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Modernisation de la statistique de l’aide sociale

La statistique des bénéficiaires de l’aide sociale est le fruit d’une collaboration entre la Confédération, les cantons et les communes. Elle fournit des informations de pilotage dans le domaine de l’aide sociale et est un instrument incontournable de la politique sociale. Ses fondements théoriques ont été posés il y a plus de 20 ans et vont être adaptés aux besoins actuels dans le cadre d’un projet de modernisation. La modernisation de la Statistique de l’aide sociale a été menée à partir de janvier 2021 dans le cadre d’un processus itératif. L'Office fédéral de la statistique (OFS) a élaboré les bases conceptuelles au sein de groupes de travail, en collaboration avec des représentants des autorités sociales des cantons, des communes et des villes, des services sociaux, des offices cantonaux de statistique et la CSIAS. Se basant sur le choix de la variante en fin 2020, L’OFS a notamment pu contrôler les travaux de conception à l’aide de données pilotes et en discuter avec les fournisseurs. Les travaux ont été consolidés en étroite collaboration avec le groupe de pilotage de la modernisation, composé de représentants de la Confédération, des cantons, des villes et des communes. La statistique modernisée consiste en une transmission mensuelle de données productives et issues de la gestion des dossiers des fournisseurs de données. L’analyse des données sera effectuée sur la base de données traitées par l’OFS de manière automatisée. Le catalogue des données à fournir a été considérablement réduit par rapport à la statistique annuelle existante. Les variables que les fournisseurs de données transmettent à l’OFS par le biais de sedex consistent en 20 données de base contenant des informations sur les personnes et les dossiers. Les autres analyses se basent sur des données provenant de la comptabilité des clients, qui sont extraites sous forme de tableau comptable et harmonisées à l’OFS. Des appariements statistiques permettront d’utiliser des informations provenant d’autres sources statistiques afin, d’une part, d’alléger encore la charge des fournisseurs de données et, d’autre part, de faire progresser l’utilisation multiple des données statistiques pour mettre à disposition des parties prenantes des indicateurs pertinents pour le pilotage. Les résultats statistiques sont publiés sur la page d’accueil de l’OFS, comme par le passé. Les travaux de mise en œuvre sont prévus de janvier 2023 à fin 2024. Ils créeront les conditions qui permettront aux services fournisseurs de données d’effectuer des livraisons à la Statistique de l’aide sociale selon le modèle modernisé, à partir de janvier 2025. Les fournisseurs de données auront la possibilité de consulter des évaluations mensuelles et de les réutiliser. Ces évaluations en cours d’année peuvent apporter une plus-value au pilotage, surtout en période de forte dynamique. Avec la statistique modernisée, les données productives seront extraites des systèmes de gestion des dossiers et transmises chaque mois. Il s’agit pour les fournisseurs de sélectionner les données administratives et comptables pertinentes et de les transmettre à l’OFS selon une procédure définie. Dans la phase de réalisation, l’extraction et la transmission des données sont testées avec des livraisons de tests. Un outil de saisie sera mis à la disposition des services ne disposant pas de leur propre système de gestion des dossiers. Avec les indicateurs mensuels, les fournisseurs de données seront informés de la qualité des données qu’ils livrent et bénéficieront d’un suivi de la qualité pour une optimisation continue des données. L’OFS relève les plans comptables directement auprès des fournisseurs de données afin de préparer leur harmonisation. Pour ce faire, l’OFS attribue les positions comptables des fournisseurs aux variables d’analyse statistique et garantit ainsi la comparabilité des analyses. Il convient d’automatiser autant que possible le processus de traitement utilisé pour la préparation des livraisons régulières de données. Pendant la phase de réalisation, les traitements seront mis en œuvre à l’aide de livraisons de tests, et l’accès aux résultats par un portail web, prévu dans la phase de conception, va lui aussi être réalisé et testé. Informations: www.bfs.admin.ch Marc Dubach

