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Les cantons prennent le lead en matière de cybersécurité

Les communes à qui des données sensibles ont été dérobées peinent à en évoquer le souvenir. En 2021, celle de Rolle (VD) en a été victime. Les contenus d’une soixantaine de boîtes e-mail avaient été vidés, puis parachutés sur le darknet pour être destinés à des personnes malveillantes pour les monnayer. Numéros AVS, carnets de notes d’élèves, rapports d’évaluation du personnel de la commune. Les autorités, qui avaient refusé de négocier avec les hackers réclamant une rançon, avaient dit avoir sous-estimé l’attaque. La population l’avait apprise via les médias. Depuis, des directives ont été introduites pour réduire par exemple la quantité de données conservées. Mais la commune mise avant tout sur la discrétion. «Pour des raisons de sécurité informatique, nous ne communiquons plus sur ce qui est mis en œuvre en termes de matériel et/ou de ressources humaines, pour sécuriser nos installations», nous a-t-elle déclaré. Préposée à la protection des données dans le canton de Vaud (APDI) et chargée de surveiller l’application de la loi cantonale s’y référant, Cécile Kerboas indique qu’une juriste de son service avait été dépêchée à Rolle pour des procédures d’analyse des données publiées sur le darknet. «A la demande des communes, l’Autorité de protection des données prodigue des conseils et offre un appui», ajoute-t-elle. Régie par la convention pour la cybersécurité signée en juillet 2023 entre le canton et les communes, une force d’intervention, la CSIRT - pour Computer Security Incident Response Team -, a été activée depuis janvier dernier pour épauler les communes en cas d’attaques. Ces experts peuvent faire appel, selon la gravité des affaires, à des agents en cybercriminalité de la police cantonale, voire à des spécialistes en gestion de crise de l’état-major du canton. Objectif: assurer un retour à la normale maîtrisé et préserver les traces numériques nécessaires à la justice. Si un événement très grave survenait, la CSIRT coordonnerait les actions et forces en présence pour que des communes puissent prendre au plus vite les meilleures décisions. Juridiquement pourtant, les communes vaudoises ne sont pas tenues de signaler ces vols plus haut. «Une obligation d’annonce à notre autorité devrait cependant être prévue dans la future loi sur la protection des données personnelles», note Cécile Kerboas. Depuis janvier, deux annonces ont été signalées. Huit en 2023. «Il n’est pas certain non plus que nous ayons une visibilité complète de ce qui se passe sur le terrain», nuance-t-elle, observant aussi des «erreurs» provenant de responsables communaux ou de sous-traitants qui placent des données en open access alors qu’elles auraient dû restées à l’interne «A la demande des communes, l’Autorité de protection des données prodigue des conseils et offre un appui.» Cécile Kerboas, préposée à la protection des données dans le canton de Vaud Le canton du Jura, qui compte 70% de sa population raccordée au guichet virtuel de l’administration, peaufine également sa stratégie pour rendre ses communes davantage conscientes des dangers. Même si le canton a été jusqu’ici plutôt épargné par la cybercriminalité, un processus coordonné d’intervention est aujourd’hui à l’étude. Les communes ont dû répondre ce printemps à un questionnaire sur leurs besoins en protection. «Ceci afin d’établir une cartographie cantonale et participer à des ateliers», relève Christophe Meusy, responsable informatique de la commune de Porrentruy. «Le but est d’apporter des réponses globales sans sous-estimer les risques et économiser sur les postes», analyse-t-il. Les lignes bougent aussi dans le canton de Neuchâtel où trois postes supplémentaires dédiés à la cybersécurité ont été budgétisés. «Une dizaine de personnes travaillent pour ce secteur», confirme Hugo Sobrino, responsable de la sécurité des systèmes d’information du canton. Assurer une veille du parc 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 porte ses fruits. Aucune perturbation des opérations n’a été enregistrée ces derniers mois. La surveillance dont bénéficient les clients du service informatique cantonal, dont les communes, est éprouvée par des tests réguliers de pénétration. Un prestataire en cybersécurité basé en Suisse a été choisi pour ces veilles. En cas d’incident, une cellule de crise travaillera de concert avec les communes visées. Pour prévenir toute attaque, les communes sont invitées à suivre aussi des cours de cyberhygiène, des programmes éducatifs pour maîtriser l’outil numérique. C’est le cas à Neuchâtel pour «forger la résilience» des personnels. Idem dans le Jura où des ateliers doivent renforcer «la conscience collective». Des formations à la demande des collectivités sont également prodiguées dans le canton de Vaud. Alain Meyer

Secrétaire communal, une profession en pleine mutation

Anne de Steiger s’est inspirée de la cinquantaine d’entretiens qu’elle a réalisés auprès de secrétaires et employés d’administrations communales du canton de Fribourg pour esquisser les contours d’un métier qui s’est métamorphosé en quarante ans. Mais dont, étonnamment aussi, les bases s’acquièrent encore pour beaucoup sur le tas. Il fut un temps où parmi les secrétaires – jadis que des hommes – on scellait des contrats par des poignées de main, rappelle l’auteure. Depuis, par chance, le métier s’est féminisé. Les postes peuvent être partagés (job-sharing) et tout doit être écrit et consigné. Du moins dans le cloud. Car la cyberadministration s’est invitée à bord des 126 communes du canton avec ses guichets virtuels et risques inhérents de vols de données. «Le secrétaire communal numérique est de plus en plus rarement au contact des administrés», observe Anne de Steiger. Les fusions de communes ont aussi bouleversé plusieurs administrations, occasionnant des restructurations et des abandons ou transferts de postes pour éviter les doublons. «Quel est le poids du personnel communal dans un dossier de fusion», questionne-t-elle. Ornant la couverture de son livre, «Le secrétaire de commune» brossé en 1875 par le peintre Albert Anker, surmonté d’un bonnet de nuit avec une plume pincée entre les lèvres, présage d’une plongée dans un univers studieux à plusieurs facettes. Ancienne membre du législatif de la commune fribourgeoise de Belfaux (2016-2021), Anne de Steiger met à profit sa connaissance du terrain et ses compétences d’historienne pour dresser l’état des lieux d’une profession voisine de chef d’orchestre. Mais confrontée aujourd’hui, dit-elle, «à une prolifération de cas de contentieux et de demandes de justification» de la part des administrés. Garants de la mise en œuvre des décisions de l’exécutif, les secrétaires communaux doivent être polyvalents et capables de jongler entre droit public et privé, entre marchés publics et finances communales, entre documents à formaliser et informations à remonter. Dans l’intérêt général. Un sens aigu de la gestion et de l’organisation est par conséquent requis. Et une vision globale et transversale. Il n’est pas déconseillé non plus d’avoir la peau dure pour «désamorcer des tensions et sensibiliser les pouvoirs à des enjeux auxquels ils n’auraient pas pensé». En gros, il faut faciliter ici la réflexion, partant la prise de décision des exécutifs communaux, dit-elle. «Le statut de secrétaire milicien a aujourd’hui quasiment disparu.» Anne de Steiger, historienne L’oiseau rare est difficile à dénicher dans les petites localités. Parmi les nouveaux secrétaires, beaucoup n’ont plus de racines ou d’attaches avec la commune. D’où des difficultés à être dépositaire de sa mémoire en dépit d’archives. Jusque dans les années 1980, des secrétaires – souvent des enfants de la commune – faisaient carrière en battant des records d’ancienneté. Ce n’est plus le cas. Aussi parce que le métier est devenu plus exigeant avec l’ajout continuel de nouveaux dossiers (développement durable, cohésion sociale, etc.). A quand un guide pratique pour s’y familiariser? Anne de Steiger signale que les débuts peuvent être fastidieux pour qui débarque dans la profession. Depuis 2022, un groupe de travail se penche sur la publication d’un tel guide au sein de l’Association des Communes Fribourgeoises. Avec le temps, des filières de formation se sont heureusement créées pour se forger selon un cursus reconnu par l’ensemble des cantons romands. Anne de Steiger conclut que «le statut de secrétaire milicien a aujourd’hui quasiment disparu». Parallèlement, les administrations ont aussi tendance à gonfler en effectif, incitant «les autorités à mener une réflexion globale sur leur personnel». Elle cite le cas de Châtel-Saint-Denis, chef-lieu du district de la Veveyse, où en raison d’une forte poussée démographique et de la complexification des tâches, le nombre d’employés communaux a bondi. Le cœur du métier pourrait être «peu à peu délégué à des adjoints», explique-t-elle. Certaines besognes sont déjà mutualisées. Dans le district de la Gruyère, les communes ont mandaté ainsi un juriste extérieur pour obtenir des réponses rapides à des questions qui exigent une expertise. Informations: «Secrétaire communal, histoire d’un métier», par Anne de Steiger, édité par la Société d’Histoire du canton de Fribourg, 2023. Alain Meyer

