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A l’aube d’une nouvelle ère, Moutier réajuste son administration

Depuis janvier, la crosse de Bâle remplace l’ours de Berne au fronton de la mairie et sur les documents officiels. Mais cette mue héraldique n’a pas aplani tous les écueils. Maire de Moutier depuis dix ans, Marcel Winistoerfer accuse le contrecoup. «L’exercice n’a pas été facile et nous n’en avons pas fini», lâche-t-il. Quatre ans et près de quarante accords dans le Concordat de transfert entre les deux cantons n’auront pas été de trop. Depuis le 6 janvier, dans les locaux de l’ex-préfecture, un guichet unique répond aux doléances de la population, projet pilote lancé par le canton du Jura pour être à son écoute. C’est à cet endroit aussi que les propriétaires de véhicules ont jusqu’au 30 avril pour réceptionner leurs plaques JU. «N’ayant pas touché leurs rentes AVS ou complémentaires, ou celles-ci ayant été versées à double par erreur, des habitants s’y sont rendus dès le 6 janvier», atteste l’édile. Des retards et couacs dus à un ennui de santé d’une employée communale et à un malentendu entre les caisses de compensation des cantons de Berne et Jura. Quelques frictions ont émaillé aussi le transfert d’informations entre l’administration communale et ce guichet, personne ne sachant quoi répondre. «Des autochtones se sont demandé par exemple s’il fallait payer leurs impôts deux fois cette année. Or tout a été réglé par des accords cantonaux», explique Pascal Eschmann, chargé des finances, des impôts et de l’urbanisme à Moutier. La ville est aujourd’hui à flux tendu avec son personnel. «Nous ne pouvons pas le compresser indéfiniment et garder les mêmes prestations. Nous nous demandons déjà à chaque départ à la retraite s’il ne faut pas resserrer», prévient Marcel Winistoerfer. En décembre prochain, plusieurs départements établiront à ce propos des rapports en vue d’ajustements. Un autre dossier n’est pas bouclé: l’école. Avec le cycle scolaire s’achevant à fin juillet, ce n’est qu’à partir du 1 er août que les classes seront intégrées dans le giron jurassien. Jusque-là, c’est le régime bernois qui prévaut. Si le plan d’études reste le même pour les élèves, les conditions de travail seront légèrement différentes pour le corps enseignant, Berne offrant plus de décharges et une appréciation plus large en matière de reconnaissance des diplômes. Ancien enseignant lui-même, le maire table sur une période de six ans pour une intégration complètement réussie. Pour finaliser ses budgets, la ville a régaté. «Il a fallu apprivoiser une autre façon de comptabiliser avec des différences dans le report des charges fiscales, financières et les quotités d’impôts», résume Pascal Eschmann. Le lissage a dû faire face à un obstacle imprévu. Le 1 er janvier dernier, tous les écrans des ordinateurs municipaux étaient noirs. «Du jour au lendemain, nous n’avons plus eu accès à la comptabilité bernoise et avons dû inventer un mécanisme pour boucler l’année 2025», explique-t-il. Pour l’exercice 2026, ses services se sont inspirés des budgets de Porrentruy et Delémont. Nouvelle venue dans le calcul jurassien de la péréquation financière intercommunale, Moutier percevra à ce titre environ 3 millions de francs en 2026. Les calculs étant réalisés à partir des résultats comptables des trois dernières années, trois ans au moins seront nécessaires pour clarifier sa situation et considérer son poids financier dans le canton du Jura. En attendant, le canton a fixé ce quotient à près de 3 millions. «Ce mécanisme artificiel durera le temps de retrouver des comptes à même d’être intégrés dans le mécanisme de calcul jurassien. Par solidarité, les autres communes ont joué le jeu», se réjouit Pascal Eschmann. Pour l’Association jurassienne des communes (AJC), «cette question qui aurait pu crisper a été bien anticipée». Sondées, les autres communes ont formulé alors un mécanisme validé par le canton. Soit une compensation en intégralité durant six ans, via le fonds de péréquation, des effets indésirables sur les communes. L’équivalent de 1,8 million de francs en moins pour les bénéficiaires et 800 000 francs en plus pour les contributrices au pot commun. Entre 2026 et 2031, les montants alloués à Moutier n’impacteront pas les autres. La solution a été rendue possible grâce à un fonds disposant à fin 2024 de 18,8 millions de francs de fortune. «Il a fallu apprivoiser une autre façon de comptabiliser avec des différences dans le report des charges fiscales et les quotités d’impôts.» Pascal Eschmann, chargé des finances, des impôts et de l’urbanisme à Moutier Alain Meyer

Et si le service public devenait un choix de carrière évident?

