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Glaris informe: réussir le remplacement du chauffage

Pour la troisième fois, la Commune de Glaris a organisé à Ennenda, en collaboration avec Energieallianz Linth, une séance d’information sur le programme «chauffez renouvelable». La commune a tout intérêt à informer sa population sur les installations de production de chaleur à partir d’énergies renouvelables. En effet, en 2021, la population du canton de Glaris a adopté une nouvelle loi sur l’énergie stipulant que, lors du remplacement du générateur de chaleur dans les bâtiments existants à usage résidentiel, il faut installer un système ne générant pas d’émission de CO 2 provenant de combustibles fossiles, pour autant que cela soit techniquement possible. Les propriétaires passent donc depuis lors à des systèmes de chauffage à énergie renouvelable. Les gens sont venus pour des raisons très diverses. Un des participants était là au nom de son lotissement. Les 33 appartements en PPE, actuellement chauffés au gaz, passeront bientôt à une énergie renouvelable. «Nous envisageons d’installer un chauffage central à pellets. Je suis curieux de savoir ce qui sera dit à ce sujet», a déclaré le copropriétaire. Un autre visiteur était venu par intérêt professionnel: «Je m’occupe de plusieurs édifices religieux dont les chauffages électriques vieux de 40 ans seront bientôt remplacés. Pour l’une de ces églises, on envisage de passer à une pompe à chaleur.» Cette rénovation est nécessaire, mais aussi coûteuse et pas si simple. «Il n’est certainement pas plus cher de se chauffer avec des énergies renouvelables qu’avec des énergies fossiles», a affirmé Jürg Rohrer, président d’Energieallianz Linth et professeur pour les énergies renouvelables à la ZHAW de Wädenswil. L’évolution des prix du gaz et du pétrole, aussi bien ces derniers mois que sur plusieurs années, montre que les chauffages renouvelables sont plus économiques. Il a aussi souligné qu'il ne fallait pas attendre que le chauffage tombe en panne pour le remplacer: « La plupart du temps, il est plus judicieux pour l’environnement comme pour son porte-monnaie de le changer avant la fin de sa durée de vie.» Ensuite, Christoph Zwicky, chef du service Environnement et énergie de la commune de Glaris, a exposé les défis que représente la nouvelle loi sur l’énergie pour la commune: «Se chauffer avec des énergies renouvelables n’est plus une question à l’heure actuelle. Mais savoir comment le faire nous préoccupe.» Selon lui, il faut une bonne planification énergétique, en cours d’élaboration. Le projet de faire passer toute la commune aux énergies renouvelables s’est avéré plus complexe que prévu initialement. «Nous sommes partis d’un petit ajustement. Mais convertir une zone disposant d’un si grand réseau de gaz aux énergies renouvelables prend du temps», a déclaré M. Zwicky. Ensuite, le conseiller en énergie Ruedi Giezendanner a présenté le programme «chauffez renouvelable», et surtout le conseil incitatif gratuit, subventionné par la Confédération. «La condition pour bénéficier d’un conseil gratuit est notamment que le chauffage ait au moins dix ans», a-t-il déclaré. Lors de ce conseil, on évalue sur place quel système est le mieux adapté pour remplacer le chauffage existant. Il a également présenté les avantages et les inconvénients de différents systèmes tels que pompes à chaleur, chauffages au bois, réseaux de chaleur à distance et installations solaires. En plus de présenter des exemples parlants et des comparaisons de coûts, il a également abordé les spécificités régionales, en expliquant notamment que les pompes à chaleur à sondes géothermiques ne sont que rarement une option dans le canton de Glaris, où les forages pour des sondes géothermiques ne sont autorisés qu’à de rares endroits. Mais là aussi, il existe des alternatives. A la fin de la manifestation, Matthias Rhyner, chef de projet pour le chauffage à distance des services techniques de Glaris, a indiqué où des réseaux de chaleur à distance sont disponibles. De nombreuses communes organisent des séances d'information sur le programme «chauffez renouvelable» avec le soutien de «SuisseEnergie». Le délai d'inscription pour 2023 est déjà passé, mais elles auront à nouveau la possibilité de s’inscrire l’année prochaine pour bénéficier de la subvention. La période d’inscription ira du 1er mars au 31 juillet 2024. Les séances doivent être organisées avant octobre 2025. Informations: Abonnez-vous à la newsletter pour être informé des possibilités de financement actuelles. Manuel Reisinger

Un nouvel essor pour l’avifaune dans les communes

Les rapports alarmants sur l’état de la biodiversité se succèdent, la Suisse n’échappant pas à cette tendance globale. 40% des espèces d’oiseaux nicheurs dans notre pays sont menacées, principalement car la quantité et la qualité des habitats favorables ne suffisent pas. En parallèle, nous oublions parfois que la biodiversité est essentielle à notre subsistance et à notre bien-être, en nous fournissant de nombreux services indispensables (p.ex. pollinisation, régulation du climat, contrôle de l’érosion, épuration de l’eau et de l’air). Le constat est sans appel : il faut agir rapidement pour inverser la tendance, pour la nature, mais aussi pour nous-mêmes et surtout pour les générations futures. C’est dans ce contexte que la Station ornithologique suisse a lancé le projet-cadre « Un nouvel essor pour l’avifaune », qui vise à réaliser des mesures de revalorisation écologique à travers tout le pays, en faveur des oiseaux et de la biodiversité en général. Nous dépendons pour ce faire de partenaires qui possèdent du terrain ou décident de son utilisation sur le long terme. Les communes suisses apparaissent donc comme un partenaire clé, qui a, de surcroît, un rôle de modèle à jouer. Espaces verts entretenus en harmonie avec la nature, châtaigneraie dans la forêt bourgeoisiale, terrains agricoles communaux favorisant la biodiversité : la qualité de vie de la faune et la flore mais aussi des citoyens augmenterait assurément si chaque commune disposait de tels biotopes, mis en réseau. En outre, l’actualité récente nous a montré à quel point des espaces de détente proches de l’état naturel et facilement accessibles sont primordiaux. La Station ornithologique cherche des partenariats pour des projets de tout type, qu’ils soient au stade d’idée ou relativement avancés. Nous souhaitons partager notre savoir-faire et fournissons le soutien technique ou financier nécessaire pour la réalisation de projets. Afin de maximiser l’efficacité des mesures mises en place, deux conditions principales sont toutefois à remplir : la surface sur laquelle les aménagements sont prévus doit couvrir au moins 3 ha et elle est garantie sur le long terme (au minimum 5 ans). Pour de plus amples informations: Un formulaire de contact est disponible sur www.vogelwarte.ch/nouvelessor . Nous nous réjouissons de découvrir vos projets pour contribuer ensemble à un nouvel essor pour l’avifaune ! Arnaud Barras und Petra Horch