Plan-les-Ouates table sur l’événementiel

Des dizaines d’ouvriers redoublent d’efforts en ces derniers jours d’été indien pour que puisse être inaugurée à temps, le 9 décembre prochain, l’extension de la ligne 15 du tram en direction de la zone industrielle de Plan-les-Ouates, qu’on appelle communément ici ZIPLO. Ce prolongement est devenu depuis quelque temps déjà indispensable pour améliorer le quotidien des pendulaires qui s’y rendent pour travailler ou étudier. «Notre commune attend ce tram depuis longtemps et la mobilité douce est un défi que nous prenons à bras le corps», explique Xavier Magnin, conseiller administratif de cette cité suburbaine peuplée de 12 000 habitants. Une population qui a quasi quadruplé depuis 1970. D’abord agricole, Plan-les-Ouates est devenue en une décennie un haut lieu de l’industrie horlogère et de la manufacture de luxe en Suisse, héritant même du surnom de «Plan-les-Watches». Selon l’annuaire statistique suisse 2023, elle se classerait au second rang des villes du pays en proportion d’emploi dans l’horlogerie et les instruments de mesure avec 52%. C’est dire si cette liaison directe du tram, notamment avec la gare de Cornavin, est cruciale, et les entreprises demanderesses. Elles sont nombreuses dans cette ZIPLO en périphérie de Genève, 600 environ, dont des marques célèbres qui concentrent ici leurs outils de production: Rolex, Piaget, Patek Philippe, Vacheron Constantin, Frédérique Constant. De multiples sous-traitants et centres de formation ont pris également leurs quartiers dans cette zone devenue en quelque sorte une ville en soi avec des restaurants et des supermarchés, ainsi qu’un dépôt pour les aficionados du second hand. Au surplus, l’Ecole d’horlogerie de Genève vient d’y emménager ses classes pour environ 300 élèves. Pour autant, Plan-les-Ouates «ne fait pas de marketing», précise bien Xavier Magnin, chargé d’entretenir les liens et bonnes relations avec les entreprises. Lui préfère utiliser le terme de promotion économique. «Nous soutenons ces compagnies en les mettant en valeur sous l’angle événementiel», éclaire-t-il. Grosse campagne de communication à l’appui, Plan-les-Ouates leur consacre chaque année une Journée spéciale. Des visites pour sensibiliser les élèves aux métiers de l’horlogerie sont aussi organisées. Un engagement de longue date pris en faveur du tissu industriel. «De façon structurelle d’abord en accueillant ici cette zone industrielle, puis en discutant avec les représentants des entreprises». La ZIPLO profite également de sa proximité avec l’autoroute de contournement de Genève, reliant la France, l’aéroport et le canton de Vaud, ce qui la rend d’autant plus attractive. «Nous soutenons ces compagnies en les mettant en valeur sous l’angle événementiel.» Xavier Magnin, conseiller administratif Plan-les-Ouates Mi-octobre et pour la seconde fois après 2021, la commune a mis les petits plats dans les grands en organisant pour ces firmes, et pour le grand public en général, des «Journées du savoir-faire horloger» baptisées «Autour du temps». Au programme plus d’une centaine de visites, une exposition, des conférences, des ateliers et un parcours horloger pour initier les jeunes en quête de débouchés. L’occasion de visiter durant un week-end prolongé – de jeudi à samedi – près d’une vingtaine d’entreprises implantées dans ce cadre un peu futuriste. Hormis de gros groupes mondialement connus, des dizaines de microentreprises s’y sont également implantées. Souvent des sous-traitants de l’horlogerie et du luxe. Parmi les inscrits à ces visites, des parents et leurs enfants avides d’obtenir des informations pour trouver des places d’apprentissage ou s’enquérir des filières de formation. Directeur de l’Ecole d’horlogerie de Genève, qui inaugure en ce mois de novembre son nouveau bâtiment en plein cœur de cette zone industrielle, Pierre Amstutz fait le tour du propriétaire en commençant par l’atelier de micromécanique. «De la main-d’œuvre manque dans l’horlogerie avec près de 5000 postes à pourvoir», lâche-t-il. De quoi aiguiser les appétits. Moins concernés mais très curieux, des retraités passent d’un bâtiment à l’autre, invités à pénétrer dans ces tours érigées en enfilade à la lisière de la commune. La population locale ne boude pas son plaisir en découvrant, outre les dessous des grandes marques, là un concepteur de composants 3D officiant pour de nombreuses firmes présentes ici, ou là encore une société spécialisée dans l’analyse horlogère. «Nous montrons leur savoir-faire. C’est un juste retour sur leurs contributions fiscales, lesquelles permettent à notre commune de développer des activités utiles à la population», relève Xavier Magnin. Par exemple dans le social, la culture, les sports, l’environnement. Plan-les-Ouates a engagé deux collaborateurs pour mieux communiquer et promouvoir ses activités. «Dès 2024, cette capacité sera augmentée pour répondre à la demande et aux besoins», annonce-t-il. Notamment pour doper sa visibilité sur les réseaux sociaux et satisfaire une population avide d’en savoir davantage sur la mobilité et l’urbanisation. Mais pas de poste dédié stricto sensu au marketing. En revanche, une place de délégué à la promotion économique a été créée pour mieux saisir les besoins des entreprises. Travail qui, selon l’élu, «comporte une part de marketing territorial en promouvant l’attractivité de la zone industrielle et en facilitant les relations interentreprises». Les autorités veillent à ce que ce développement économique se réalise de manière cohérente en minimisant les conséquences pour la population, notamment en termes de trafic. «L’opération Autour du temps s’inscrit dans cette démarche de mise en valeur, d’explications et de connaissance pour le grand public», conclut le conseiller administratif. Alain Meyer