La «Fête des fêtes»: l’avenir a besoin de racines

De nombreuses fêtes d’automne sont célébrées en Suisse sous toutes les formes. Leur point commun? Elles rassemblent et consacrent des récoltes abondantes. Généralement, elles mettent à l’honneur un produit qui joue un rôle particulier dans l’agriculture et l’alimentation de la région. Ainsi, le Tessin et les vallées du sud des Grisons célèbrent une cueillette de châtaignes réussie, tandis que les «Trottenfesten» de Suisse orientale et les «Fêtes des vendanges» de Suisse romande marquent la fin des vendanges. Beaucoup de ces traditions sont profondément enracinées dans le passé. Pour autant, elles sont soigneusement cultivées de nos jours. A la pointe nord-ouest du canton du Jura, en Ajoie, la Saint-Martin en offre un exemple particulièrement vivant. Le week-end de la Saint-Martin (11 novembre), un menu spécial est proposé dans de nombreux restaurants de la petite ville de Porrentruy et des villages environnants. Il se compose de plusieurs spécialités, préparées de différentes manières selon les établissements, mais toujours à base de viande de porc. Parmi elles, la soupe de légumes au bouilli, le boudin noir, la gelée de ménage (terrine à base de viande en gelée), la choucroute au jambon, la viande de porc fraîche et la saucisse d’Ajoie (saucisse de porc fumée assaisonnée de cumin). Le repas de la Saint-Martin comprend pas moins de huit plats. Conformément aux coutumes rurales, les derniers n’en sont pas moins consistants que les premiers. En effet, le festin se clôt sur un gâteau à la crème épaisse caractérisé par son goût salé, appelé «Totché», ou avec des «Striflates», des beignets à la crème vanille. Traditionnellement, le jour de la Saint-Martin et sa succession de mets copieux signaient un tournant important dans le cycle agricole annuel – autrefois, c’était en effet à cette date que se payaient les baux ruraux et que se réglaient les dettes. Les récoltes étaient désormais rentrées, les greniers et les réserves remplis, les salaires des domestiques payés. Dans l’étable, des porcs bien gras: de quoi réjouir a priori; toutefois, cela représentait aussi un problème, car contrairement à aujourd’hui, il n’y avait ni nourriture ni argent pour garder tous les animaux pendant l’hiver. C’est pourquoi, le jour de la Saint-Martin, il était coutume en de nombreux endroits d’abattre un cochon. Une partie de la viande pouvait ainsi être conservée, par exemple par salaison ou fumage. En revanche, les denrées vite périssables étaient immédiatement servies à table. C’est le cas du boudin noir, un produit frais qu’il faut consommer rapidement. De cette manière, le porc pouvait être utilisé presque entièrement: aujourd’hui, cette pratique est appelée «from nose to tail» (du museau à la queue). Cette époque ne connaissait pas le phénomène moderne du gaspillage alimentaire. En plus d’être une nécessité, cette valorisation était l’occasion de festoyer: le jour de la Saint-Martin, il était permis de se régaler, car ensuite commençait le jeûne de l’Avent. Et quoi de mieux que de savourer un tel banquet bien entouré? C’est dans ces conditions qu’est née celle qui se nomme également la Fête du cochon. Bien sûr, les temps ont changé – l’agriculture occupe dans la société d’aujourd’hui une place moins centrale, y compris en Ajoie. Mais cette tradition automnale y est toujours aussi vivace et perpétuée: autour de la Saint-Martin, des retrouvailles familiales, amicales et avec le voisinage s’organisent pour faire la fête en communauté. Cet automne, la Saint-Martin se vivra non seulement dans le canton du Jura, mais aussi en Suisse alémanique, un peu plus tôt même qu’à la date habituelle de novembre. Au Musée en plein air de Ballenberg, la plus grande fête des récoltes de Suisse aura lieu pendant les week-ends du 24 et 25 septembre et des 1 er et 2 octobre 2022 avec la «Fête des fêtes». L’événement est placé sous la devise «L’avenir a besoin de racines» et regroupe des traditions automnales de toutes les régions de Suisse (voir encadré). L’une des 15 places des fêtes sera réservée à l’Ajoie et à son menu à huit plats, auquel il sera possible de goûter tel qu’il est traditionnellement servi lors d’une Saint Martin dans le pays de Porrentruy. Informations: En tant que partenaire de la «Fête des fêtes», l’Association des Communes Suisses offre à tous les employés communaux et à tous les membres des exécutifs communaux une réduction de 25% sur le prix d’entrée. Pour en profiter, sélectionnez sur le portail de billetterie le type et le nombre de passes journaliers souhaités, cliquez sur «Réserver les billets» et saisissez le code fdfcommunes22. www.fetedesfetes.ch Andreas Staeger