Eclairage LED + régulation intelligente = économies d’électricité

À l’heure actuelle, l’éclairage public communal a pour fonction d’assurer la sécurité dans les rues et sur les trottoirs, de rendre la vie urbaine plus agréable et de mettre en valeur la vieille ville … mais il s’agit aussi d’économiser de l’électricité. Afin de répondre à ces multiples défis, les autorités de Burgdorf n’ont pas tardé à s’atteler à la tâche: depuis janvier 2023, la vieille ville n’est plus éclairée par des tubes néon ou des lampes à décharge à haute pression, mais par des ampoules LED, beaucoup moins gourmandes en énergie. Le train du changement est en marche un peu partout. D’ailleurs, selon les nouvelles prescriptions légales, toute importation ou mise en circulation de sources lumineuses traditionnelles sera interdite d’ici deux ans. Seules seront encore autorisées à l’avenir les lampes à décharge relativement économiques. Les ampoules LED offrent un atout supplémentaire: capables de produire un éclairage ciblé, elles contribuent à limiter la pollution lumineuse. Par ailleurs, contrairement aux tubes fluorescents, cette technologie résiste particulièrement bien aux allumages fréquents et a pour avantage d’atteindre dès l’enclenchement un niveau maximal de luminosité. Hans-Jörg Riesen, responsable des services techniques à la Direction des travaux publics de la ville de Burgdorf, nous rappelle l’origine de cette opération: «Lors des travaux de planification, nous avons donné la priorité à l’aspect environnemental. D’une part, notre ancien système d’éclairage public consommait beaucoup trop d’énergie; d’autre part, les lampadaires, mal orientés, éclairaient de manière diffuse les façades au lieu de la chaussée, ce qui était irrationnel et entraînait une importante pollution lumineuse. À cela s’ajoutait la difficulté d’assurer la maintenance du système, les pièces de rechange de ce vieux dispositif devenant quasiment introuvables. Enfin, des raisons techniques tout à fait banales nous ont incités à changer de système: les ancrages des câbles de support de l’éclairage, dans les façades, avaient rouillé, et le risque de rupture s’avérait trop élevé.» Mais l’argument suprême a été celui du budget. En dépit du montant de 1,8 million de francs qu’il a fallu consacrer aux études préliminaires et à la mise en œuvre du projet, l’économie d’exploitation annuelle est significative. D’une part, le passage de l’ancienne technologie des tubes néon et de certaines lampes à vapeur de mercure à la technologie des LED a permis de réduire la consommation électrique de 16 000 kWh, soit 40%; d’autre part, Burgdorf s’étant associée au programme d’encouragement Optilight, l’installation d’un système de commande intelligent a permis de raboter encore 70% de la consommation restante. Ce programme vise à optimiser les éclairages intérieurs et extérieurs surdimensionnés dont les capteurs sont mal réglés. Selon Stefan Bormann, éclairagiste indépendant mandaté par la commune pour accompagner le processus, même les nouvelles installations LED sont encore trop souvent mal dimensionnées: «Il est possible d’ajuster l’éclairage à la densité du trafic en appliquant des profils d’abaissement.» Dans le cas de Burgdorf, on a pu ainsi réduire encore de 19 000 kWh par an la consommation d’électricité. Résultat: tout le système ne consomme plus que 6000 kWh/an, au lieu des 41 000 antérieurs à la rénovation. «Il est possible d’ajuster l’éclairage à la densité du trafic en appliquant des profils d’abaissement.» Stefan Bormann, éclairagiste indépendant Les nouvelles mesures d’économie ont fait leurs preuves: il a été possible de maintenir l’éclairage des façades historiques et de créer une ambiance lumineuse agréable tout en évitant d’aveugler les riverains. La solution a été de configurer et de gérer de manière distincte l’éclairage des rues et celui des façades, et également de faire en sorte que chaque source lumineuse puisse être pilotée de manière indépendante. Si quatre ans de travail ont été nécessaires pour mener à bien l’ensemble du projet, la réalisation proprement dite de l’installation, y compris les études préliminaires, n’a duré qu’une année et demie. «Désormais, l’éclairage de la vieille ville est commandé par un système informatique intelligent, explique Stefan Bormann. Chaque lampadaire est équipé d’un capteur analogue à un détecteur de mouvement. Par exemple, si un cycliste se présente à l’entrée d’une rue, dès qu’il pénètre dans l’aire d’influence du premier lampadaire, celui-ci dope son intensité lumineuse et transmet un signal au lampadaire suivant, afin que ce dernier renforce lui aussi sa luminosité. De cette manière, la lumière est réglée par vagues sur les besoins effectifs des utilisateurs de l’espace public.» Le projet a été approuvé en 2021 par la municipalité, et les travaux ont débuté en avril 2022. Selon Philipp Hert, directeur de l’entreprise Luminum GmbH, mandatée pour sa réalisation: «L’objectif a toujours été d’adapter au mieux l’éclairage aux besoins effectifs, en l’occurrence de concilier mise en valeur du patrimoine architectural, atmosphère plaisante et bien-être des habitants. Il a notamment fallu expliquer aux habitants et aux propriétaires la démarche générale et la complexité d’une telle opération.» Et Monsieur Hert de poursuivre: «Les émotions jouent un rôle essentiel dans notre perception de la lumière, qui varie d’une personne à l’autre. On remarque que, dans l’espace public, les avis peuvent être très partagés; des compromis doivent donc être trouvés pour en satisfaire le plus grand nombre.» En réalité, sur les 120 propriétaires concernés, seuls 5 ont manifesté des objections concernant l’éblouissement, les horaires d’illumination ou le changement d’aspect des façades. «Je m’attendais à une plus grande résistance et je suis content que cela se soit si bien passé», conclut Monsieur Riesen, plutôt satisfait du déroulement de l’opération. Liens vers les programmes de subventionnement: - lightbank.ch , pour les questions d’éclairage; - francsenergie.ch/fr , moteur de recherche pour toutes les mesures d’encouragement. Anna Rosenthaler , Pieter Poldervaart