Recherche personnel qualifié… désespérément

Si les emplois les plus malaisés à repourvoir relevaient jadis dans le canton de Vaud du domaine essentiellement technique (ingénieurs, géomaticiens, informaticiens), les besoins se sont bien élargis. A la tête de l’Union des communes vaudoises (UCV), Eloi Fellay constate «que les annonces concernent aussi maintenant le secteur de la finance avec des postes de boursier». C’est le cas à Gollion, dans le district de Morges, ou à Valeyres-sous-Rances dans le Nord vaudois. Quatre postes étaient aussi à repourvoir rien que pour les offices de la population des communes du canton début février. S’y ajoute, dit-il, «un manque de personnel stable et aux qualifications adéquates pour l’accueil de la petite enfance et du parascolaire». Les annonces pullulent en effet sur le site de l’UCV avec souvent la mention engagement de suite. «Le nombre de fois où les communes nous demandent de relayer leurs offres tend à augmenter», lance-t-il. D’environ 200 entre juin 2020 et juin 2021, elles sont passées à plus de 300 en un an. Bientôt une annonce par jour. Le Valais n’est pas épargné non plus par cette panne de personnel. Faisant écho à la fermeture début janvier des urgences la nuit à l’Hôpital du Valais à Martigny par manque de médecins, le président de Monthey Stéphane Coppey nous confirme des difficultés à recruter dans les soins, en particulier des infirmières et infirmiers pour les centres médicaux-sociaux et les homes. Même casse-tête pour la police de proximité, l’informatique ou pour dénicher des architectes et géomètres. La situation se tendrait aussi dans la construction avec les paysagistes et électriciens avec CFC. «Le nombre de fois où les communes nous demandent de relayer leurs offres tend à augmenter.» Eloi Fellay, directeur de l’Union des communes vaudoises (UCV) Directrice de l’Association des communes fribourgeoises, Micheline Guerry-Berchier dresse ce constat: «On observe aujourd’hui une plus grande mobilité du personnel communal alors qu’on comptait auparavant sur des secrétaires et caissiers qui faisaient carrière dans la commune et y habitaient. Le personnel peut davantage se former et faire valoir ses compétences pour monter les échelons ou postuler dans d’autres administrations.» Dans son canton, les secteurs de la finance et de l’informatique sont vulnérables par exemple. «On observe aujourd’hui une plus grande mobilité du personnel communal alors qu’on comptait auparavant sur des secrétaires et caissiers qui faisaient carrière dans la commune et y habitaient.» Micheline Guerry-Berchier, directrice de l’Association des communes fribourgeoises Cette pénurie préoccupe moins la grande commune genevoise de Meyrin et ses 25 000 âmes. «Les seuls profils pour lesquels nous rencontrons des difficultés sont les responsables de projets pour le génie civil et l’urbanisme», confesse Eric Spielmann, responsable des RH. Mais depuis le COVID-19, l’engagement de collaborateurs saisonniers s’avère ardu, surtout l’été pour le gardiennage des piscines. «Beaucoup ont recherché depuis des activités plus pérennes», estime-t-il. Dans le canton du Jura, le maire de la commune de Boncourt Lionel Maître s’inquiète, lui, d’une pénurie dans les métiers techniques, le bâtiment notamment. «J’avoue que les places dans l’administration sont appréciées par ici pour leur stabilité», relativise-t-il. Sa commune n’aurait recours à des frontaliers français que pour des remplacements. Mais plus au sud, à Bienne, la situation semble plus complexe puisqu’une prime de 800 francs devrait être accordée dans les prochains mois aux employés de la ville, du moins celles et ceux bénéficiant de contrats à durée indéterminée, qui recommanderaient à des connaissances de postuler. Du personnel soignant manque dans les EMS. Idem pour les crèches et écoles à journée continue. «Nous cherchons aussi un jardinier-paysagiste», admet Ruth Perracini-Liechti, responsable du personnel municipal. «J’avoue que les places dans l’administration sont appréciées par ici pour leur stabilité.» Lionel Maître, maire de la commune de Boncourt (JU) Concernant la santé, elle doit admettre que des directives cantonales imposent un plan de postes à respecter, la santé restant une prérogative cantonale. «Mais en cas de maladie, de grossesse ou autres absences et départs, il devient toujours plus dur de trouver du personnel pour assurer la transition. Il arrive en outre que nos annonces ne débouchent sur aucune réponse», avoue-t-elle. Début février, les autorités ont fait le forcing avec des affiches bilingues où il est écrit «Arbeite für die Stadt que tu aimes». La ville veut aussi en profiter pour faire des appels du pied au personnel du canton voisin de Neuchâtel, à qui Bienne offre des cours d’allemand parlé à la pause à midi. Mais les candidatures peinent à tomber. Et pour cause. Selon Frédéric Mairy, président de l’Association des communes neuchâteloises (ACN), son canton fait aussi face à des problèmes pour recruter dans les structures d’accueil extrafamilial en raison d’un nombre de places qui a fortement augmenté. Des personnes compétentes pour la gestion des eaux ne se poussent pas non plus au portillon dans le canton. A la tête de l’exécutif de Val-de-Travers, Frédéric Mairy relève que les enjeux énergétiques conduisent également toujours plus de communes à se doter d’experts. «Car elles n’ont pas la capacité de proposer des postes à taux d’activité suffisant pour être attractifs.» Conséquence: des emplois mutualisés voient le jour. Les communes de Val-de-Travers et du Littoral Ouest se partagent déjà un coach en insertion professionnelle. Un contrat avec 40% pour le Val-de-Travers et 60% pour le Littoral Ouest. Un poste de délégué à l’énergie pourrait être aussi mutualisé. Même topo pour la santé. Depuis janvier, les services ambulanciers de Val-de-Travers et de Val-de-Ruz se sont ainsi regroupés en une seule S.à.r.l. en main publique. Alain Meyer