L’anticipation est la clé pour les femmes

A la naissance d’un enfant, l’homme continue fréquemment à travailler à un taux élevé, tandis que la femme met son activité lucrative entre parenthèses pendant des mois, voire des années. Durant cette période, elle ne touche pas de salaire ni ne cotise pour sa prévoyance professionnelle, car seules les personnes qui exercent un travail rémunéré peuvent effectuer des versements auprès d’une caisse de pension en vue de leur retraite. En Suisse, les femmes sont particulièrement concernées par les lacunes de prévoyance, qui se traduisent par des rentes de vieillesse moindres. Selon une étude de la Confédération, en 2016, les rentes touchées par les femmes en Suisse étaient inférieures de 37% en moyenne à celles des hommes. Dans l’AVS, l’écart entre les rentes ne représentait que 3% environ, ce qui s’explique par les mesures de compensation prévues dans le cadre du 1 er pilier. Dans la prévoyance professionnelle (2 e pilier) en revanche, la différence entre les deux sexes s’élevait à 60%; c’est ce qu’on appelle le Gender Pension Gap. Ce fossé tient principalement aux différences de parcours professionnels des femmes et des hommes. Durant leur vie active, les femmes n’ont souvent pas la possibilité de cotiser autant que les hommes pour leur prévoyance professionnelle. Le risque pour elles de basculer dans la pauvreté à la retraite est donc plus important. L’interruption de l’activité professionnelle n’est pas le seul facteur de vigilance, le travail à temps partiel comporte également des risques en matière de prévoyance. En effet, pour être assuré auprès d’une caisse de pension, il faut percevoir un revenu annuel d’au moins 21’510 francs. Selon le taux d’occupation et le salaire, ce seuil d’entrée n’est pas à la portée de tout le monde. De plus, la déduction de coordination peut se traduire par un salaire assuré relativement faible, ce qui signifie plus tard une rente moins élevée: pour calculer le salaire assuré, la loi prévoit de déduire 25 095 francs du salaire annuel brut. Un divorce ou une séparation peut également être préjudiciable à la prévoyance vieillesse de la femme, par exemple lorsque la garde des enfants lui incombe principalement et qu’elle ne peut donc pas travailler ou seulement à temps partiel. Il en va de même pour les soins prodigués gratuitement à des proches, si ceux-ci entraînent une interruption ou une réduction de l’activité professionnelle. Pour réduire la probabilité de basculer dans la pauvreté à la retraite, il faut – pour le sexe féminin comme pour le sexe masculin d’ailleurs – éviter les lacunes de prévoyance et examiner les possibilités d’optimiser sa situation. Entretien avec Tanja Brunner, responsable du secrétariat communal de la commune de Spiez et membre du Conseil de fondation de Previs Prévoyance. Tanja Brunner: C’est clairement un sujet de préoccupation pour les couples de parents qui travaillent. Ils sont par exemple confrontés au fait qu’en cas de travail à temps partiel, ils se voient souvent appliquer la déduction de coordination intégrale, ce qui vient réduire le salaire assuré et la rente. Selon les cas, le seuil d’entrée dans la caisse de pension peut aussi être trop élevé avec un temps partiel. D’une manière générale, je recommande de prendre ses responsabilités en réfléchissant le plus tôt possible à sa prévoyance vieillesse. Il faut poser des jalons lorsque l’on en a encore la possibilité. Une fois à la retraite, il est souvent trop tard pour combler les lacunes de prévoyance. Il est essentiel pour elles de se montrer proactives! Elles ne doivent pas hésiter à aborder le thème de la prévoyance et des potentiels d’optimisation avec leur employeur. Une femme qui exerce par exemple deux emplois différents à temps partiel a tout intérêt à vérifier si elle ne pourrait pas s’affilier à la caisse de pension d’un seul de ses deux employeurs. Cela lui permettrait d’éviter que la déduction de coordination ne soit appliquée deux fois ou bien de franchir le seuil d’accès à la prévoyance professionnelle grâce au cumul de ses deux salaires. Dernière recommandation: veiller à alimenter son troisième pilier (la prévoyance privée) si l’on en a la capacité financière. «Je recommande de prendre ses responsabilités en réfléchissant le plus tôt possible à sa prévoyance vieillesse. Il faut poser des jalons lorsque l’on en a encore la possibilité.» Tanja Brunner, responsable du secrétariat communal, commune de Spiez; membre du Conseil de fondation de Previs Prévoyance En ces temps de pénurie de main-d’œuvre qualifiée, il est primordial de proposer des conditions de travail attractives – la prévoyance professionnelle en fait partie. Il existe à mes yeux plusieurs approches possibles pour les employeurs. Ils peuvent par exemple adapter la déduction de coordination en fonction du taux d’occupation. C’est le choix qu’a fait mon employeur, la commune de Spiez. Ils peuvent également mettre en place des plans d’épargne de qualité ou abaisser le seuil d’entrée, même si cela représente un coût pour eux. Les conditions de travail doivent par ailleurs être compatibles avec les responsabilités familiales. Cela implique par exemple de rendre le travail à temps partiel accessible aux postes de cadres – notamment pour les hommes, afin de donner plus de marge de manœuvre aux mères qui souhaitent travailler. Il va sans dire que l’égalité salariale entre hommes et femmes est essentielle pour améliorer la prévoyance professionnelle du sexe féminin. Enfin, les employeurs ont la possibilité de sensibiliser activement leur personnel à la prévoyance vieillesse. Les caisses de pension peuvent également y contribuer en montrant aux employeurs l’importance de ce thème et en leur apportant soutien et conseil. Vous trouverez de plus amples informations ainsi que des conseils et des recommandations sur le thème de la prévoyance au féminin sur www.previs.ch/femmes . Kaspar Abplanalp

Une vie autonome dans un lieu rassurant

Elle relève un fuchsia en pot renversé par le vent, puis arrose minutieusement les autres plantes de son balcon, détachant ça et là quelques feuilles sèches. Œillets roses, pensées multicolores, papyrus mais aussi basilic et ciboulette: Rosette Pasche a la main verte. Il lui était essentiel d’avoir assez d’espace dans son nouveau logis pour pouvoir continuer à cultiver cette passion. Cet automne, elle fêtera ses 90 ans. Et cela fera une année qu’elle aura quitté sa grande maison située à Lavey, village voisin dans lequel elle est née et a habité toute sa vie. «Encore l’an passé, j’y labourais mon potager», se souvient-elle. Après avoir vécu des décennies de bonheur avec son mari, Rosette Pasche est devenue veuve il y a onze ans. «Quand on se retrouve seule, c’est pas évident.» La maison et le grand verger exigeaient beaucoup de travail d’entretien – ça devenait trop pour elle au fil des ans. Voilà pourquoi elle a choisi de vivre en appartement. «J’ai pris cette décision toute seule. Ça a été un grand pas. Mais je ne regrette vraiment pas.» Elle est ici en terrain connu puisqu’elle a toujours été reliée à Bex par ses activités professionnelles et associatives. Elle apprécie la situation de la résidence, qui lui permet d’accéder facilement à pied aux commerces, au centre du village et à la gare, tout en offrant une belle vue sur les montagnes. Elle qui adore marcher, elle trouve de nombreuses possibilités de balades dans les parages. Par exemple dans les vignes toutes proches, qu’elle montre à travers la fenêtre. «Je ne me plains pas, j’ai encore ma tête et mes jambes», lance-t-elle. Il faut dire que la Vaudoise a mené une vie très sportive, s’étant adonnée notamment à la marche, au ski et à la natation. Elle a même pratiqué la gym au-delà de ses 80 ans. Rosette Pasche continue aussi de cuisiner elle-même ses repas. En revanche, arthrose oblige, elle ne parvient plus comme autrefois à se plonger dans mille et une activités manuelles telles que poterie, macramé, broderie ou mosaïque. De sa maison, elle a emporté ici moult trésors témoignant de sa créativité et porteurs de précieux souvenirs. Une nappe brodée de fleurs des champs, des serviettes peintes de feuilles d’arbres, un dessous de plat orné de coquillages. Et cette tapisserie trônant au mur, avec de fringuants chevaux, qu’elle a mis plusieurs années à réaliser. Bien sûr, elle n’a pu emmener qu’une partie de ses anciens meubles et objets, mais elle reste philosophe. «Quand on vit dans une grande maison avec beaucoup de place, on a tendance à accumuler des choses inutiles. Avec cinq fois moins qu’avant, ça me suffit largement.» Et pour elle, le plus important est de pouvoir continuer à nourrir ses relations familiales et sociales. Voir ses neveux et nièces, visiter ses ex-voisines de Lavey, participer aux sorties de l’amicale des paysannes de la région, ou encore aller manger avec les copines de son ancien groupe de gym. Etant très indépendante, Rosette Pasche espère pouvoir rester ici aussi longtemps que possible plutôt que d’aller dans un EMS. «A mon âge, je ne veux pas déménager 36 fois … Ici, je me sens bien et rassurée. C’est confortable, bien aménagé.» Elle souligne par exemple que la douche est spacieuse et accessible en fauteuil roulant si cela s’avérait un jour nécessaire. Pour l’heure, elle a encore de l’énergie à revendre. Quand elle n’est pas chargée, elle snobe l’ascenseur et prend l’escalier pour rejoindre son logement au deuxième étage. «Il y a 32 marches, je les ai comptées», rit-elle avec une étincelle dans ses yeux clairs. Martine Salomon