Le Canton d’Obwald mise sur l’e-mobilité

L’élimination des déchets est aujourd’hui une affaire qui ne fait presque plus de bruit dans le canton d’Obwald. Depuis 2020, ce sont des camions électriques silencieux et non plus des véhicules diesel bruyants qui s’occupent du ramassage des ordures ménagères. Ces deux nouveaux camions poubelles sont les premiers du genre à être utilisés en Suisse centrale pour la collecte des déchets. Obwald est ainsi devenu le premier canton suisse où la collecte des ordures se déroule de manière totalement électrique. «Lors du salon Suisse Public, j’ai vu pour la première fois le prototype d’un camion poubelle à moteur électrique», se souvient Sepp Amgarten, directeur de l’Association de gestion des déchets d’Obwald (EZV OW). A l’époque, le véhicule était trois fois plus cher que son pendant au diesel. «Mais dans le calcul, je n’ai pas seulement tenu compte du prix d’achat, mais aussi des coûts d’entretien et de la durée de vie.» Afin que l’investissement dans les véhicules électriques de collecte des déchets ne soit pas à la charge du transporteur, c’est l’EZV OW qui les achetés puis mis à disposition. Du fait du montant de l’investissement, l’achat a dû faire l’objet d’un appel d’offres public. A côté du moteur électrique, un autre critère était exigé. Il fallait qu’un véhicule soit déjà en fonction afin de garantir sa capacité fonctionnelle. Suite à une opposition, l’appel d’offres a dû être répété. On y exigeait une collecte des déchets aussi écologique que possible, y compris au niveau des véhicules de ramassage. La firme Zimmermann Umweltlogistik AG à Alpnach Dorf (OW) a décroché le contrat. Elle assume désormais avec les deux camions poubelles électriques l’ensemble de la collecte des déchets dans tout le canton d’Obwald – même à plus de 2000 mètres d’altitude. «Au début, nos chauffeurs étaient sceptiques, se souvient Sepp Amgarten. Entre-temps, ils sont enthousiastes et ne jurent que par ces camions électriques.» Cela serait notamment lié au fait que ces véhicules fonctionnant au courant vert roulent plus silencieusement que leurs cousins au diesel. Le prix d’un véhicule a finalement atteint environ 1 million de francs, y compris le passage du moteur diesel au moteur électrique. Ce modèle n’existait en effet pas dans une version prête à la vente. Les deux camions roulent tous les jours et assurent l’évacuation des déchets de façon fiable. Sepp Amgarten cite de nombreux avantages. «Le moteur électrique est nettement plus silencieux qu’un diesel. Le processus de collecte se déroule aussi plus rapidement car, contrairement aux camions habituels, ils compriment le chargement tout en roulant et ne doivent pas s’arrêter.» Enfin, les risques sanitaires sont réduits pour les éboueurs qui ne sont plus exposés aux gaz d’échappement. Cette conversion a été bien acceptée par la population. Une enquête de satisfaction est actuellement menée en ligne. Dans le canton d’Obwald, il y a deux possibilités d’éliminer les déchets: de façon classique avec un sac poubelle taxé et une collecte des déchets, ou de façon plus avantageuse avec une carte prépayée et une évacuation à une des installations d’élimination des déchets. Situées dans un lieu centré dans chaque commune, celles-ci fonctionnent selon un système de dépôt. La Commune de Kerns (OW) est particulièrement innovante en matière de mobilité électrique. Depuis 2019, un véhicule de service hybride est en fonction. A la fin 2022, un break totalement électrique a complété la flotte. «Les moteurs électriques sont un thème lors de l’achat de chaque véhicule communal ou machine manuelle», relève Lucas Goerre, responsable du secteur construction et infrastructure. A quoi s’ajoutent des appareils sur accu comme le souffleur de feuilles électrique qui fait partie depuis 2016 de l’équipement de la voirie. En 2011, le Conseil communal a exigé d’être particulièrement attentif à l’écologie lors de nouvelles acquisitions. Depuis 2021, un site de mobilité électrique avec deux bornes de recharge électriques a été installé à côté de la maison communale. Le carsharing est activement utilisé par les collaborateurs et collaboratrices pour des rendez-vous auxquels on ne peut pas se rendre à pied. «Le Conseil communal prévoit de passer complètement à l’électrique et aux énergies renouvelables. Dès qu’un appareil n’est plus utilisable, la nouvelle acquisition doit si possible fonctionner à l’électricité», explique Thomas Arnold, responsable du service d’exploitation. Actuellement, la commune dispose d’un souffleur de feuilles manuel, d’une cisaille et d’une scie à perche de la marque «Pellenc». Avec un accu compatible pour tous les appareils et le sac à dos avec souffleur, un appareil coûte environ 3000 francs. D’autres avantages sont le poids plus léger par rapport aux appareils à essence et la plus grande liberté de mouvement et donc une meilleure ergonomie, la réduction des émissions et des risques pour la santé des collaborateurs et collaboratrices, mais aussi le calme immédiat lorsqu’on éteint la machine. Les appareils à essence vrombissent en mode pause alors que ceux à l’électricité sont immédiatement silencieux. «Les réactions de la population de Kerns sont positives. Ces appareils à accu sont particulièrement appréciés au centre de la localité et au cimetière», confirme Thomas Arnold. Sur la prochaine liste des acquisitions figurent une tondeuse à gazon à accu et un porte-outils mono-axe entièrement électrique. Ils complèteront le stock cette année encore. Pour le service hivernal, la commune mise encore sur des moteurs diesel. «Actuellement, les batteries ne sont pas assez performantes pour pouvoir employer les véhicules pour le déblayage de la neige. Du fait des temps de chargement et des heures de service trop brèves, un tel appareil n’est pas approprié en cas de fortes chutes de neige», argue Thomas Arnold. Si une machine adéquate arrive sur le marché, la commune de Kerns n’y sera pas opposée. Rétrospectivement, Lucas Goerre et Thomas Arnold sont d’accord: il n’est jamais facile de passer à une autre technologie. Au début de la crise énergétique, la commune s’est demandée si elle avait fait les bons choix et si la nouvelle technologie était vraiment fiable. Les avantages écologiques l’emportent toutefois. «Les durées de livraison pour les véhicules et appareils électriques sont longues et peuvent s’étendre sur des mois», note Lucas Goerre. Il recommande à d’autres communes de prévoir suffisamment de temps lors des appels d’offres et de définir et fixer clairement les critères pour les véhicules et appareils, les moteurs électriques étant une obligation. Anna Rosenthaler