Moutier fait sa mue pour devenir jurassienne  

«Les commune bernoises et jurassiennes remplissent à peu près les mêmes missions», résume avec sérénité Valentin Zuber, président de la délégation du Conseil communal de Moutier aux affaires jurassiennes. Et à ce titre impliqué dans l’opération de transfert du canton de Berne vers celui du Jura. Une transition effective au 1 er janvier 2026 si les parlements des deux cantons et l’Assemblée fédérale entérinent à leur tour ce changement d’appartenance. Pour rappel, à fin mars 2021, la population de Moutier a décidé dans les urnes de se rallier au Jura avec près de 55% de oui, au détriment de Berne. Depuis le résultat de cette votation et même si des rancœurs surgissent encore ici et là, «peu d’habitants ont quitté la commune, une dizaine à peine», estime Valentin Zuber. «Un chiffre vraisemblablement sous-estimé», selon le camp anti-séparatiste. Mais d’autres départs pourraient être enregistrés. «Des personnes qui ne souhaitent pas vivre dans le Jura», synthétise-t-il. Autre face de la médaille, Valentin Zuber s’attend aussi à l’arrivée de nouveaux habitants. «Notamment des Jurassiennes et Jurassiens qui ont fait leur carrière dans de grandes villes et qui envisagent de s’établir dans le Jura pour leurs retraites.» Chicanes administratives, synchronisation des agendas politiques, reprise de biens immobiliers bernois, requêtes en tout genre de la population. Le fardeau à porter pour réaliser cette opération en douceur n’est pas mince pour les autorités communales. Deux changements fondamentaux apparaissent. L’un qui aura une incidence directe et négative sur le personnel. «Nous n’aurons plus de service social à Moutier dans trois ans», concède Valentin Zuber. Le personnel touché, soit aujourd’hui 26 personnes entre plein-temps et temps partiel dont des pendulaires habitant déjà le Jura, se verra proposer des postes équivalents dans l’administration jurassienne. «Une procédure commune au Jura et à Moutier a été créée en matière de ressources humaines (RH) pour accompagner de tels cas», garantit-il. Un autre bouleversement ouvre des perspectives plus attrayantes. Moutier aura à l’avenir la main sur le secteur de l’urbanisme, de l’aménagement du territoire et des permis de construire. Un dicastère du ressort cantonal sous régime bernois. «Nous allons pouvoir ainsi créer notre propre service, faire parler nos sensibilités, avoir notre mot à dire», énumère l’élu. Pour le reste, une foule de détails sont à régler et la population n’est pas avare de questions. Dont l’une, récurrente, a trait au nombre de jours fériés qui diffère entre la Berne protestante et le Jura catholique. «On va quitter un canton avec l’un des taux les plus bas de jours fériés pour rejoindre l’un de ceux, avec Soleure, qui en compte le plus», indique Valentin Zuber. Dix dans le canton de Berne contre pas loin d’une quinzaine dans celui du Jura. «A partir de quand en bénéficiera-t-on?», s’interrogent des autochtones. Dans le commerce de détail, on s’en inquiète plutôt. Jusqu’à proposer un report pour ne pas prétériter les affaires. Une situation ubuesque puisque Jurassiennes et Jurassiens apprécient et apprécieront sans doute encore jusqu’à fin 2025 se rendre à Moutier… pour faire leurs emplettes durant leurs jours fériés. «La population nous pose des questions très terre-à-terre avec des conséquences quotidiennes, loin des grands enjeux sociétaux qui nous préoccupent.» Valentin Zuber, président de la délégation du Conseil communal de Moutier aux affaires jurassiennes Autre changement pour les bars et dancings. La loi jurassienne sur les auberges y est moins libérale qu’à Berne, catholicisme oblige. Dans le Jura, on ne danse pas les jours de fêtes religieuses. Comme on n'y lave pas sa voiture le dimanche. Autre différence notoire: la vente d’alcools dans les stations-service n’y est pas autorisée. «La population nous pose des questions très terre-à-terre avec des conséquences quotidiennes, loin des grands enjeux sociétaux qui nous préoccupent», analyse Valentin Zuber. La nouvelle appartenance désoriente aussi les milieux scolaires, l’école étant du ressort cantonal. Nombre d’enseignants se questionnent quant à leurs futurs statuts et salaires car de gros changements sont à prévoir d’un point de vue organisationnel. «Les directions d’école ne tiennent pas le même rôle dans le Jura et à Berne. Tout en suivant le plan d’étude, ces dernières conservent une grande liberté pédagogique côté bernois. Tandis que dans le Jura, l’enseignement se rapproche plus de la Suisse romande et de la France. Un service plus hiérarchisé au pouvoir quasi incontournable», résume Pierre Sauvain, chargé de l’éducation au Municipal de Moutier. «On devra vite donner des réponses aux personnes concernées, car en cas d’incertitudes, des enseignants pourraient être tentés d’aller s’engager ailleurs.» Pierre Sauvain, chargé de l’éducation au Municipal de Moutier L’échelle des salaires est également différente. «En début de carrière, l’enseignant jurassien gagne davantage, mais le cours s’inverse ensuite avec des différences qui peuvent s’avérer parfois conséquentes. On devra vite donner des réponses aux personnes concernées, car en cas d’incertitudes, des enseignants pourraient être tentés d’aller s’engager ailleurs», prévient-il. Pierre Sauvain rappelle toutefois les promesses du Jura: pas de licenciement, pas de baisse de salaire. Une phase de transition pourrait être mise en place pour les professeurs avec le plus d’ancienneté, alors que les nouveaux seraient engagés au barème jurassien. Enfin, le Jura n’engage pas d’enseignants sans formation idoine, alors que Berne ne rechigne pas à en recruter, confronté à une pénurie. Alain Meyer