«Les communes ont tendance à sous-estimer leurs atouts», relève d’emblée Aurélie Lesne-Gouillon, directrice de «Jura bernois.Bienne (Jb.B)» et membre du Conseil de fondation de la marque territoriale «Grand Chasseral». Or, le service public communal dispose d’arguments solides, à condition de les rendre visibles. La création de la marque «Grand Chasseral» découle indirectement de cette volonté. Portée initialement par la société civile soit l’économie, le tourisme, l’agriculture, l’environnement et les communes, la sphère politique s’est rapidement jointe à l’effort. Trente-neuf communes du Jura bernois constituent aujourd’hui cette marque territoriale, dont le slogan est «Grand Chasseral: le meilleur du Jura bernois, sans chichi». Son logo représente l’ADN et les forces de cette région, qui sont mises en valeur. L’un des volets d’activité de cette fondation concerne l’employabilité dans la région. La principale force réside dans la mise en réseau et le travail collectif pour rendre un territoire attractif. Comme toute organisation, une commune véhicule une image. Comment construire et développer sa «marque» en tant que commune employeuse? Le Grand Chasseral, comme d’autres régions suisses, dispose d’un cadre de vie et d’un environnement de grande qualité ainsi que de possibilités de logement. À cela doivent s’ajouter des conditions de travail en adéquation avec notre époque: temps partiel, possibilités de télétravail ou encore annualisation du temps de travail. Ces éléments doivent être clairement présentés et mis en avant. De plus, certaines fonctions clés au sein d’une commune, comme le poste de secrétaire communal ou municipal, avec le cahier des charges passionnant qu’il implique, doivent être mieux communiquées vers l’extérieur afin d’attirer des talents aux parcours moins conventionnels. Une commune a énormément à offrir et doit communiquer activement sur ces opportunités: «On ne vend pas seulement un poste, on propose de participer concrètement à la vie d’une collectivité», souligne Aurélie Lesne-Gouillon. Le pouvoir décisionnel d’un poste au sein de l’administration communale fait partie des points forts à valoriser. L’image de la commune, notamment via sa communication externe, peut également susciter l’intérêt de canditates et candidats potentiels et déboucher sur des candidatures spontanées. D’ailleurs, une grande partie des emplois de la région est désormais regroupée, notamment sur la plateforme LinkedIn. «On ne vend pas seulement un poste, on propose de participer concrètement à la vie d’une collectivité.» Aurélie Lesne-Gouillon, directrice de «Jura bernois.Bienne» Toutes les communes n’ont pas la taille critique nécessaire pour offrir des perspectives d’évolution internes. La solution se trouve souvent au niveau régional. C’est dans ce contexte que s’inscrit la collaboration intercommunale, qui permet de disposer de possibilités élargies d’évolution professionnelle. La mutualisation d’un poste, par exemple dans la gestion des permis de construire, peut le rendre plus attractif ou mieux correspondre à un taux d’activité ou à une classe salariale attractifs. L’objectif est de retenir les talents du secteur public dans une région plus large que les frontières communales. Cette logique vaut également pour la formation des apprenties et apprentis, avec des parcours de mobilité pendant l’apprentissage qui enrichissent les compétences tout en renforçant l’attractivité des métiers communaux. L’idée consiste à apprendre un métier grâce à un temps de formation réparti entre plusieurs communes de la région. La collaboration intercommunale constitue aussi un levier pour la formation continue. Le Grand Chasseral met en place un programme de formation continue pour les élus. Or, qui dit personnel dit également gestion des ressources humaines. Bien souvent, les spécialistes RH ne sont présents qu’à partir d’une certaine taille organisationnelle, alors même que ces compétences sont essentielles pour toute organisation. Leur mutualisation à l’échelle d’un territoire pourrait constituer une piste supplémentaire à l’avenir. Les communes ne partent pas de zéro. Elles disposent déjà de nombreux atouts, mais doivent apprendre à les nommer et les valoriser. L’enjeu n’est pas de copier le secteur privé, mais d’assumer pleinement la spécificité du service public local, comme le dit Aurélie Lesne-Gouillon: «Travailler pour une commune, c’est exercer un métier qui a du sens, au cœur de la vie quotidienne des habitants. Si nous savons le montrer, nous redeviendrons naturellement attractifs.» Manon Röthlisberger