La clé est de choisir très tôt les matériaux

Küttigen, dans le canton d’Argovie: cette commune moyenne d’environ 6600 habitants prévoit de construire une école enfantine. Küttigen possède une stratégie immobilière durable à long terme, alignée sur la conception directrice existante en matière d’énergie. C’est pourquoi le bois a rapidement été évoqué comme matériau pour la nouvelle école. La faisabilité technique de ce mode de construction ayant été confirmée par les représentants du canton, la commune a ensuite décidé de procéder à des études approfondies. Pour le projet de Küttigen, il était essentiel de savoir si l’entreprise forestière de la commune pouvait fournir la quantité de bois nécessaire. La question a pu être tranchée rapidement: l’exploitation innovante Forstbetrieb Jura, qui regroupe trois communes, a volontiers apporté son soutien et pourra fournir à partir de son propre triage forestier les 2200 mètres cubes de bois nécessaires selon les estimations. De l’expérience faite lors d’un précédent projet, la commune avait tiré l’enseignement qu’il faut choisir les matériaux le plus tôt possible pour la construction d’un nouveau bâtiment. Le programme du concours portant sur les études et la réalisation contenait donc déjà la formule suivante: «Construire en bois est une option évidente: le bois est un matériau familier aux enfants. La commune de Küttigen est également propriétaire de forêts exploitées par l’entreprise Forstbetrieb Jura (Densbüren, Erlinsbach, Küttigen, forêt domaniale d’Argovie). En utilisant du bois de la région, la Commune de Küttigen souhaite créer de la valeur au niveau local et garantir une construction durable. La qualité du climat ambiant et la flexibilité du matériau qui permet une grande liberté de formes constituent des atouts supplémentaires, notamment lorsqu’il s’agit de constructions destinées aux enfants et aux adolescents. Le bois est un matériau renouvelable qui assure une qualité de construction élevée tout en remplaçant des matériaux à impact environnemental plus important. La Commune de Küttigen compte sur l’emploi de bois issu de ses propres ressources forestières (Forstbetrieb Jura) pour la construction de l’école enfantine et de la structure de jour. Le bois provient de notre propre forêt et nous exigeons du prestataire qu’il utilise ce bois appartenant à la commune comme matériau de construction.» En outre, une mesure de remplacement a été prévue dans l’éventualité où le bois fourni ne pourrait pas être livré à l’entrepreneur concerné de manière appropriée en termes de quantité, de qualité ou de délai. Il est ainsi possible, en cas de nécessité, de recourir à du bois suisse d’une autre provenance, avec reprise ultérieure des grumes de la commune sans flux de trésorerie supplémentaire. Ce système de crédit pour le bois est expliqué dans la brochure «Lignum Compact – Le bois suisse dans les appels d’offres» éditée par Lignum. Il permet de garantir que la quantité de bois suisse requise est disponible à tout moment. Le choix des matériaux dès le début de l’étude de projet est donc une décision-clé pour pouvoir construire avec du bois suisse ou son propre bois. En 2021, la loi fédérale révisée sur les marchés publics (LMP) est entrée en vigueur. La concurrence axée sur la qualité y est nettement renforcée par la prise en compte de critères tels que la durabilité, les coûts du cycle de vie, l’innovation, la plausibilité de l’offre ou encore la fiabilité du prix. Le marché est désormais attribué à l’offre «la plus avantageuse» et non plus à l’offre «la plus profitable économiquement». L’abandon de la pure concurrence par les prix sur les marchés publics s’inscrit dans la tendance internationale vers une concurrence axée sur la qualité, qui prend en compte l’ensemble du cycle de vie. Dans le cas d’une construction en bois, il est particulièrement important que les adjudicateurs publics respectent le principe de non-discrimination pour ce qui est des valeurs seuils, conformément à l’Accord sur les marchés publics (AMP) de l’OMC. Ils peuvent cependant toujours choisir librement le matériau de construction, sans exception. Ils ont ainsi la possibilité, dans une décision de principe, de fixer comme condition un mode de construction en bois. Lorsque l’échange de prestations et de contre-prestations relève de la même entité juridique, on parle de marché in-house. Ce type d’attribution qui n’est pas soumis au droit des marchés publics (art. 10, al. 3, LMP/AIMP) ne fait donc pas l’objet d’un appel d’offres, mais doit être défini par l’adjudicateur comme une condition à remplir dans le cadre de l’attribution. Une commune construisant un bâtiment avec le bois de sa propre forêt remplit cette condition. Il en va de même pour l’achat par l’intermédiaire d’un prestataire contrôlé par les pouvoirs publics, qui n’est pas un acteur du marché et dont la commune fait partie (comme une entreprise forestière ou de transformation, ou un groupement à but déterminé). Outre le cadre juridique, des critères «subjectifs» pèsent en faveur de la décision de principe de construire avec du bois suisse. Dans le cas de l’école enfantine de Küttigen, l’un des facteurs déterminants était la volonté de renforcer la chaîne de valeur régionale. La construction en bois permet en effet d’atteindre cet objectif de manière exceptionnelle grâce à des trajets courts de transport des matériaux et à la collaboration avec des artisans locaux et régionaux. Nous verrons cet été si les habitants de Küttigen sont également favorables au choix du bois pour la nouvelle école: c’est en juin que l’assemblée communale prendra sa décision sur le dossier. Du côté de la commune, l’heure est à l’optimisme (prudent), aucune voix hostile au projet de construction ne s’étant fait entendre jusqu’ici au sein de la population. Informations complémentaires: Le 2 mai 2023 aura lieu à Soleure la Conférence sur les marchés publics durables 2023 organisée par la Conférence de coordination des services de la construction et des immeubles des maîtres d’ouvrage publics (KBOB) et la Conférence des achats de la Confédération (CA), en collaboration avec l’Association des Communes Suisses (ACS), l’Union des villes suisses (UVS), l’Association suisse Infrastructures communales (ASIC) et la Conférence suisse des directeurs des travaux publics, de l’aménagement du territoire et de l’environnement (DTAP). Le thème de la construction durable avec son propre bois y sera notamment traité de manière approfondie dans le cadre de la révision du droit des marchés publics. Florian Landolt