Plein feu sur l’extinction nocturne

Les 15 villages de la commune de Val-de-Ruz, au centre du canton de Neuchâtel, font le pari, certains depuis plusieurs années déjà, de se passer d’éclairage la nuit. Si cette extinction s’étendait jusqu’à présent de minuit à 4h45 du matin, elle se prolongera cet hiver, risque de pénurie d’électricité oblige, entre 22h00 et 6h00 pour l’ensemble des localités. Une rallonge qui fait tiquer quelques agriculteurs devant rentrer du bétail tôt le matin. Mais globalement, les 17'000 âmes qui peuplent cette région ont adhéré à cette stratégie couvrant 80 km de voies publiques éclairées. Un sondage a montré que 85% y était favorable. En plus, la commune a décidé de renoncer cette année aux illuminations de Noël et à celles des édifices communaux. Au début, des parents s’étaient montrés également inquiets pour leur progéniture, sachant que le dernier bus s’arrête peu après minuit dans ces contrées. Selon le conseiller communal François Cuche, chargé du dossier à l’exécutif de Val-de-Ruz, qui a questionné les jeunes du cru, ces derniers lui ont répondu être équipés pour se défendre avec leurs téléphones portables. Le Val-de-Ruz et ses 128 km 2 de superficie est pionnier en matière d’extinction. Initiée à Fontaines, l’expérience a débordé sur les autres villages jusqu’à devenir la norme. Près de 2100 luminaires sont débranchés ici chaque nuit. Pour quelle économie? François Cuche l’estime à 175 000 kilowattheures (kWh) par an, moins de 4% de l’électricité consommée par la commune, laquelle épargne ainsi 34 000 francs/an. «Chiffre anecdotique, mais pas négligeable.» De premiers efforts avaient déjà été entrepris en 2014 avec l’emploi d’ampoules LED pour éclairer les rues et une soixantaine de passages piétons, rappelle-t-il. «Un abaissement déjà de 50% de la luminosité publique nocturne et l’opportunité de remplacer nos vieux candélabres.» Fournisseur d’électricité dans le Val-de-Ruz, le Groupe E a joué un rôle crucial dans ce changement de paradigme. «Dès le départ, nous avons été accompagnés pour solutionner les problèmes techniques», admet François Cuche. Pour autant, un écueil s’est présenté. Comment contourner l’obligation légale de maintenir les passages pour piétons éclairés? «Je me suis rendu au gouvernement cantonal pour obtenir une dérogation pour ne pas devoir appliquer ces normes stricto sensu», confesse-t-il. L’éclairage par un seul candélabre par passage piéton a été admis pour la mise en œuvre du projet. Et des zones limitées à 30 km/h ont été instaurées, conduisant à éliminer des passages piétons. «On dort mieux quand les lampadaires ne s’invitent plus dans nos chambres à coucher.» François Cuche, conseiller communal Val-de-Ruz De l’éclairage dynamique, technique qui réagit aux allées et venues des passant-es en s’allumant et s’éteignant automatiquement, a aussi été introduit sur des portions en réfection. Le village de Chézard-Saint-Martin en est doté. Celui de Fontainemelon va suivre. «Nous avons hésité à introduire un tel éclairage sur tout le territoire communal, mais la facture aurait frisé le demi-million de francs. Nous y avons renoncé, mais l’englobons lorsque des routes sont réaménagées.» C’est en 2016 déjà que la commission de l’énergie de la commune convia la population à une séance d’informations sur la pollution lumineuse et l’extinction nocturne des feux. Puis une Fête de la Nuit fut organisée à Fontaines un an plus tard … «pour rendre cette extinction nocturne sympathique». Par la suite, il a été décidé d’arrêter l’éclairage public à Fontaines pendant six mois. «Expérience qui n’a guère soulevé d’opposition», se souvient le conseiller communal. Val-de-Ruz craignait également une recrudescence de la délinquance, phénomène qui ne s’est pas avéré. Pour analyser les habitudes de conduite dans l’obscurité, des radars ont également été installés temporairement le long des routes. «Nous avons ainsi pu observer que les gens roulent en moyenne 12 km/h plus lentement en traversant désormais nos villages. Un réel gain de sécurité», affirme-t-il. Une étude menée avec la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (HEPIA) devrait d’ici ce printemps établir également dans quelle mesure la faune sauvage (renards, lynx, chevreuils) réagit à ce retour à l’obscurité totale. «Le gibier a retrouvé un cheminement d’une forêt située au sud à une autre au nord, un périple jadis entravé par la pollution lumineuse», éclaircit l’édile de Val-de-Ruz. Conséquence: les bêtes se déplacent plus librement. En hiver, on en retrouve aussi plus facilement en plaine en quête de nourriture. «Mais aucun conflit avec le loup», garantit-il. Quant au sommeil des autochtones, il s’est bonifié. «On dort mieux quand les lampadaires ne s’invitent plus dans nos chambres à coucher», dit-il. Pour parvenir à ses fins, Val-de-Ruz n’a pu compter que sur elle-même. Le canton a certes joué les facilitateurs en permettant de déroger aux normes pour les passages piétons. Pour le reste, la commune a dû s’acquitter au total de 160 000 francs pour les travaux dans les armoires électriques et sur les luminaires. Mais ses efforts ont payé. D’autres communes au Tessin et dans le Gros de Vaud l’ont déjà sollicitée pour bénéficier de son expertise administrative et technique. Même intérêt manifesté par l’association suisse des électriciennes et électriciens. Informations: L’Association des Communes Suisses a publié une notice intitulée «Limitation des émissions lumineuses» spécialement destinée aux communes. Alain Meyer

Cyberadministration: Porrentruy se digitalise

La Municipalité de Porrentruy amorce ce printemps le début de sa transformation digitale avec l’installation de bornes interactives au cœur de son administration communale. Un projet-pilote que d’autres communes du Canton du Jura observeront avec attention. Des bornes avec écran tactile devraient accompagner les citoyennes et citoyens dans l’utilisation des services en ligne. Ici pour régler des questions fiscales ou là remplir des formulaires administratifs. Alors que la loi fédérale sur l’utilisation des moyens électroniques pour l’exécution des tâches des autorités a été mise en consultation jusqu’à fin mars, plusieurs communes jurassiennes souhaitent s’accrocher au train en marche en réduisant la fracture numérique. Le Canton du Jura, à l’initiative du projet-pilote mené ces jours à Porrentruy, identifie cette fracture comme un enjeu majeur de notre société. En outre, il fait déjà partie des administrations innovantes du pays en matière de cyberadministration. Entre autres grâce à son Guichet virtuel mis à disposition de plusieurs cantons au-travers de l’association iGovPortal.ch. Le maire de Porrentruy Gabriel Voirol estime «entre 30 et 40%» le nombre de personnes toujours peu à l’aise dans sa commune avec les nouveaux outils numériques. Voire rétives. Un tiers de citoyennes et citoyens qu’il convient de ne plus laisser sur le bas-côté de la route. «C’est un projet très simple avec un accès facile. Un local a été aménagé dans les bureaux de la Municipalité pour offrir une première initiation devant cette borne à toute personne désirant se faire accompagner à l’abri des regards. Au surplus, nous allons contacter des associations en lien avec les aînés-es pour que des cours leur soient proposés». Dans l’air du temps, cette mue devrait «simplifier la vie des gens» confrontés, selon lui, aux méandres de l’administration et ne sachant parfois plus si des prestations sont plutôt du ressort communal, cantonal ou fédéral. Les promoteurs du projet parlent déjà d’instaurer au fil du temps «un point de contact unique». David De Groote, responsable des projets d’administration en ligne au sein du Service informatique du Canton du Jura, réfléchit depuis plusieurs mois à ces questions d’interconnexion facilitée. Il précise qu’une borne «a déjà été mise en place depuis septembre à Delémont, à la section des bourses et prêts d’études». Mais si le canton du Jura incite les communes à effectuer leur mue, l’impulsion en revient aussi à l’entreprise américaine d’informatique et de collaboration sécurisée Cisco, qui promeut en Suisse son programme «Digital Acceleration» pour réduire la fracture numérique tout en proposant un accompagnement de proximité dans l’utilisation des services en ligne. «Cisco s’engage financièrement en fournissant notamment l’appareillage à la Municipalité de Porrentruy, un projet pour lequel le canton n’a déboursé que quelques milliers de francs jusqu’ici», assure M. De Groote. Des discussions ont aussi eu lieu sur la protection des données. Que deviendront-elles une fois entrées dans la borne ? «Dès la recherche terminée, l’utilisatrice ou l’utilisateur se déconnecte au bas de l’écran de la borne, ce qui réinitialise le système. Aucune donnée n’est conservée ni par les autorités ni par le fournisseur de la borne Cisco». «C’est un projet très simple avec un accès facile. Un local a été aménagé dans les bureaux de la Municipalité pour offrir une première initiation devant cette borne à toute personne désirant se faire accompagner à l’abri des regards.» Gabriel Voirol, maire de Porrentruy (JU) David De Groote cite l’exemple de l’évolution des guichets des compagnies aériennes pour bien montrer dans quelle direction cette accélération devrait mener demain. «A l’aéroport, il y avait au départ des guichets. Puis, des bornes interactives ont été installées avec des hôtesses pour guider les voyageurs dans l’enregistrement de leurs données. Les hôtesses ont ensuite disparu, et finalement les bornes. Et tout le monde utilise désormais son Smartphone de manière autonome et simple», résume-t-il. Qu’adviendra-t-il aussi du personnel chargé de répondre aujourd’hui derrière des guichets bien physiques aux doléances de la population ? Le maire de Porrentruy Gabriel Voirol se réjouit de pouvoir l’occuper à d’autres tâches. «Nous manquons déjà de collaborateurs. Nous n’allons licencier personne avec l’introduction de ces bornes, d’autant que notre personnel est polyvalent». Mais gérer au quotidien des documents administratifs est une autre paire de manches que d’enregistrer des données de vols. «Le processus de mise en place est en effet plus long. Nous souhaiterions qu’en cliquant sur le bouton d’un service en particulier, les administrés-es d’une commune puissent avoir directement accès via cette borne, par audio ou vidéoconférence, à une personne ou un service compétent», poursuit David De Groote. Un raccourci utile pour les habitantes et habitants d’une commune devant s’adresser à un service situé dans une autre localité du canton. Un clic leur éviterait de se déplacer. Mais une bonne application du système est aussi dépendante d’une infrastructure adéquate pour héberger les bornes. Eviter par exemple trop d’écho dans la pièce où celles-ci se trouvent. «Le lieu doit être insonorisé pour assurer toute confidentialité lors des discussions par vidéoconférence». Quant au coût d’une telle borne interactive, David De Groote évoque quelques milliers de francs, «le prix d’un bon ordinateur». L’approche d’un partenariat public-privé a été privilégiée pour mener à bien ce projet-pilote entre le canton du Jura et l’entreprise Cisco, cette dernière investissant déjà dans des projets innovants liés à la digitalisation des administrations publiques en Suisse. «Ce type de réalisation s’inscrit parfaitement dans l’esprit de notre initiative suisse Country Digital Acceleration, qui consiste à co-investir dans des projets qui permettent de créer de la valeur pour le pays, son économie et ses citoyens, en se focalisant sur la digitalisation de services e-gouvernement et la stimulation du développement économique régional», souligne Joel Curado, Country Digitization Acceleration Leader – Digital Village chez Cisco. Si le projet mené à Porrentruy fait ses preuves, d’autres bornes pourraient être aménagées dans d’autres services de l’administration jurassienne ainsi que dans d’autres communes du canton. «Trop petites, certaines communes ne possèdent déjà pas ou plus de permanence», constate de son côté Spyros Papadimitriou, lequel assure la gestion et la coordination du projet-pilote mené à Porrentruy. Selon lui, les communes de Courgenay et de Haute-Sorne seraient déjà intéressées à suivre le processus en marche. Et il est même question de placer à l’avenir des bornes interactives non seulement au cœur des administrations, mais aussi dans des entreprises et d’autres lieux de vie dans les communes. Alain Meyer

