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La Poste dans l’espace romanche

La Romantschia est marquée jusqu’à nos jours par l’exode des populations montagnardes. A la fin du XIX e siècle et au début du XX e notamment, la Poste a joué dans ce contexte un rôle important. Les échanges de courriers avec les proches demeurés au village étaient souvent la seule possibilité de rester en contact et d’utiliser sa langue maternelle. La Poste a ainsi assumé un rôle de pionnier dans l’usage de la langue romanche. Lorsque les PTT ont décidé en 1982 d’utiliser le romanche de façon proactive dans plusieurs domaines, par exemple dans certaines parties de l’annuaire, les romanches ont été ravis. Ils se sont sentis compris. «La langue ne sert pas uniquement à communiquer. C’est aussi un bien intellectuel de l’homme, la caractéristique et le point d’identification d’un peuple. Pour perdurer, une langue a également besoin de présence, de dignité, d’estime», soulignait la même année Bernard Cathomas, ancien secrétaire de la Lia Rumantscha, lors du congrès des administrateurs postaux à Thusis. Quarante ans plus tard, le papier à lettres et l’annuaire sont des reliques du passé et les offices postaux ne font plus partie du quotidien romanche. La Romontschia reste néanmoins vivante et accessible grâce à l’«Auto da Posta». Silvana Menzli

Le tri centralisé des colis à Vétroz profite aux zones périphériques

Dans la plaine du Rhône, le centre de Vétroz se transforme en ruche entre 5h30 et 8h00 du matin, à l’heure où les facteurs chargent leurs colis dans les camionnettes jaunes. Direction Orsières et Verbier, le val d’Anniviers ou la Riviera vaudoise. Le long de la trentaine de quais de chargement du centre, des dizaines de fourgons se connectent alors à la grande bande roulante pour le remplissage des véhicules. «Déposés ou redistribués en Valais, ou venant d’autres centres régionaux ou nationaux de tri, tous les colis passent par Vétroz», indique Laurent Savary, porte-parole de la Poste pour la Romandie. Pour les lettres, le tri s’opère à Martigny, Sion, Sierre, Crans-Montana et Haute-Nendaz. Avant l’ouverture en août 2020 de ce nœud névralgique, le tri des colis s’effectuait en Valais depuis Brigue pour le Haut du canton, Sion pour le centre et Bex pour le Chablais. Mais avec le boum des envois, une centralisation s’est avérée nécessaire, a fortiori pour les zones périphériques. Un même site que celui de Vétroz a été inauguré en 2019 déjà à Cadenazzo au Tessin, puis un autre à Untervaz aux Grisons en 2020. D’une surface de 25 000 m2, celui de Vétroz a coûté 60 millions de francs. Jusqu’à 8000 colis peuvent y être traités par heure. «Au centre de tri de Vétroz, on sait quand on commence, jamais quand on finit.» Berthin Morisod, responsable Support au centre de tri de Vétroz «On sait quand on commence, jamais quand on finit», décrit Berthin Morisod, responsable Support du centre valaisan. «Un facteur peut livrer un jour 260 colis, le lendemain 320, puis 170 le surlendemain.» En hiver, la neige rallonge aussi les temps de distribution. La charge est plus intense encore à la veille de Noël. Plus de 72 000 paquets traités à Vétroz le 18 décembre 2023, un record! «Les tapis roulants s’actionnent vers 14h30 avec le tri des quelque 1200 envois quotidiens pour la distribution du soir. Les premiers colis qui partent du Valais sont évacués vers 18h00», précise Laurent Savary. Ne pouvant excéder une charge de 30 kg, ils sont scannés avant de s’empiler sur la bande selon leur poids. L’ensemble du système est numérisé. L’humain n’intervient ici que si des codes-barres sont effacés ou des colis défectueux. Dans ce cas, du personnel les répare dans un espace appelé clinique des colis. Les données relatives à chaque paquet sont transmises à la bande roulante principale pour définir laquelle des glissières emprunter selon les zones à desservir. Ce codage est utile à la clientèle pour suivre l’itinéraire des paquets. «Dès 17h00, ceux-ci sont relevés dans les offices postaux et filiales de la Poste (épiceries, supermarchés, etc.)», ajoute Berthin Morisod. A Vétroz, une cinquantaine d’employés s’affairent au tri et à la manutention. Et 120 à la distribution, facteurs compris. En terres viticoles, des encaveurs font parfois ici aussi un détour pour y déposer leurs commandes de bouteilles qui prendront une voie plus sécurisée que la bande roulante. «Le nombre de colis triés s’est stabilisé depuis le Covid, mais à une hauteur bien plus élevée qu’en 2019», commente Laurent Savary. Pour faire face à l’afflux, d'autres centres de tri plus petits ont aussi été ouverts près de Bâle, Berne et Zurich. L’annonce de la Poste de supprimer d’ici 2028 environ 170 offices préoccupe en particulier les vallées latérales du Valais. Mi-juin, le Grand Conseil a demandé au géant jaune de revoir sa position. Président de Vétroz et son buraliste durant trente ans, Olivier Cottagnoud note certes une baisse d’environ un tiers du trafic postal depuis trois ans, les lettres se faisant plus rares. «L’accès à notre office est entravé au surplus par des travaux», précise-t-il. Mais il fait remarquer qu’entre Martigny et Sion, il ne reste plus que quatre offices sur une trentaine de kilomètres. Selon lui, de nouvelles suppressions entraîneraient un déclassement des régions périphériques. «A Vétroz, les PME ont besoin d’un service postal performant et les commerçants doivent pouvoir verser leurs recettes sur leurs comptes et faire de la monnaie. Nous avons en définitive les mêmes besoins qu’en ville», rappelle-t-il. Olivier Cottagnoud a soutenu l’arrivée du centre régional de tri postal tout en soulignant que la Poste l’a installé dans sa commune parce qu’un vaste terrain y était disponible à un prix abordable. «Le nom de Vétroz est maintenant davantage connu à la ronde», conclut-il. Alain Meyer