Ville d’Uster (ZH): une infrastructure durable

Marcel Kauer: Comme beaucoup, j’ai entendu parler du nouveau standard, mais ne l’ai vraiment perçu qu’à l’entrée en vigueur de la nouvelle loi fédérale sur les marchés publics. Son nombre de critères m’apparaissait toutefois excessif pour nos projets municipaux, si bien que je l’ai fait adapter en une version sur mesure pour la ville d’Uster et plus facile à traiter. Bien sûr, ils sont importants pour nous. Nous évaluons actuellement les soumissions à l’aide de quatre critères: durée du chantier, minimisation des émissions de CO 2 , gestion des risques d’accident et gestion des données. Nous avons débuté par la construction d’une piste cyclable/chemin piétonnier et accordé seulement 10% au critère d’adjudication «durabilité». Tout en autorisant des variantes d’entreprise. Ainsi, nous avons reçu des propositions alternatives porteuses d’améliorations. De quoi nous encourager depuis à pondérer la durabilité à 30%. C’est là une forte incitation à se confronter au sujet. En apparence oui, mais l’examen global des projets se traduit par des économies substantielles lors de l’exécution et, plus tard, de l’entretien. Nous prenons le temps d’évaluer les offres et d’optimiser les différentes étapes du projet avec toutes les parties entre l’attribution et le début des travaux. L’heure n’est pas encore aux affirmations quantitatives. Mais nous obtiendrons sans doute des solutions plus durables et donc meilleures. Se pencher sur ce nouveau thème stimule en outre l’innovation et déclenche un processus d’apprentissage des deux côtés. Ce qui rend notre métier à nouveau plus passionnant et plus attrayant. Martin Grether