Manger ensemble renforce la santé des personnes âgées

Après le décès de son mari, Rosa Schmid (nom modifié) n’aimait pas manger seule à table. Il n’était donc pas rare qu’elle mange directement dans la poêle, debout devant la cuisinière et sans véritable appétit. Après quelques semaines, elle a remarqué qu’elle était souvent fatiguée et moins en forme qu’avant, et elle a vite compris que ce changement était lié à sa façon de s’alimenter. C’est pourquoi, après avoir vu un appel à la création d’une «Tavolata» dans sa commune, M me Schmid a participé à la toute première réunion d’information de Tavolata. C’était en 2010. De retour à la maison, elle a immédiatement invité quelques personnes seules du voisinage à manger des spaghettis. Sa table d’hôtes existe depuis maintenant douze ans. Elle déclare: «Tavolata est la meilleure des choses qui ait pu m’arriver.» Daniela Specht, responsable du bureau Tavolata et coordinatrice des tables d’hôtes en Suisse alémanique, a de nombreuses histoires de ce genre à raconter. Une alimentation saine influence la santé, la mobilité et la qualité de vie des personnes âgées. Les communes en particulier peuvent donner une impulsion importante en encourageant l’initiative personnelle. Dans les cantons de Neuchâtel, du Jura ou de Fribourg, de nombreuses tables existent déjà. Le réseau est en plein développement. Tavolata – de l’italien «tablée» – est un projet du Pour-cent culturel Migros et fait donc partie de l’engagement social du Groupe Migros. L’idée sous-jacente: des personnes âgées prennent l’initiative de créer une table commune et les personnes intéressées s’y joignent pour manger ensemble de manière équilibrée et conviviale. L’équipe de projet Tavolata leur propose des suggestions de repas savoureux et sains ainsi que des conseils de préparation. Celles-ci se fondent sur les recommandations alimentaires suisses . Le magazine Tavolata «Bon appétit», qui paraît deux fois par an, ou les événements en ligne organisés régulièrement sous le titre «Amuse-bouche» sont également source d’inspiration. L’équipe Tavolata apporte son soutien à la création et au maintien de tables d’hôtes ou à la recherche de nouveaux membres, et met en relation les personnes intéressées avec des groupes existants ou nouvellement créés. Les tables d’hôtes sont libres d’organiser leurs réunions comme elles l’entendent. Le groupe peut cuisiner lui-même ou pas, et si oui, cuisiner ensemble ou à tour de rôle. La seule condition est d’être prêt-e à se rencontrer régulièrement dans un lieu public ou privé. En outre, sept règles de jeu simples, comme le partage des tâches et des coûts ou l’équilibre entre donner et recevoir, sont contraignantes. La plupart des gens veulent rester performants mentalement et physiquement afin de pouvoir vivre chez eux de manière autonome le plus longtemps possible. Les communes sont également sollicitées à cet égard. Elles jouent un rôle important, créent des conditions-cadres, coordonnent, mettent en réseau et informent. La cuisine et les repas pris en société sont essentiels, car ils éveillent le plaisir de manger et renforcent la joie de vivre. Avec l’âge, de nombreuses personnes voient leurs contacts sociaux diminuer. Outre les changements physiques liés à l’âge, la solitude peut également entraîner une perte d’appétit et favoriser la malnutrition. Une alimentation équilibrée et savoureuse est très importante, tout particulièrement à un âge avancé. Elle contribue à entretenir la masse musculaire et à rester plus mobile et plus autonome. Elle a également pour effet de prévenir le diabète, certains cancers et les maladies cardiovasculaires. Promouvoir une Tavolata régionale, c’est contribuer à renforcer la santé, la qualité de vie et l’autonomie de la population résidente âgée, et par conséquent l’attractivité d’une commune. Tavolata met l’accent sur le plaisir de cuisiner et de manger ensemble. Cependant, Tavolata va bien au-delà. Un grand nombre des 500 Tavolata officielles dans toute la Suisse existent déjà depuis de nombreuses années. «La Tavolata, c’est plus que de manger ensemble», confirme Margrit Eicher, professionnelle de la prévention et de la santé chez LUNAplus, un service de conseil gratuit proposé par la commune de Wallisellen aux personnes de 65 ans et plus pour favoriser l’autonomie des personnes âgées: «Souvent, les membres d’une Tavolata sont aussi là les uns pour les autres au quotidien. Ils prennent des nouvelles des autres, s’envoient des messages via WhatsApp ou se conduisent mutuellement chez le médecin.» La participation à une Tavolata implique une ouverture d’esprit qui, selon Margrit Eicher, a un effet particulièrement stimulant, notamment sur les personnes âgées. Elle ajoute en souriant: «Ce n’est pas un hasard si tant de participant-e-s à une Tavolata ont déjà atteint un âge avancé.» Bettina Husemann