Le ramassage des déchets alimentaires opère sa mue digitale

L’avènement des «villes intelligentes» (Smart Cities) implique de penser les communes en y intégrant des technologies innovantes et cohérentes. Depuis 2011, la société Satom SA à Monthey/Villeneuve déploie en Valais et dans le canton de Vaud l’application GastroVert, un service de gestion optimale des déchets alimentaires au moyen notamment d'interfaces informatiques. D’ici peu, près de 35 communes en seront équipées dans une zone entre le Bas-Valais, la Riviera vaudoise et le Pays-d’Enhaut. Avec des extensions vers le Valais central et le Haut-Valais en collaboration avec la déchetterie d'Uvrier. Sur demande des communes, des bacs de 180 litres pouvant contenir en moyenne 85 kilos de déchets ont été installés pour les ménages. Le système calcule le taux de remplissage des bacs et déclenche automatiquement l’ajout de ceux-ci à la collecte du prochain jour. Des bacs de 140 litres sont installés auprès des professionnels de la restauration qui en font la demande. Ceux-ci peuvent, au moyen de l'interface informatique, requérir une collecte ou en demander la suspension. Ces ramassages ont lieu chaque jour ouvrable de la semaine. Le transporteur a toutes les informations à sa disposition sur une tablette et saisit en temps réel les opérations effectuées. En favorisant l'élaboration optimale des tournées, les déplacements sans raison peuvent ainsi être évités, d'où des gains au niveau environnemental mais également financiers. Malgré la fermeture des cafés et restaurants à cause de la pandémie, quelque 5000 tonnes de déchets ont été collectées l’an passé. Mais jusqu’à 10'000 tonnes pourraient être ramassées potentiellement. En Valais, plusieurs collectivités publiques profitent déjà de ce système informatique incluant à la fois usagers, communes, transporteurs et gestionnaires de déchets. Chaque commune dispose de son propre accès qui lui permet d'attribuer les cartes à ses citoyennes et citoyens et, par exemple, de suivre l'usage de chaque point de collecte pour en optimiser la répartition sur le territoire. Avec quels résultats pour les communes de Saillon et de Vétroz? La gestion des déchets figure bien en évidence sur la page d’accueil du site Internet de Saillon (VS), commune d’un peu moins de 3000 âmes. Introduit depuis 2019, GastroVert y a été plébiscité par une population préalablement sondée. « Notre souhait était de trouver la meilleure méthode de revalorisation possible pour l’élimination des restes d’aliments », confirme Sabine Crettenand, collaboratrice administrative. Dans sa commune, les restes alimentaires sont regroupés dans des conteneurs fermés et accessibles à tout le monde à pied. Un service compris dans la taxe de base. S’y ajoute la distribution de cartes électroniques d’accès à usages multiples permettant aux personnes établies à l’année et aux résidences secondaires d’être les seules à avoir le droit d’utiliser ce service. «Environ 50% des ménages adoptent GastroVert quelques mois après son introduction», estime-t-on chez Satom. Dans certaines villes, une majorité des restaurants y adhérent déjà. Pour Sabine Crettenand, ce service optimise la desserte dans les quartiers de Saillon en retirant en temps opportun les sacs compostables. Ce qui évite de les ramasser quand les bacs sont à moitié vides. «Cela réduit également la circulation». La population peut aussi interagir en informant Satom par smartphone, au moyen d'un QR Code, si des pannes interviennent. De plus, des améliorations sont toujours apportées au système. Un pédalier pour ouvrir les bacs sans contact manuel a été monté pour se prémunir de la pandémie. Si la commune de Saillon ne réalise pas à proprement dire une grande économie avec l’usage de GastroVert, elle bénéficie en revanche d’un gain au niveau de la gestion des pannes, «cette prise en charge étant réalisée à distance par le fournisseur», note Sabine Crettenand. Mais les grands gagnants sont surtout les consommatrices et consommateurs qui ne jettent plus leurs restes d’aliments dans des sacs taxés comme jadis. «Un ménage de Saillon économise quelque 50 francs par année», estime-t-elle. Elle relève encore que GastroVert «permet d’anticiper, surtout vers la fin de la semaine, si les conteneurs doivent être prélevés avant le week-end ou pas». Une fois réceptionnés, les déchets sont contrôlés par Satom, qui préconise en moyenne un point de collecte pour environ 150 ménages. Pour les 9000 ménages de la ville de Monthey par exemple, 50 emplacements ont été équipés et une dizaine d’autres devraient suivre en 2021, par souci de proximité. A Vétroz, le président de la commune Olivier Cottagnoud est lui aussi très satisfait d’avoir introduit GastroVert depuis deux ans. «Ce système ne nous a occasionné jusqu’ici aucun souci», confie-t-il. La qualité du tri est bonne avec une meilleure évaluation des taux de remplissages et une optimisation des tournées. «Au départ, notre motivation était orientée vers une meilleure valorisation des déchets ménagers alimentaires plutôt que d’opérer une véritable mue digitale», précise-t-il. Olivier Cottagnoud soutient que GastroVert permet une meilleure évaluation des emplacements pour les collectes de déchets en fonction de l’adresse des utilisateurs du système. Informations: www.gastrovert.ch Alain Meyer