A Matran, je vais à la Poste à la Commune!

Elles sont près de 1240 dans tout le pays, dans les villages, dans les vallées comme au cœur des villes. Les filiales en partenariat de la Poste permettent de traiter les transactions postales les plus courantes. Dans la grande majorité des cas, on retrouve ce guichet spécifique jaune dans des commerces d’alimentation. Toutefois il fait aussi partie du décor d’une soixantaine d’administrations communales dans toute la Suisse. Reportage dans la commune fribourgeoise de Matran, à quelques kilomètres de la capitale du canton, où ses 1800 habitants viennent au guichet communal pour effectuer leurs opérations postales depuis octobre 2017. Pour le syndic François Butty, une chose est claire: «Si les autorités communales de l’époque ont décidé d’accepter de gérer la filiale en partenariat de la Poste, c’est uniquement pour préserver un point d’accès desservi dans le village. Nous souhaitions répondre aux besoins de nos citoyens.» Et le secrétaire communal Olivier Pillonel d’ajouter: «En fait, nous devons simplement rendre service à la population.» La décision d’accueillir la Poste dans ces locaux s’est également imposée comme la seule solution pour une filiale en partenariat sur le territoire de la commune. Il y a certes bien une zone commerciale et industrielle importante en bordure de la bretelle autoroutière, «mais elle est éloignée du centre du village et il est compliqué d’y accéder en raison du trafic important aux heures de pointe. De plus, il n’y avait plus de commerce pérenne pour héberger cette solution au cœur du village, où se trouvent les habitants donc les clients qui utilisent ce service.» Enfin les représentants de la commune partagent le fait que ce n’est définitivement pas le revenu que rapporte la Poste qui a motivé le choix de la commune. Dans la gestion proprement dite des prestations postales, les autorités assument leur responsabilité ainsi: «Ce sont principalement nos deux apprentis qui s’occupent des clients de la filiale en partenariat de la Poste», explique Justine Guillet, collaboratrice de l’administration communale qui supervise le guichet postal. Pour le syndic, l’arrivée de ces nouveaux services supplémentaires a aussi quelques avantages, puisque cela a permis de former deux jeunes apprentis au lieu d’un seul jusque-là. Mais le choix de leur confier les rênes du service jaune revêt également un autre intérêt. «Cela leur fournit clairement une corde de plus à leur arc dans le cadre de leur formation d’employé de commerce. En effet, ils doivent développer une attitude orientée client pour la Poste qu’ils n’ont pas forcément dans leur cursus au sein d’une administration communale.» «Ce sont principalement nos deux apprentis qui s’occupent des clients de la filiale en partenariat de la Poste.» Justine Guillet, collaboratrice de l’administration communale de Matran (FR) La Poste représente ainsi l’un des seuls moments durant lesquels les apprentis ont un contact direct avec les citoyens de la commune. Le secrétaire communal partage ce constat avec un exemple. «La même personne n’a souvent pas la même attitude avec nos employés si elle vient nous voir pour une affaire communale ou pour une transaction postale. En fait, elle est un peu moins conciliante et plus exigeante lorsqu’elle vient pour un service postal», explique-t-il en souriant. Justine Guillet confie pour sa part que ce n’est pas toujours facile de répondre aux demandes des clients postaux. Le contact avec les employés de la Poste est quelque fois nécessaire pour débloquer la situation, «et il faut le reconnaître, cela prend du temps». Le secrétaire communal voit également un autre avantage pour la commune. «La gestion du courrier est clairement facilitée lorsqu’il s’agit de faire des envois en masse. On peut le transmettre directement aux transporteurs avec des délais beaucoup plus flexibles pour notre personnel.» L’arrivée de la filiale en partenariat dans les bureaux de l’administration communale a aussi eu un effet positif pour les citoyens comme pour les clients. «Nous avons élargi les horaires d’ouverture du bureau communal en 2017 dès que la Poste s’y est installée. Nous avons reconduit l’opération depuis quelques mois, puisque désormais le guichet communal et la Poste sont ouverts dès 6h30 les lundi et jeudi matin non-stop jusqu’à 16h. Ce sont nos employés qui nous l’ont demandé pour une question de flexibilité», explique le syndic. De son côté, Justine Guillet acquiesce et ajoute: «Il y a toujours du monde tôt le matin qui passe chez nous.» Une adaptation aux nouvelles habitudes qui répond au besoin des citoyens-clients. Laurent Savary