Marchés publics: outils et informations

Nadja Sutter

Chaleur solaire XXL pour le chauffage à distance

Le réseau de chauffage à distance des Services industriels de Genève (SIG), long de 112 km, alimente environ 62 000 ménages en chauffage et en eau chaude. La chaleur provient de la combustion des ordures ménagères, du bois et, depuis décembre 2020, du soleil. C’est à cette époque que l’installation solaire thermique SolarCAD II, avec 800 m² de capteurs, a été mise en service. La grande installation a été construite sur des piliers au-dessus d’une zone industrielle, laquelle avait déjà été construite dans les années 1980 pour la production de chaleur solaire. Les capteurs collectent environ 540 MWh de chaleur solaire par an et contribuent à environ 0,1% de la quantité fournie au réseau de chaleur genevois. La mise à disposition de chauffage à distance solaire n’a pas encore fait beaucoup d’émules dans les plus de 1000 réseaux de chaleur suisses. Dans notre pays, il n’existe pour l’instant qu’une poignée d’installations, généralement de petite taille. Le fait que le chauffage à distance et le solaire thermique s’accorderaient mal est un motif souvent exprimé. La chaleur solaire ne fournit pas les températures de 80 degrés et plus nécessaires pour alimenter les bâtiments existants faiblement isolés. La chaleur solaire ne serait pas adaptée aux besoins hivernaux, dit-on, et elle serait tout simplement trop chère. Une étude à laquelle ont participé plusieurs hautes écoles et entreprises de Suisse romande et dont l’acronyme est «SolCAD» a maintenant examiné le potentiel de l’énergie solaire thermique dans les réseaux de chauffage à distance suisses. L’association à but non lucratif CREM (Centre de recherches énergétiques et municipales) à Martigny (VS) a coordonné l’étude. La Haute école spécialisée de Suisse occidentale HEIG-VD (Yverdon-les-Bains/VD), l’entreprise de logiciels kaemco LLC (Corcelles-Concise/VD) et le bureau d’ingénieurs Planair (La Sagne/NE) ont également participé au projet. Le projet de recherche a été financé essentiellement par l’Office fédérale de l’énérgie (OFEN). Il y a de bonnes raisons de réaliser cette étude, explique le chef de projet et directeur du CREM, le D r Jakob Rager: «Le chauffage à distance a le vent en poupe en Suisse, mais environ 25% de l’énergie fournie provient encore de sources fossiles. Avec l’utilisation du solaire thermique, couplée à un stockage performant, la Suisse pourrait encore augmenter la part de chauffage à distance vert.» Selon les analyses évaluées dans l’étude SolCAD, on estime que le chauffage à distance solaire pourrait couvrir 4 à 12% du chauffage à distance ou 1 à 3% de la demande totale de chaleur en Suisse en 2050. Pour les grandes installations solaires thermiques destinées à alimenter les réseaux de chauffage à distance, les capteurs plans vitrés sont aujourd’hui la technologie privilégiée. Ils convertissent efficacement le rayonnement solaire en températures d’eau de 50 à 100 °C, sont bon marché et ont une longue durée de vie. Les capteurs sous vide, lesquels permettent d’atteindre des températures supérieures à 100 °C, conviennent également, mais sont légèrement plus chers. Les capteurs plats sous vide innovants utilisés dans la nouvelle installation de SIG à Genève font également partie de cette catégorie. Ceux-ci exploitent également bien le rayonnement solaire en hiver, mais ils n’ont pas encore d’expérience à long terme en matière d’interaction avec les réseaux de chauffage à distance. Comme le montrent les quatre études de cas que les auteurs de l’étude SolCAD ont calculées à l’aide d’outils de simulation, le défi pour l’utilisation du solaire thermique réside moins dans la technologie des capteurs que souvent dans le manque de disponibilité de surfaces appropriées. L’une des études de cas porte sur le réseau de chauffage à distance des Ponts-de-Martel, un village du Jura neuchâtelois. Environ 80 bâtiments y sont raccordés à un réseau de 3,8 km de long. La chaleur est généralement produite par des copeaux de bois. Grâce à leurs outils de simulation, les chercheurs ont conçu une installation solaire thermique dimensionnée de manière à pouvoir couvrir à elle seule les besoins du réseau de chaleur pendant les mois d’été (juillet et août). Il faudrait pour cela une installation de 1800 m² de capteurs et un réservoir d’un volume de 500 m 3 . Pour pouvoir construire une installation de cette dimension, l’étude propose une surface agricole de 6000 m², car les surfaces de toitures aux Ponts-de-Martel ne suffisent pas pour une installation aussi grande. Une telle installation solaire thermique produirait entre 600 et 800 MWh de chaleur, selon les conditions météorologiques, et pourrait couvrir au moins 10% des besoins annuels. En cas de mauvais temps inhabituel ou si la période sans chauffage au bois doit être prolongée, l’approvisionnement de la clientèle en eau chaude suffisamment chaude peut être assuré en amenant préalablement le réservoir à un niveau de température plus élevé. En se basant sur ces études de cas et d’autres, mais aussi sur des installations réalisées dans d’autres pays européens, les auteurs de SolCAD estiment qu’un soutien solaire des réseaux de chauffage à distance de l’ordre de 10 à 30% de la puissance totale est techniquement réalisable. Selon leurs calculs, les coûts du cycle de vie par kWh de chaleur issue du solaire thermique se situent entre 9 et 16 centimes, en fonction de la taille du champ de collecteurs et de l’accumulateur. «L’énergie solaire thermique se situe dans la même fourchette de prix que d’autres ressources, mais ne génère pas d’émissions lors de son fonctionnement et permet d’économiser des ressources renouvelables précieuses comme le bois», constate le rapport final de SolCAD. Mais il est clair que même les grandes installations solaires thermiques, qui représentent des investissements importants, ne pourraient pas être exploitées de manière rentable sans subventions ou garanties, compte tenu des prix actuels de l’énergie. De plus, les connaissances techniques nécessaires à la construction et à l’exploitation faisaient souvent défaut. L’étude romande plaide également pour des subventions nationales et cantonales afin d’aider la chaleur solaire à percer dans les réseaux de chauffage à distance. Mais parmi les recommandations de l’équipe d’auteurs figurent également des offres de formation continue et d’information, car aujourd'hui «les connaissances spécifiques à l’interface entre les installateurs d’installations solaires thermiques et les constructeurs/exploitants de réseaux de chauffage à distance font défaut», comme le constate le rapport final de SolCAD. Informations: Le rapport final du projet de recherche SolCAD « Potentiel du solaire thermique dans les chauffages à distance en Suisse» est disponible sur: www.aramis.admin.ch/Texte/?ProjectID=45280 Benedikt Vogel