Des villes à l’affût des trains de nuit

Progressivement abandonnés depuis plusieurs années au profit de l’avion, les trains de nuit comptent sur un réseau conséquent mais pas encore abouti en Europe. En Suisse, la clientèle en est redevenue friande: +25% de passagers entre 2019 et 2020, quand bien même le rail ne représente que 7% du transport de passagers à l’intérieur du Vieux Continent. De concert avec les compagnies ferroviaires des pays limitrophes (SNCF, Deutsche Bahn, ÖBB et Trenitalia), une offre globale est à l’étude en Suisse, tandis que la Commission européenne dévoilera son plan d’action en faveur du rail prochainement. Quelles seront par conséquent les villes suisses gagnantes de ce retour en grâce? D’où partiront et où passeront ces lignes? Pour l’heure, onze villes européennes* sont desservies par des trains de nuit depuis des gares en Suisse. Mais leur nombre devrait plus que doubler pour atteindre 25 destinations d’ici 2025, ont promis les CFF. Un premier pas sera opéré en décembre prochain lorsqu’Amsterdam sera ajoutée à la liste avec des départs de Zurich et Bâle. Puis ce sera au tour de Rome en 2022 avec des haltes prévues à Berne, Brigue et Domodossola. Deux trains distincts devraient également rallier Berlin et Hambourg dès 2023. En Allemagne, Dresde et Leipzig sont également dans le viseur. «Nous veillons lors de la planification à ce que toutes les régions de Suisse aient un accès intéressant à cette offre», explique Jean-Philippe Schmidt, porte-parole des CFF. C’est le cas des trains de nuit vers l’Allemagne, qui passent tous par Bâle avec des correspondances adéquates. «Lorsque l’horaire le permet, nous souhaitons raccorder autant de régions et villes que possible à ce réseau des trains nocturnes», poursuit-il. Et de citer le futur convoi pour Barcelone qui passera par Berne, Fribourg, Lausanne et Genève. Le choix définitif des destinations et villes d’arrêt dépend des horaires. «Un train de nuit doit pouvoir par définition partir dans la soirée pour arriver à bon port le matin suivant», précise-t-il. Les CFF rappellent aussi qu’avec Zurich, la Suisse possède le deuxième «hub» le plus important en Europe après Vienne. Pour concurrencer l’avion, la vitesse des trains de nuit entrera aussi en considération, «déterminée par les vitesses autorisées sur les différents tronçons parcourus», selon les CFF. Le 17 mars, les autorités de la ville de Bienne ont demandé à la cheffe du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) de prendre en compte leur ville comme gare d’arrêt des trains de nuit en direction de Rome, Barcelone ou Amsterdam. Simonetta Sommaruga leur a répondu accueillir avec enthousiasme tout effort vers la décarbonisation, la réduction de CO2 et tout transfert de l’avion vers le rail. Mais Bienne n’a finalement pas été retenue comme gare d’arrêt. Du moins vers l’Espagne. Une réponse qui n’a pas étonné Erich Fehr, le maire de Bienne. «Si les CFF peuvent assurer une cadence toutes les demi-heures avec un accès aux lignes internationales, cela me convient très bien aussi», relativise-t-il. En réalité, un écueil technique se dresse: la voie simple sur le tronçon entre les communes de Douane et Gléresse, au bord du lac de Bienne, véritable goulot d’étranglement et obstacle rédhibitoire qui prétérite, selon Erich Fehr, l’ensemble des villes au pied du Jura. L’édification d’un tunnel et d’une double voie devraient y remédier d’ici 2025. «Nous ne sommes même plus une gare terminus. Voici quelques années, des trains partaient de Bienne sans changement jusqu’à Constance (D) et Delle (F)», note le maire. C’est sous la pression des Verts que les autorités de la ville de Bienne ont contacté le DETEC pour se profiler sur la carte des futurs trains de nuit. «Il est d’un intérêt vital à ne pas manquer ce raccordement», relève l’écologiste Urs Scheuss, député au parlement biennois. Ce dernier espère que d’autres villes de l’Arc jurassien annonceront, elles aussi, leur intérêt pour ces dessertes qui, selon lui, constituent « une opportunité pour toute la région». Avec un brin de nostalgie, Urs Scheuss se rappelle de l’Hispania Express qui reliait jusqu’à la fin des années 1990 la gare d’Altona à Hambourg, à Portbou en Espagne. Avec des escales à Delémont, Bienne et Neuchâtel. Un trajet qu’Erich Fehr avait en son temps emprunté, lui aussi, pour rejoindre Perpignan … en couchette. A Delémont, le ministre jurassien des transports David Eray plaide également pour que son canton ne soit pas oublié. Mais il table plutôt sur «des horaires convenables pour éviter qu’un train de nuit passe dans le Jura… à 3h00 du matin, ironise-t-il. Il serait illusoire de penser que chaque localité de notre région verra demain s’arrêter un train de nuit. Il faudra faire des choix. Cette offre doit profiter à des régions hors des grandes métropoles européennes à l’instar des villes de l’Arc jurassien.» Outre les doléances de la Ville de Bienne, le Canton de Vaud a présenté l’année dernière sa vision à l’horizon 2050. L’appel du pied est clair: «La gare de Lausanne doit devenir une halte pour les futurs trains de nuit qui relieront Marseille à Munich ou Zurich à Barcelone.» Quant à la conseillère nationale Verte Isabelle Pasquier-Eichenberger (GE), elle avait déposé voici un an une motion pour que les CFF proposent une desserte attractive depuis Genève en direction de Barcelone. Elle semble avoir été entendue. *Berlin, Hambourg, Kiel, Hanovre, Potsdam, Vienne, Graz, Zagreb, Ljubljana, Budapest et Prague. Alain Meyer

Logement protégé… de qui, de quoi ?