Grands changements dans le domaine de la TVA

Le Tribunal fédéral a établi, dans deux jugements, qu’il ne pouvait y avoir de subventions lors de couvertures de déficit et de contributions au sein d’une même collectivité publique. Il a ainsi considéré que la longue pratique de l’Administration fédérale des contributions (AFC) de ne pas accorder de déduction de l’impôt préalable ou de la réduire n’était pas légitime. Cela offre des opportunités aux collectivités publiques rétroactivement et à l’avenir. Dans le cadre de la révision partielle de la LTVA, un article de loi supplémentaire a été introduit afin de simplifier le vieux problème lié à la délimitation entre subvention et rémunération pour des prestations. Et la méthode des taux forfaitaires doit être modifiée au même moment que l’entrée en vigueur de la révision partielle de la LTVA. Les délais pour changer de méthode de décompte seraient réduits. Un tel changement aurait alors des conséquences financières, dans la mesure où, selon les cas de figure, des impôts préalables pourraient être remboursés ou exigés ultérieurement. Markus Metzger

Des lettres qui sont encore envoyées du bout du monde

Lorsqu’il neige beaucoup, le val Bedretto est fermé en raison du risque d’avalanche. «Lorsque je me fraye un passage dans la neige après quelques jours et leur apporte le courrier, je suis la première personne de l’extérieur que les habitants voient», explique la factrice Prisca Fransioli. «J’amène de plus en plus de paquets dans la vallée, en ce moment par exemple beaucoup de matériel pour le chantier du nouveau tube du Gothard à Airolo.» Des lettres manuscrites sont également envoyées depuis la vallée. «Les recrues de la base militaire d’Airolo écrivent souvent à leur famille.» Prisca a grandi dans le village de Dalpe dans la Léventine. Elle y habite encore aujourd’hui et s’engage pour la vie du bourg. «Je me lève chaque jour à 4 heures. Je vais tôt au lit. Je n’y arriverais pas sinon.» Trouver de nouveaux facteurs pour cette région n’est pas facile. «C’est un job très physique qui demande aussi des compétences sociales. Il faut connaître les gens et ce n’est pas évident pour tout le monde.» «Lorsque la vallée est fermée en hiver en raison du risque d’avalanche, je suis la seule personne de contact pour les habitants.» Prisca Fransioli Nora Hesse

Grâce à La Poste, l’Etat fédéral est arrivé dans les communes

Après la création de l’Etat fédéral, la Poste a assumé à partir de 1849 le transport du courrier, des paquets et des personnes. Sa présence a connu une croissance rapide, les offices postaux passant de 1500 en 1850 à 4000 en 1912. Innovations technologiques et mutations sociétales ont marqué l’histoire de la Poste aux XX e et XXI e siècles: la fusion pour former les PTT en 1920 puis la séparation en 1998, le recul du volume du courrier et la croissance de l’envoi de paquets du fait du commerce en ligne. Depuis 2001, le nombre des offices postaux a constamment chuté pour atteindre aujourd’hui 769. A la place, la Poste mise de plus en plus sur des partenariats avec des magasins de village et aussi des administrations communales. Ce recul suscite des oppositions politiques, pas seulement en raison de la perte de prestations, mais aussi parce que les offices postaux sont le symbole d’une présence nationale dans les communes. Les régions périphériques redoutent d’être tout particulièrement prétéritées par ce démantèlement. Nadja Sutter

A quoi ressemblera le service universel de demain?

Pour l’aménagement de son réseau, la Poste doit tenir compte de différents aspects, explique Martin Widmer, responsable de la conception du réseau auprès de la Poste. D’une part, il existe un mandat légal de service universel et, de l’autre, pour la Poste le service public doit s’autofinancer. Comme les recettes tirées du volume des lettres sont en baisse et que les solutions numériques rendent parfois superflues les visites au guichet, la Poste mise sur des alternatives moins coûteuses, comme la collaboration avec des partenaires locaux (p. ex. dans un magasin de village) ou le service à domicile. Martin Widmer, lui-même syndic de la commune d’Ossingen (ZH), évoque les avantages qu’une filiale partenaire offre aussi bien aux clients qu’aux magasins de village. Fabio Pacozzi

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