Des outils concrets pour gérer les pratiques funéraires
Le changement le plus important est la généralisation de la crémation des défuntes et défunts, une pratique qui concerne désormais environ le 90% des cas dans notre pays. Ce phénomène a pour conséquence de libérer de la place dans les cimetières, qui peut être affectée à d’autres usages, notamment une végétalisation accrue. Parmi les autres évolutions notables, on peut citer la place croissante accordée dans les cimetières aux sépultures d’autres confessions, ainsi que l’aménagement d’espaces de recueillement non religieux. Aujourd’hui encore, les réglementations limitent les possibilités de réalisation d’un ensemble de rites funéraires propre à chaque religion. Toutefois, le contexte actuel de transition funéraire offre une excellente occasion pour imaginer l’implémentation de nouvelles pratiques plus inclusives. Pour ne citer qu’un exemple, les réflexions écologiques autour de la possibilité d’inhumer un corps sans un cercueil semblent également mieux correspondre à certaines pratiques traditionnelles des personnes de confession musulmane. Il y en a plusieurs, dont le fait qu’en raison de la forte baisse de la biodiversité et de la présence d’insectes chargés de décomposer les corps des personnes défuntes, le cycle de régénération est bouleversé. Pour tenir compte des sensibilités environnementales accrues, on a par ailleurs cessé il y a une vingtaine d’années d’avoir recours à certains produits phytosanitaires. La végétation dans les cimetières s’en trouve modifiée. Par ailleurs, comme déjà indiqué, on observe une demande d’inhumations plus écologiques et «naturelles». Des pratiques de biocompostage des corps apparaissent. Aux Etats-Unis, elles ont déjà un statut légal. On peut citer la technique de terramation, qui consiste à placer le corps dans un sarcophage avec des broyats végétaux afin d’accélérer sa décomposition. Ou encore celle de l’humusation, c’est-à-dire la transformation de la dépouille en humus fertile. «Nous observons une demande d’inhumations plus écologiques et ‹naturelles›, telles que la terramation ou l’humusation.» Natacha Guillaumont, professeure à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève La principale difficulté pour les petites communes, c’est qu’elles ne disposent pas d’un service spécialisé dans la planification des pratiques funéraires et/ou dans l’aménagement des cimetières. Généralement, le service de l’état civil s’en charge en collaboration avec la voirie ou le service des espaces verts. Logiquement, ces entités n’ont pas les compétences pour prévoir l’évolution démographique de la commune ou accompagner les changements dans les pratiques funéraires. D’autant qu’il s’agit de thèmes sensibles. Une étude préalable publiée par notre équipe en 2024 a montré un écart flagrant entre les petites et grandes communes sur ces questions. La multitude des réglementations constitue justement un autre défi pour les communes. La Confédération délègue la question aux cantons, qui se déchargent à leur tour sur les communes. Ces dernières se retrouvent parfois démunies. Lors de nos recherches, nous avons par exemple observé de fortes variations régionales en ce qui concerne la profondeur minimale autorisée pour l’enfouissement des corps. Or, dans certains cantons, les sépultures sont si profondes que le processus de décomposition est entravé. Le principe sous-tendant tous les projets associés à des programmes nationaux de recherche (PNR) est celui de la recherche-action. Dans notre cas, neuf représentantes et représentants de communes sont directement impliqués dans l’étude et rencontrent des défis différents, tels que choix de la végétation ou plan du cimetière. Nous nous rencontrons régulièrement lors d’ateliers pratiques, afin que les connaissances circulent dans les deux sens. Mes collègues anthropologues et sociologues se rendent quant à eux sur le terrain, où ils interrogent la population et les familles pour cerner les usages et les besoins, notamment en ce qui concerne la durabilité. Nous voulons donner des outils concrets aux communes. Patricia Michaud