L’image a de quoi faire frémir: coudes et genoux matelassés, une dame âgée se déplace à quatre pattes dans son appartement plutôt que de devoir s’exposer au moindre risque pouvant entraîner une chute fatale. Dans son esprit, un accident synonyme à terme d’un transfert dans un EMS… sa plus grande hantise. Récemment relayée par Christophe Büla, chef du service de gériatrie au CHUV à Lausanne, cette histoire édifiante mais véridique illustre avec effroi le mal-être abyssal dans lequel sont parfois plongés nos seniors. Surtout à l’heure du déménagement. Plus l’âge avance, plus ce mot suscite angoisse et peur. A fortiori durant la pandémie, où l’habitat des aînés a constitué pour certains autant une prison qu’un refuge face à l’extérieur. Spécialiste en réadaptation pour les personnes âgées, Christophe Büla participait le 28 janvier à une table ronde consacrée à «l’évolution des formes d’habitat pour vieillir chez soi.» Une révolution politique et sociétale est déjà en marche dans ce domaine en raison du vieillissement de la population. Mais cette révolution a connu un coup d’accélérateur avec la crise sanitaire. Menée par l’Institut et la Haute Ecole de la Santé de La Source à Lausanne, cette table ronde a permis de confronter points de vue et approches. Le docteur Büla a d’abord tenu à réaffirmer cette donnée de base: «Une grande majorité des gens veulent vieillir et mourir à la maison.» Et donc éviter un Etablissement médico-social (EMS). Le praticien s’interroge sur leur devenir et sur celui des logements protégés conçus pour permettre le maintien à domicile de seniors ou de personnes en situation de handicap. Que deviendront-ils dans une société plus individualiste et contrainte d’intérioriser des réflexes sanitaires? Il observe aussi que l’atomisation de la société conduit les pouvoirs publics à soutenir des projets toujours plus porteurs de solidarité intergénérationnelle. Mais que faire demain de cette population vieillissante en perte d’autonomie? Faut-il continuer alors de construire des appartements protégés? «Oui, mais il faudrait revoir leur architecture. Prévoir un balcon, une loggia ou un jardin d’hiver», lance un intervenant. La plupart des experts vont désormais même plus loin et conviennent qu’il faudrait repenser la société également. «Un logement protégé, c’est le prix de l’indépendance» ou «Un LP n’est pas un EMS». Ces slogans qui ont cours font l’apologie de type d’appartement aux accès facilités et qui donnent le sentiment de pouvoir profiter d’un «chez soi» pour le restant de ses jours avec des espaces collectifs mis à disposition pour lutter contre toute solitude. Mais Promotion Santé Suisse et l’association Curaviva, qui regroupe des institutions en charge des seniors, veulent désormais repenser ce type de logements avec l’objectif d’affiner un modèle d’habitat et de soins intégrés orientés demain vers l’environnement social. Voilé près de vingt ans déjà que Willie Anhorn et une douzaine d’autres préretraités ou retraités ont créé près de Lausanne un groupe de réflexion axé sur l’habitat pour les seniors. «L’idée de coopératives d’habitations n’accrochait pas encore l’attention vers la fin des années 1990», se remémore-t-il. Ce qui n’empêcha pas deux architectes de réfléchir à des projets tout en essayant de trouver sur sol vaudois des terrains susceptibles d’être mis en droit de superficie. Ainsi est née la fondation NetAge, qui gère depuis une bonne dizaine d’années le site de Pra Roman à Vers-chez-les-Blanc, sur la commune de Lausanne. Une soixantaine de logements (2,5 et 3,5 pièces) destinés aux plus de 55 ans, en solo ou en couple. Un site doté d’espaces communautaires en plein air ou à l’intérieur afin de raffermir le lien social. «Je n’aime pas le terme de logement protégé», s’offusque Willie Anhorn. «Protégé de qui, de quoi?», s’indigne-t-il presque. Il préfère évoquer des «logements adaptés» ou «accompagnés». Des espaces de vie non médicalisés gérés le plus souvent par des coopératives avec des offres différenciées. Des lieux de vie où personne n’empiète sur l’existence des voisins. Où tout en étant à la maison, on peut communiquer très rapidement avec l’extérieur dans un espace générant de nouvelles formes de solidarités entre habitants. Ceci à l’intérieur d’une structure qui s’adapte aux locataires et non le contraire. Le canton de Vaud compte une soixantaine de sites de logements protégés. De quoi héberger 2000 personnes environ. Mais à l’avenir, ces structures ne seront certainement plus suffisantes pour combler la demande exponentielle. «Dans le canton, les plus de 60 ans représentent 20% de la population. Ce taux montera à 25% dans 15 ans», prévient Antonello Spagnolo, directeur de l’insertion et des solidarités à la Direction générale de la cohésion sociale du canton de Vaud. «Le système va atteindre ses limites», s’alarme-t-il. Il table même sur un doublement des dépenses de l’Etat dans ce secteur. Il est dès lors logique que la réflexion des pouvoirs publics s’oriente désormais sur une limitation des coûts tout en encourageant le recours aux soins à domicile. Enseignante à la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du canton de Vaud, Gabrielle Wanzenried brandit aussi la menace «d’une explosion des coûts». Des dépenses qui ne sauraient être, selon elle, du seul ressort de l’Etat. Ce d’autant que les paramètres Social et Santé ne devraient bientôt plus être aussi dissociés. De nouveaux modes de financement ont été évoqués lors de cette table ronde. Des idées venues de l’étranger comme celle de ce modèle s’implantant toujours plus en Allemagne et au Danemark: l’introduction d’une assurance de soins pour le vieillissement en dehors de l’assurance-maladie. C’est en observant le trop-plein de personnes en EMS que cette idée a germé. En France, des spécialistes du Living Lab, un laboratoire dédié au Vieillissement et à la Vulnérabilité, planchent, eux, sur des habitats non plus «protégés» mais «inclusifs». Des lieux qui s’adaptent aux locataires et plus l’inverse. Architectes, experts en psychologie environnementale et consultants en gérontologie sociale défendent l’idée que les seniors veulent aussi «poursuivre un mouvement». Continuer ainsi de jouir d’autonomie et a fortiori chez eux. «Le libre choix est conditionné par la diversité des formules d’habitats», analyse ce laboratoire, lequel mise sur une implication institutionnelle plus forte accompagnée d’aménagements urbains. Le Living Lab cite les Pays-Bas, où la mode est aux logements dits «assistés». Un choix politique assumé pour permettre progressivement une démédicalisation de l’accompagnement des personnes. Avec pour corollaire la transformation progressive de maisons de retraite en logements «assistés». A l’intérieur, un espace collectif regroupe divers services (bar, pharmacies, restaurants). Chaque résident a droit à un logement de 50 m2. Des locataires s’occupent de faire à manger aux personnes souffrant de troubles cognitifs. «Considérer ces personnes avant de considérer leur pathologie», conclut le Lab, qui cite l’expression «Person comes first». Alain Meyer

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