«Les enfants ukrainiens ont besoin de temps»

Fuir son pays, quitter sa famille et ses amis et se retrouver quelques jours plus tard dans une classe d’école en Suisse. C’est ce qui arrive actuellement à de nombreux enfants et adolescents ukrainiens. La Confédération et les cantons souhaitent intégrer aussi rapidement que possible ces jeunes réfugiés dans des classes ordinaires. Un défi pour les communes. Val-de-Travers (NE) a déjà engrangé quelques expériences dans ce domaine. Depuis début avril, des enfants ukrainiens y sont accueillis dans des classes ordinaires de l’école primaire. Couvet, un village de la commune, abrite par ailleurs un centre d’accueil pour les réfugiés. Vide pendant quelques années, il a rouvert au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine. «Nous savions qu’assez vite, de nombreux Ukrainiens et Ukrainiennes arriveraient dans ce centre», raconte le conseiller communal Christophe Calame, responsable de la jeunesse et de l’enseignement. La direction de l’école s’est préparée en conséquence. «Nous ne voulions pas attendre que les réfugiés se présentent au secrétariat, mais être actifs nous-mêmes.» Des contacts ont été pris avec des bénévoles parlant russe et ukrainien. Ceux-ci se sont ensuite rendus dans le centre d’accueil pour expliquer comment fonctionne le système scolaire en Suisse et prendre des inscriptions à l’école. Le canton a aussi agi rapidement. Il a organisé des places d’hébergement pour les Ukrainiens et Ukrainiennes accueillis à Couvet, ceux-ci ne restant généralement que quelques jours dans le centre avant d’être déplacés dans des appartements ou dans des familles d’accueil. «Nous avons réalisé qu’intégrer dans des classes ordinaires des enfants ne restant peut-être à Couvet que quelques jours n’avait pas de sens», fait valoir Christophe Calame. C’est pourquoi il a été décidé d’entente avec le canton d’ouvrir une classe d’accueil spéciale pour les enfants du centre. Groupés par catégories d’âge, ils suivent ainsi quelques heures de cours de français par semaine. La commune met à disposition l’infrastructure dans un de ses bâtiments scolaires et le canton finance le salaire de l’enseignant. «Seuls les enfants qui restent plus longtemps dans notre commune, parce qu’ils ont trouvé ici un appartement avec leur famille ou sont hébergés dans une famille d’accueil, sont intégrés dans des classes ordinaires», explique Christophe Calame, en précisant que l’intégration d’enfants réfugiés dans les écoles n’est pas une nouveauté. «Les enfants bénéficient au début d’un soutien pour apprendre le français. C’est difficile au commencement, mais cela fonctionne généralement bien après quelques mois. Les enfants apprennent vite.» «Certains enfants ont vécu des événements traumatisants. Il faut absolument en tenir compte.» Christophe Calame, conseiller communal Val-de-Travers Le défi est de ne pas trop déstabiliser les classes mais aussi de ne pas trop exiger des enfants ukrainiens. «Certains ont vécu des événements traumatisants. Il faut absolument en tenir compte.» Il est important de trouver un équilibre entre l’intégration et le rythme individuel de l’enfant. Quelques bénévoles parlant ukrainien ou russe et ayant un bagage professionnel en psychologie se sont heureusement annoncés. Ils peuvent soutenir les familles. Selon Christophe Calame, avoir un ou deux enfants réfugiés par classe ne pose pas problème. Si le nombre de familles augmente de façon drastique, les enfants seront répartis dans l’ensemble du cercle scolaire et l’on cherchera à organiser le transport. «On verra encore comment l’on procèdera.» Le conseiller communal conseille aux autres communes d’attendre un peu avec la scolarisation et de ne rien précipiter. «Il est sans doute juste d’intégrer les enfants aussi vite que possible. Mais la situation peut rapidement changer et la famille va peut-être décider de déménager dans un autre endroit.» Il vaut la peine, selon lui, d’attendre jusqu’à ce que la situation se soit stabilisée. Chaque cas doit être examiné individuellement. «Les enfants et leurs familles ont besoin d’un peu de temps après leur fuite et de quelqu’un qui les écoute et les conseille.» Il voit l’arrivée des réfugiés comme une chance, aussi pour les écoles. «Nous pouvons apprendre à vivre ensemble et à être ouverts à une autre culture. Nous devrions considérer la situation comme une possibilité de nous exercer à la tolérance.» Informations: L’Association des Communes Suisses a réuni sur son site différentes informations sur le thème des réfugiés ukrainiens et les actualise constamment: www.chgemeinden.ch/fr/ Nadja Sutter