Genthod: de l’énergie fossile au renouvelable

En juin 2021, le Conseil municipal de Genthod (GE) a voté à la majorité un budget de 1,3 million pour l’installation d’un chauffage à distance au centre du village. Concrètement, il s’agit de deux réseaux de chauffage à distance desservant une partie du parc immobilier communal. Alain Ravessoud, directeur de la régie Charles Besuchet SA mandatée pour la gestion du parc immobilier communal, a porté le projet de transition énergétique des bâtiments dont la première étape est terminée et a été mise en service début novembre 2022. Cela concerne le remplacement de deux installations mazout et gaz par une seule chaudière à pellets. Installée dans le local initial de la chaudière de trois immeubles locatifs, soit 22 appartements, elle est également reliée à distance au bâtiment de la mairie, un restaurant et à un rural. Alain Ravessoud précise que la seconde étape consistera à remplacer une chaudière à bois déjà existante qui alimente cinq immeubles d’habitation et d’étendre un réseau vers six autres bâtiments dans la même rue. Dans le cadre environnemental actuel déterminé par l’urgence climatique, le focus immédiat concerne la diminution en émissions de CO 2 qu’il faut distinguer de la problématique de la sobriété énergétique soumise aux aléas géopolitiques, économiques et au changement des mentalités. Genthod est dans une zone qui ne bénéficie pas de la proximité d’un réseau de chauffage à distance préexistant auquel la commune aurait pu se relier. D’ailleurs, si tel avait été le cas, la commune n’aurait pas eu d’autre choix que de s’y raccorder, dans le respect de la règlementation en vigueur dans le canton de Genève. En conséquence, elle a pu réfléchir à d’autres options. Paul Eugster, directeur de Services Plus Energies, prestataire mandaté pour réaliser cette transition, a proposé une solution bois. «Les émissions CO 2 bois sont absorbées par les forêts. Dans la règle énergétique, le bois est une énergie neutre», spécifie le spécialiste. Néanmoins, il affirme qu’au regard de la politique énergétique du canton de Genève, le bois reste une énergie certes renouvelable, mais pas propre à 100%. Il relève la lourdeur administrative pour obtenir les autorisations cantonales nécessaires et les exigences auxquelles sont soumises le projet d’une envergure somme toute modeste de Genthod. Ainsi, la chaudière à pellets doit être stoppée pendant la période estivale. Elle est donc doublée d’une pompe à chaleur qui prendra le relais pour fournir l’eau chaude pendant cette période. «Le but est d’éviter qu’une chaudière fonctionne partiellement en été en raison de nuisances polluantes, bien que les preuves formelles ne soient pas apportées. A Genève, il y a, actuellement, un seul maître-ramoneur outillé pour effectuer des mesures de pollution réelle sur le bois», constate Paul Eugster. Paul Eugster et Alain Ravessoud mettent en lumière une confusion très répandue: économiser du CO₂ n’est pas synonyme d’une économie financière. «Nous sommes dans un système de transition énergétique. La seule économie immédiate qui se traduit par un bénéfice concret est la diminution d’émission de 80 tonnes de CO₂ par an, donc de la taxe CO 2 qui s’élève actuellement à 210 francs par tonne.» «En remplaçant le mazout par des pellets, nous ne réalisons aucune économie d’énergie, pour y arriver, il faudrait changer les enveloppes des immeubles», expliquent les deux hommes. L’ancienne cuve à mazout transformée pour recevoir des pellets contient un volume de 30 m 3 . La consommation d’énergie s’élève en moyenne à 100 tonnes de pellets par an. En novembre, le coût du pellet était égal à celui du gaz à 12 ct. le kwh et 2 ct. en dessous du prix du mazout (14 ct.). La vision à long terme de la transition énergétique intègre la rénovation des immeubles en haute performance énergétique. «Quand tous les bâtiments desservis par la chaudière seront rénovés et mis aux normes haute performance énergétique, on parlera d’économie financière», souligne Alain Ravessoud. Le réseau à distance sera alors soulagé et la réserve de puissance ainsi dégagée permettra le prolongement et le raccordement à de nouvelles unités. «Ce projet est appelé à être valoriser dans les dix ans à venir, après rénovation des immeubles», estime Alain Ravessoud. Paul Eugster ajoute le coût d’exploitation de la nouvelle chaufferie: «Une chaufferie à bois coûte le double à exploiter en comparaison avec une chaufferie à mazout.» Jean-Charles Nouveau, technicien gros travaux chez Muller Energies SA, a dirigé le chantier de la transformation de la chaudière. S’il considère qu’une chaudière à bois ne représente pas une révolution, il observe que «le bois est un peu plus technique parce qu’il y a beaucoup de normes de sécurité à mettre en place: antifeu, filtres de pollution, surchauffe de la machine, incendie et sécurité au travail». Alain Ravessoud précise que la maintenance représente 10% des coûts d’exploitation du nouveau système. Si la nouvelle chaudière va dans le sens de la sobriété énergétique grâce à la technologie qui lui permet d’adapter avec précision la consommation en énergie aux besoins en chauffage notamment, reste l’exigence du confort des locataires. La puissance du chauffage à pellets atteint 240KW/h, ce qui représente une garantie de confort. A la fin, ce sont les locataires qui règlent le thermostat dans l’intimité de leur logement et décident s’ils peuvent supporter de vivre avec 1 ou 2 degrés en moins dans leur appartement. La rentabilité de la transition énergétique se détermine également à ce niveau-là. Anne Devaux