Top sharing: un tandem de cadres réussi

Melanie Lienhard et Phuntsok Namgyal-Hofstetter se partagent depuis octobre 2024 le poste de responsable du département de la construction, de l’environnement et de l’économie de la commune de Hitzkirch (LU). Elles se sont sciemment portées ensemble candidates en top sharing et avaient déjà une expérience commune à un poste à responsabilités dans une autre commune. Selon Melanie Lienhard, la commune de Hitzkirch s’est d’entrée montrée ouverte à l’idée. «Pour nous, cette solution est idéale car nous pouvons ainsi bien concilier famille et travail », relève Phuntsok Namgyal-Hofstetter. Pour la commune, elle a aussi des avantages car les profils des deux collaboratrices, avec leur parcours professionnel différent, se complètent parfaitement. Melanie Lienhard se concentre davantage sur l’aménagement du territoire, Phuntsok Namgyal-Hofstetter plutôt sur le bâtiment et le génie civil. La réussite du modèle de top sharing est aussi liée au fait que le tandem de cadres se comprend sur le plan humain et qu’il collabore en partenariat sur un pied d’égalité. Fabrice Müller

Ce qui rend les communes efficaces, un regard derrière les chiffres

Les communes suisses font face à des attentes croissantes en matière de prestations, de qualité de service et de transparence, alors que leurs marges financières restent limitées. Dans ce contexte, le projet de recherche «Benchmarking de l’efficience» de l’Université de Berne propose une base d’orientation factuelle pour la population, la politique et l’administration. À partir de données publiques de la Confédération, des cantons et des communes, harmonisées et mises à jour chaque année, l’outil compare de manière systématique l’efficience financière des communes. Les résultats sont présentés sur une plateforme web, où chaque commune est décrite sous forme de «story» et comparée à des communes structurellement similaires ainsi que dans le temps. L’analyse porte sur quatre domaines particulièrement coûteux: administration générale, formation, infrastructure et affaires sociales, en mettant toujours les dépenses en relation avec des indicateurs de prestations ou de structure. Le benchmarking ne constitue pas un classement politique, mais un instrument d’apprentissage et de réflexion sur l’utilisation des ressources publiques et la santé financière des communes. Plus d’informations: http://www.efficiencecommunale.ch/ «L’efficacité n’est pas une fin en soi: elle aide les communes à situer leurs prestations de manière réaliste.» Adrian Ritz, professeur d’économie d’entreprise et directeur du Centre de compétence pour la gestion publique de l’Université de Berne Prof. Dr Adrian Ritz, Ben Rechsteiner

Pénurie de personnel dans les communes tessinoises

Au Tessin, les communes ont également de plus en plus de mal à recruter du personnel qualifié, notamment dans les métiers techniques et les postes à responsabilités. Selon le département tessinois chargé des autorités locales, il ne s’agit pas d’une crise aiguë, mais d’un clair signal d’alarme. Une commission cantonale est en train d’élaborer une stratégie pour renforcer l’attrait des communes en tant qu’employeuses. La transformation du monde du travail joue à cet égard un rôle central. Les jeunes générations attendent davantage de flexibilité, des possibilités de développement et des styles de direction modernes. Des horaires de travail rigides et des routines classiques sont de plus en plus considérés comme un inconvénient. