouvel immeuble, le préavis communal (consultatif à Genève) sur l’autorisation de construire a demandé d’intégrer une nouvelle liaison piétonne. A l’origine, le cheminement emprunté se situait sur fond privé et n’était pas adéquat (lacune soulevée dans le PDCP) et son utilisation provoquait des conflits de voisinage. Cette liaison, dans un contexte apaisé, est désormais empruntée par les enfants et leur famille. L’itinéraire a passé en domaine public communal. Un itinéraire ou une traversée inscrite dans un plan du réseau piéton est un déclencheur pour parvenir progressivement à des cheminements piétons sûrs et attractifs. C’est parfois aussi une opportunité en «dormance»; même si une mesure n’est pas réalisée immédiatement, son inscription entrera en force lors de la réalisation de projets ultérieurs. Enfin, si une mesure est prévue dans le PDCP pour remédier à un conflit d’usage, le plan permet de pacifier la cohabitation ou de sécuriser les déplacements via une réalisation sur fond privé. Jenny Leuba, Thomas Aligisakis