Des constructions adaptées aux nouvelles conditions climatiques

Les bâtiments durables font face à des contraintes élevées, puisqu’il s’agit de concilier des problématiques très diverses et d’anticiper des évolutions et des exigences à venir. Pour construire conformément aux principes de la durabilité, il est essentiel de prendre en compte les dangers naturels le plus tôt possible dans la planification, au moment où la marge de manœuvre est la plus grande. Dans un pays montagneux comme la Suisse, les dangers naturels qui viennent spontanément à l’esprit sont les chutes de pierre et les avalanches. Or, ce sont la grêle, les tempêtes et les pluies intenses qui représentent les trois quarts des dommages causés aux bâtiments. Ces dangers n’épargnent pas non plus le Plateau. Et le changement climatique s’intensifiant, ils risquent de devenir encore plus fréquents et violents. Il est donc plus important que jamais de trouver des solutions ingénieuses lors de la planification de nouvelles constructions et de transformations. En effet, les bâtiments et les infrastructures doivent être adaptés au mieux pour résister aux risques prévisibles. Selon les scénarios climatiques pour la Suisse CH2018, il faut s’attendre à une nette augmentation de la fréquence et de l’intensité des fortes pluies, dont les conséquences sont aggravées par l’imperméabilisation des sols et la densification de l’habitat. L’eau de pluie qui ne s’infiltre pas directement s’écoule sur le sol sous forme de ce que l’on nomme le ruissellement de surface. Quelques centimètres d’eau à un endroit critique suffisent à inonder un sous-sol. Environ un dommage sur deux liés aux inondations de bâtiments est imputable au ruissellement de surface et non aux crues de ruisseaux, rivières ou lacs. Il est donc pertinent de considérer, en plus des cartes cantonales des dangers, la carte nationale de l’aléa ruissellement. Elle indique les voies de ruissellement privilégiées en cas de fortes pluies localisées. D'après la carte, deux bâtiments sur trois en Suisse sont potentiellement concernés par cet aléa. Connaître les dangers et avoir conscience de leurs conséquences constituent la seule façon de s’en préserver. Il existe, dans les phases de conception et de construction d’un ouvrage, des solutions efficaces pour protéger un bâtiment contre les dangers naturels. Quand les dangers naturels sont considérés dès le lancement du projet, il est généralement possible de protéger les nouvelles constructions sans frais additionnels. Si les mesures de protection sont envisagées tardivement, il peut en résulter des surcoûts importants. Dans certains cas, un projet mal conçu ne peut plus être rattrapé, même au prix d’investissements conséquents. C’est particulièrement vrai pour la sécurité parasismique et la protection contre les crues. Les mesures de protection constructives sont souvent faciles à mettre en œuvre. Des mesures de protection contre les crues bien intégrées dans le contexte architectural (p. ex. surélévation des ouvertures et des accès) sont esthétiques et protègent de manière fiable. S’il n’est pas possible de mettre en place des mesures de protection constructives permanentes pour préserver les entrées des parkings souterrains, des dispositifs techniques qui ne nécessitent pas d’intervention humaine peuvent être installés, par exemple une barrière qui se relève automatiquement en cas d’inondation. Une barrière rabattable se compose essentiellement d’un réservoir enterré et d’une cloison mécanique. Lorsque l’eau entre dans le réservoir, la barrière se redresse sous son action. Car, en cas d’urgence, il n’y a généralement pas assez de temps pour installer des batardeaux et des sacs de sable. Dans le cadre de la protection contre les crues, la norme SIA 261/1 impose même une solution permanente. Les orages entraînent régulièrement des pluies intenses localisées qui s’accompagnent de fortes rafales de vent et souvent d’épisodes de grêle. Une averse de grêle peut, en l’espace de quelques minutes, causer des dommages sur des surfaces importantes de toits et de façades, les matériaux légers et fragiles s’avérant particulièrement vulnérables. Pour se protéger au mieux d’un danger comme la grêle, qui ne peut être évité, l’enveloppe des bâtiments doit être plus résistante. Les produits de construction inscrits dans le répertoire grêle constituent une protection efficace. Les stores, particulièrement vulnérables du fait de leur conception, ont l’avantage de pouvoir être mis à l’abri en cas de danger. «Il faut remonter les stores», indique le message de prévention. Aujourd’hui, il est possible de remonter les stores automatiquement grâce au système domotique «Protection grêle – tout simplement automatique» de l’Association des établissements cantonaux d’assurance. Avec ce système, le dispositif de commande du bâtiment vérifie la prévision grêle toutes les deux minutes. En cas de menace de grêle imminente, il fait remonter les stores et élimine le risque de dommages. Un système similaire est en cours de développement pour la protection contre le vent; il utilisera les mesures locales du vent pour détecter les rafales à un stade précoce et relever les stores à temps. Toutes ces mesures prolongent la durée de vie des éléments de construction et réduisent le gaspillage des ressources, les désagréments et les frais. La prise en compte des dangers naturels dès les premières phases de la planification constitue un élément central de la durabilité dans la construction. Une gestion durable des risques naturels implique qu’ils soient systématiquement analysés et évalués. En fin de compte, il s’agit de déterminer de quel niveau de protection un ouvrage donné a besoin. L’ensemble des parties prenantes doivent établir ce qui peut arriver et, à l’inverse, ce qui ne doit pas arriver. Ainsi, il peut notamment s’avérer pertinent de choisir des objectifs de protection plus élevés pour des bâtiments à usage particulièrement intensif afin d’éviter une interruption de l’exploitation. Le but est de stimuler le dialogue conscient pour atteindre un niveau de risque accepté et pour parvenir à des bâtiments qui sont adaptés au climat. Pour ce faire, les maîtres d’ouvrage, les architectes et les planificateurs peuvent se référer à divers normes, guides et aides à la planification. Dans le cadre de la protection contre les dangers naturels, le Standard Construction Durable Suisse (SNBS) est exemplaire: sur la base des normes SIA 261 et SIA 261/1, le label SNBS Bâtiment 2.1 prend en considération tous les dangers naturels de manière aussi complète que pragmatique. L’outil d’évaluation interactif www.protection-dangers-naturels.ch/snbs passe en revue les questions importantes et propose des mesures de protection pertinentes. Informations: www.protection-dangers-naturels.ch https://www.protection-dangers-naturels.ch/snbs Indicateur SNBS 204.2 «Dangers naturels et sécurité sismique» Benno Staub

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