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Search narrowed by: Auteur: Manon Röthlisberger Édition: 4 | 2021 Remove all filters
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Comment un village viticole est devenu Cité de l’énergie

Il a fallu 18 ans à Lavigny pour décrocher le label Cité de l’énergie. La commune vaudoise surplombant l’Aubonne détient-elle un record de lenteur ou est-elle plutôt un modèle de persévérance? Un peu des deux sans doute, mais elle a fait preuve assurément d’une grande patience, notamment pour que le processus s’adapte aux réalités des petites communes. Et de la patience, il en faudra encore: la fête pour célébrer avec la population cette distinction si longtemps espérée attendra des jours meilleurs, pandémie oblige … Il vaut cependant la peine de se pencher sur la démarche qui a amené les autorités du village viticole à se positionner très tôt sur cet objectif et de n’avoir jamais baissé les bras. Avec un peu moins de 1000 habitants, Lavigny fait clairement partie des plus petites Cités de l’énergie de Suisse. Son nom est avant tout célèbre pour son institution qui s’occupe du traitement de l’épilepsie et de la neurologie, installée depuis plus d’un siècle en bordure du village, qui réunit près de 800 employés et des centaines de patients. Partenaire social et économique majeur du village, c’est elle qui distribue chaque fin d’année son fameux calendrier de l’Avent. Lavigny a également été médiatisée par le biais de l’entreprise Ecorecyclage SA. L’usine pilote de l’ancien syndic Luc Germanier est devenue la plaque tournante des déchets verts et alimentaires de l’ouest du canton de Vaud, où ils sont méthanisés pour faire du biogaz. Si les autorités locales ne nient pas le fait que ces entreprises fortes aient pu faciliter l’accès au label, cela n’a jamais été déterminant. Deux personnalités témoignent de cette longue histoire. Bernard Rochat, syndic sortant, est un praticien de l’énergie. Professionnellement, il a oeuvré pendant 37 ans à la Société Electrique des Forces de l’Aubonne (SEFA), et, en tant qu’élu, il est membre de la commission énergie de l’ARCAM, l’association économique des communes du district de Morges. Il fait remonter à l’aube des années 2000 l’intérêt de la commune pour un Agenda 21 local. Une première analyse a été réalisée entre 2003 et 2005. La signature en 2007 de la «Charte d’engagement sur la voie du développement durable» marque une étape. «C’était surtout la première charte développement durable validée par le canton», se souvient Bernard Rochat. L’objectif Cité de l’énergie y était déjà affirmé. Ancien directeur d’école, Willy Favre, municipal en charge de l’Agenda 21 depuis 2016 , est l’artisan de l’étape victorieuse du label: «Il a fallu un gros coup de reins pour remplir les conditions. Débloquer la somme finale a relancé le débat au conseil communal autour de l’éternelle question: ‹Qu’est-ce que ça nous rapporte?› Mais on le voulait vraiment, le conseil était acquis, on a eu la majorité!» Bernard Rochat abonde et souligne: «Ce qui est essentiel, c’est que le label nous donne un cadre. Sans vision ni objectif, on commence, mais on ne finit pas. L’autre aspect, c’est l’accompagnement, surtout pour une commune qui n’a pas de techniciens. Sans nos conseillères Cité de l’énergie successives, on le l’aurait pas fait.» Sophie Borboën, du bureau Bio-Eco Sàrl à Vevey, est précisément l’actuelle conseillère en question. «La commune a peu de moyens et n’a peut-être pas de réalisations incroyables à faire valoir, note l’experte, mais les autorités s’engagent, notamment pour la rénovation des bâtiments communaux, pour le développement des transports publics. La démarche n’est pas uniquement focalisée sur l’énergie, mais orientée sur le développement durable, grâce au dynamisme de la commission Agenda 21, qui est apolitique. Cela lui donne une vision assez large.» En huit ans de présidence, ce ne sont pas moins de 142 nouvelles communes labéllisées qui portent maintenant le nom de Cité de l’énergie. Ce label, fondé il y a plus de 30 ans par un groupe de villes décidées à renforcer leurs politiques énergétiques et environnementales en allant au-delà des exigences de l’époque, s’est peu à peu transformé. D’une action idéaliste, le label 2021 est devenu une boîte à outils pratique pour les communes qui permet de mieux faire face à la complexité croissante des exigences tant énergétiques que climatiques. Un jeu d’équilibriste entre «constance» du catalogue de mesures et «adaptation» tant aux changements législatifs qu’aux changements contextuels. Ainsi, un label presque exclusivement axé sur l’énergie prend maintenant largement en considération les aspects climatiques. Barbara Schwickert relève que la grande majorité des communes souhaitent avoir une politique énergétique efficiente. La volonté est donc là, c’est la réalisation et la capacité, notamment en termes de ressources internes tant financières que personnelles, qui sont complexes. Le label a cette vocation d’être un outil créé «par les communes et pour les communes». C’est d’ailleurs un de ses atouts: ses membres sont exclusivement des représentants du niveau communal. Chaque commune a ses propres particularités, besoins et défis. Ce programme «à la carte» est taillé spécialement pour répondre à cette configuration. Cette démarche individuelle, concrétisée à travers des conseillers Cité de l’énergie, représente la véritable «plus-value» de ce processus de labéllisation. Cette démarche permet aussi aux communes de savoir «où elles se situent exactement» en termes de politique énergétique et d’évaluer la marge de progression et les mesures concrètes pour y parvenir. Ainsi, l’objectif de zéro émission à 2050 est traduit par des objectifs et actions concrètes, mesurables et quantifiables. Il permet également aux autorités communales et politiques de communiquer clairement sur les effets très concrets des programmes mis en place. Mais l’aspect financier n’est pas négligeable: un processus de labéllisation coûte cher et demande un investissement conséquent pour une commune. Ces coûts sont à analyser sous deux angles: le coût de la labéllisation qui comprend un outil de management ainsi que l’expertise d’un conseiller attitré à la commune et deuxièmement, le coût des projets inhérents à la démarche d’obtention du label et qui se chiffrent en fonction des projets sélectionnés. C’est donc un processus qui fait ses preuves mais qui n’en reste pas moins coûteux. C’est avec fierté et le mot «honneur» que l’actuelle présidente décrit ces huit années à la tête de cette association. Une belle aventure politique qui a également permis à la ville de Bienne, dont elle a été membre de l’Exécutif durant douze années, de rayonner. Un moyen également de sortir de sa «bulle» communale pour partager et travailler avec de nombreuses autres communes membres. Un bilan positif et la volonté inébranlable de continuer à pouvoir mettre à disposition des communes un outil de qualité face aux défis climatiques et énergétiques des prochaines années. Matthieu Chenal, Manon Röthlisberger

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