La politique de la petite enfance doit rester entre les mains des communes

Les communes ont largement reconnu l’importance de l’encouragement précoce des enfants d’âge préscolaire, tant au plan de la politique sociale que de la politique de l’éducation. Par «encouragement précoce», on n’entend pas que les enfants apprennent une langue étrangère ou expriment leur talent musical dès leur plus jeune âge. Il s’agit plutôt d’améliorer leurs chances de développement et de conforter les parents dans leur importante tâche éducative. C’est aux parents d’abord qu’il appartient de s’occuper de leurs enfants. L’État peut les accompagner, les conseiller et les soutenir dans cette tâche par des offres extrafamiliales adaptées. Ensemble, les parents et les institutions d’accueil extrafamilial créent les conditions nécessaires au bon développement des enfants. Notamment grâce aux aides financières temporaires que la Confédération verse depuis 2003 en faveur de l’accueil extrafamilial (OFAS 2021), il existe aujourd’hui dans les communes un large éventail d’offres d’accueil extrafamilial pour les enfants d’âge préscolaire, telles que groupes de jeu, familles de jour, conseils aux mères et aux pères, crèches, mais aussi des offres dans le domaine de l’aide entre voisins. Toujours plus de communes s’engagent dans l’encouragement précoce et inscrivent le sujet à leur agenda politique. Dans leur fonction d’interlocutrices des familles, elles soutiennent le réseautage des acteurs locaux ad hoc et participent au financement des infrastructures tout comme au subventionnement des places d’accueil par des bons de garde afin de réduire les frais des parents. Les investissements qu’elles font dans l’encouragement précoce des langues gagnent eux aussi en importance. Les communes et leurs écoles sont de plus en plus souvent confrontées au problème que certains enfants ont de la peine à s’exprimer dans la langue locale lors de leur entrée au jardin d’enfants ou à l’école. C’est pourquoi elles lancent des programmes d’encouragement spécifiques afin de déceler les déficits linguistiques à temps et de les combler. Les offres d’encouragement précoce rendent les communes attrayantes pour les familles, car elles leur permettent de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle. Les familles qui ne peuvent s’appuyer sur un réseau de parents et d’amis sont tributaires de ces offres. Pour les parents élevant seuls leur enfant, elles sont même la condition qui leur permet de travailler. Les compétences relatives aux différentes offres d’encouragement précoce sont réparties entre plusieurs offices et services dans les communes. Ainsi, les crèches relèvent généralement du domaine social, les conseils aux mères et aux pères, de la santé, et l’encouragement précoce des langues, de l’éducation ou de l’intégration. Bien des offres sont aussi le fruit d’initiatives purement privées. Il manque souvent une vue d’ensemble et un échange d’informations entre les différents acteurs. C’est pourquoi il est utile de pratiquer un réseautage au sein de l’administration et de collaborer au développement d’une stratégie communale de la petite enfance. Le guide à l‘intention des petites et moyennes communes mis au point par l’Association des communes suisses (ACS) en collaboration avec l’OFAS (OFAS/ACS 2018), les programmes tels que Primokiz 2 (RADIX 2021) et le label « Commune amie des enfants » (UNICEF 2021) soutiennent les communes dans ces processus de développement stratégique. Les services cantonaux travaillant à la politique familiale sont des interlocuteurs décisifs et offrent divers outils et services facilitant la mise en œuvre par les communes de programmes et de projets dans le domaine de la petite enfance. Dans quelques cantons, le partage des compétences entre canton et communes est réglé par la loi. Une loi-cadre offrant une règlementation uniforme peut être utile, mais un modèle identique pour les régions rurales et urbaines ou pour les communes petites et grandes n’est pas nécessaire au même titre. Et même lorsqu’il existe une législation cantonale sur l’accueil extrafamilial des enfants, il reste important que les communes orientent leurs offres en fonction de la demande locale ou régionale et fixent différentes priorités. La poursuite du développement des offres communales devrait s’orienter en priorité en fonction des besoins des familles, non être ordonnée. C’est précisément dans les petites et moyennes communes que la collaboration intercommunale dans le domaine de l’encouragement précoce revêt un grand potentiel. L’ACS estime que le Conseil fédéral a dressé un bon état des lieux des bases juridiques et de la répartition fédérale des tâches dans le domaine de la petite enfance dans le rapport sur la politique de la petite enfance qu’il a publié en février 2021 (Conseil fédéral 2021). Il y constate notamment « que, dans le domaine de la politique de la petite enfance, de multiples mesures visant à promouvoir sur l’ensemble du territoire des offres de qualité accessibles pour tous les groupes de population ont d’ores et déjà été initiées ». Le rapport identifie dans le même temps des lacunes ou des potentiels d’amélioration et indique différentes solutions au niveau fédéral. Du point de vue de l’ACS, il est par principe bon que le Conseil fédéral se situe, avec les mesures proposées, dans le cadre des bases légales existantes. L’ACS partage l’avis que l’amélioration des bases de données statistiques présente un potentiel de développement considérable. Disposer de bases de décision fiables, aux données statistiques, peut contribuer notablement à simplifier la planification et le pilotage d’une offre répondant aux besoins dans les cantons et les communes. L’ACS salue également le fait que le Conseil fédéral souhaite renforcer les échanges réguliers entre spécialistes et la coordination des offices fédéraux impliqués dans la politique de la petite enfance. Elle ne voit, par contre, actuellement aucune nécessité de prendre des mesures visant d’autres compétences ou tâches fédérales spécifiques dans le domaine de la petite enfance. Il est capital que les rouages de la collaboration entre canton et communes soient bien huilés. La majorité des cantons possèdent aujourd’hui une stratégie de la petite enfance et assurent le réseautage et les échanges d’expériences avec les communes. Les conférences des directeurs cantonaux qui traitent de la question – CDAS, CDIP et CDS – s’engagent ensemble pour une politique de la petite enfance qui soit cohérente et coordonnée au plan intercantonal. Il s’agit de paver davantage cette voie afin de développer et de mettre en œuvre des solutions communes en collaboration avec les autorités cantonales et les milieux économiques. L’ACS s’oppose à l’introduction d’une obligation à l’échelle de la Suisse et à de nouvelles normes fédérales sur la manière dont les cantons et les communes doivent réglementer le domaine de la petite enfance. La Confédération peut soutenir l’accueil extrafamilial pour enfants en vertu des bases légales existantes ; aucune nouvelle disposition constitutionnelle ou compétence fédérale élargie n’est requise. Source: «Sécurité Sociale» CHSS, la revue spécialisée de l'Office fédéral des assurances sociales Informations: https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-82185.html https://www.bsv.admin.ch/bsv/fr/home/finanzhilfen/kinderbetreuung.html https://www.radix.ch/fr/communes-en-sante/offres/primokiz2/ https://www.unicef.ch/fr/notre-travail/suisse-liechtenstein/commune-amie-des-enfants Claudia Hametner

Des crédits toujours avantageux pour les logements d’utilité publique

«Au conseil communal, nous avons longtemps discuté des logements pour les personnes âgées», se rappelle Guy Petter, syndic de Mont-Vully (FR). «Mais seul un legs qui leur était spécialement affecté a permis de créer la coopérative.» En collaboration avec le Réseau Santé du Lac, une association régionale à but déterminé, la Coopérative d’habitation du Vully a ensuite construit 27 logements pour personnes âgées dans le quartier de Sugiez. Lorsque l’ensemble a ouvert ses portes en 2018, ils étaient déjà tous loués. Ce genre de coopération se rencontre fréquemment; elles soulagent les communes et assurent l’offre de logements souhaitée. Simone Gatti, experte en logements pour personnes âgées, relève que la loi sur le financement des soins, en vigueur depuis 2011, incite les communes à proposer aux personnes âgées des moyens de vivre de manière autonome puisque dorénavant, elles sont tenues d’assurer l’aide à la personne dans les soins stationnaires. Hanspeter Käppeli connaît bien le projet de Vully; à l’époque, il a conseillé la coopérative sur le plan du financement. Aujourd’hui membre du Comité de la Centrale d’émission pour la construction de logements CCL, il déclare: «Leurs prêts étant garantis par des cautions de la Confédération, les maîtres d’ouvrages d’utilité publique se financent auprès de la CCL à des conditions très avantageuses. À Vully, grâce à l’hypothèque de la CCL, la coopérative économise près de 1.5% par an, soit 60 000 francs pendant 14 ans.» Cela a une incidence sur les loyers: «En moyenne, un appartement de 2.5 pièces coûte 1110 francs net», précise Markus Ith, Président de la coopérative. Cela permet de rester au-dessous de la limite des coûts de logement des prestations complémentaires tout en permettant de procéder à des amortissements. «Ainsi, nous constituons du capital tout en nous permettant peut-être d’utiliser notre savoir-faire pour un autre projet dans la région», espère M. Ith. Alors qu’au niveau local, l’encouragement du logement prend des formes nombreuses (voir «Commune suisse 9/2020»), trois instruments sont utilisés au niveau fédéral sous le parapluie de la loi encourageant le logement à loyer ou à prix modérés: le Fonds de roulement, la Centrale d’émission pour la construction de logements CCL et la Coopérative de cautionnement hypothécaire. La CCL lance plusieurs fois par an des emprunts sur le marché des capitaux. Leur volume actuel s’élève à près de 3.5 milliards de francs. Avec les fonds ainsi récoltés, elle accorde à ses membres des crédits hypothécaires à long terme à taux fixe. Ces financements servent à subventionner près de 35 000 logements dans plus de 300 communes. Les prêts octroyés par la CCL sont garantis par une caution de la Confédération. Le Parlement y alloue périodiquement un crédit-cadre – le dernier en date remonte au 3 mars 2021 et porte sur 1.7 milliard de francs. «L’Association des Communes Suisses a soutenu cet objet au Parlement et contribué au résultat très net lors du vote», déclare avec satisfaction Ernest Hauri, Président de la CCL. Mike Weibel

À Bulle qui dit Pass’âge, dit partage

Impôts, gestion du budget, assurances, droit du bail, citoyenneté: voici des exemples de défis auxquels l’on est confronté lorsqu’on atteint la majorité civile. S’en démêler n’est pas toujours évident, surtout si on n’a pas autour de soi quelqu’un vers qui se tourner pour recevoir de l’aide. C’est à partir de ce constat que la Ville de Bulle, à l’initiative de sa Commission jeunesse et famille, a décidé de mettre en place le projet Pass’âge . Il s’adresse principalement aux jeunes ayant terminé la scolarité obligatoire (16-25 ans). Le projet a été mis sur pied par le Service de la jeunesse et par la déléguée aux seniors de la ville, qui a assuré le contact avec les seniors bénévoles. Pascal Pernet, chef du Service de la jeunesse, souligne l’importance de cette coopération: «Le fait d’avoir à la commune un Service de la jeunesse et une déléguée aux seniors était la condition idéale pour réaliser ce projet en collaboration.» Le projet est promu auprès des jeunes via les réseaux sociaux ainsi que par le biais des animateurs socioculturels, des travailleurs sociaux hors murs du Service de la jeunesse et des travailleurs sociaux en milieu scolaire. Depuis son début en septembre 2020, une douzaine de binômes ont été formés. Lorsque l’on pense à une relation de bénévolat impliquant jeunes et aînés, on imagine souvent que ce sont ces derniers qui reçoivent de l’aide – le contexte lié à la COVID-19 en fournit plusieurs exemples. Dans le cadre du projet Pass’âge la situation est inversée. Des personnes à la retraite tout comme des personnes encore actives professionnellement souhaitant donner aux jeunes un coup de main se sont annoncées en tant que bénévoles. C’est le cas de Dominique Voirol, 63 ans, Key Account Manager, qui s’est mis à disposition en répondant à un appel paru dans le bulletin de la Ville de Bulle. Il a déjà «coaché» quatre jeunes – deux filles et deux garçons. «Je suis convaincue de la richesse sans limites du rapprochement entre les générations.» Mireille Niquille, déléguée aux seniors de la Ville de Bulle Lorsqu’ils prennent contact avec le Service de la jeunesse, les jeunes expliquent comment ils aimeraient être aidés. Ils peuvent trouver un soutien dans le domaine administratif mais également dans des domaines scolaires. Le Service organise alors une rencontre avec un senior sur la base des domaines de compétence indiqués par chaque bénévole. Cette première séance, qui a lieu avec un représentant du Service de la jeunesse, est importante pour se connaître, clarifier les besoins et les souhaits du jeune et préciser le cadre de fonctionnement du binôme. Une charte, qui est signée par les deux parties, a été élaborée à ce propos. Le duo formé est ensuite libre de s’organiser indépendamment; le Service de la jeunesse reste à disposition, en coulisse, en cas de nécessité. Les premières rencontres sont souvent organisées dans les locaux du Service, mais peuvent aussi avoir lieu ailleurs, par exemple au domicile d’une des deux personnes. Selon les cas, les binômes se rencontrent de manière régulière ou ponctuelle. Il se peut que ce passage de compétences advient aussi dans l’autre direction. «Je suis convaincue de la richesse sans limites du rapprochement entre les générations. L’échange entre deux générations permet aux seniors de se sentir considérés et valorisés en partageant leurs grandes connaissances, leurs expériences et leur vécu.» dit Mireille Niquille, déléguée aux seniors de la Ville de Bulle. Son souhait: «J’espère que les jeunes qui profiteront de ce soutien pourront, à leur tour, aider les seniors dans un domaine où ils sont à l’aise, je pense en particulier aux outils informatiques et à toute ces nouvelles technologies pour lesquels les seniors se sentent parfois dépassés.» Ce qui a amené M. Voirol à s’engager dans le cadre du projet Pass’âge c’est surtout le contact avec les jeunes et la volonté de transmettre ce qu’il a appris. M. Voirol a fourni par exemple son soutien de manière ponctuelle pour des questions d’impôts; actuellement, il accompagne un adolescent pour un soutien scolaire deux fois par semaine. Un autre bel exemple: il a aidé une jeune bulloise de 19 ans, récemment naturalisée, à se familiariser avec la procédure de vote, qu’elle a expérimentée pour la première fois aux élections communales de mars 2021. Il n’oublie pas de souligner l’importance de la dimension sociale: «Si on est intéressé à ce projet, c’est parce que l’on veut créer du lien social, on n’est pas intéressé qu’au bénévolat. On est aussi intéressé parce qu’il s’agit d’un partage, ça va dans les deux sens.» Cette intention est dans l’esprit des organisateurs du projet, comme le souligne Mireille Niquille: «Ce que nous attendons tous de ces binômes, c’est qu’une relation d’amitié, de confiance s’installe entre eux et qu’il en ressort de bons moments de partage.» M. Voirol est convaincu que ce projet pourrait aider beaucoup de jeunes comme beaucoup de personnes âgées: à son avis, il y aurait beaucoup plus de gens disponibles, si seulement la communication sur cette offre était intensifiée. Quant à lui, il a déjà recruté parmi ses amitiés une autre bénévole, qui a déjà offert à deux jeunes filles son soutien dans les langues. «Si on est intéressé à ce projet, c’est parce que l’on veut créer du lien social; parce qu’il s’agit d’un partage, ça va dans les deux sens» Dominique Voirol, bénévole du projet Pass’âge Luisa Tringale

Prendre soin de ses aînés

Le «Service aînés seules» – Servizio Anziani Soli – de Mendrisio, seul service de ce type au Tessin, repose sur la collaboration entre le Département des politiques sociales et le Département de la sécurité publique. Il s'adresse à la population de plus de soixante-dix ans de Mendrisio qui vit seule à domicile et vise à prévenir les situations d'isolement. Chaque année, l’«Antenne personnes âgées» contacte les citoyens âgés de 70, 73, 76 ans ou plus, en leur proposant une rencontre avec un travailleur social de la ville. Les personnes qui décident de bénéficier de ce service reçoivent des visites de courtoisie régulières d'un agent de la police municipale, dont la tâche fondamentale est de détecter précocement les éventuelles situations de difficulté et d'y remédier par la mise en réseau avec les partenaires sociaux du quartier. Le service est géré par les travailleurs sociaux de la ville et par un agent de police municipale. En 2021, le service sera renforcé par un projet pilote mené en collaboration avec Pro Senectute – qui, au Tessin, a le mandat de s'occuper de l'insertion des personnes bénéficiaires de prestations sociales. L'équipe comprendra deux personnes, bénéficiaires de prestations sociales, qui, dûment formées et préparées, rendront visite aux personnes âgées. Compte tenu de l'évolution démographique de la population, il est en effet nécessaire de renforcer l'offre du service, en répondant au besoin constant et progressif des personnes seules à domicile et afin de maintenir les meilleures conditions possibles et complémentaires (famille, services et ressources communautaires). Ce sera également l'occasion de développer des synergies entre le besoin d'insertion professionnelle des personnes bénéficiaires de prestations sociales et le besoin de la population âgée de maintenir des relations sociales. L'intégration de politiques concernant la qualité de vie à domicile, les espaces urbains, les rencontres entre générations est l’un des défis que la ville est appelée à relever, en partant du principe que le bien-être résulte de plusieurs facteurs tels que la qualité du vivre ensemble, le milieu humain, les modes de vie. Il devient donc de plus en plus important et nécessaire pour les communes de favoriser et de développer des actions et des interventions ciblées pour construire des réseaux communautaires, promouvoir de modes de vie sains et des espaces adaptés aux enfants et aux personnes âgées. Tiziana Madella

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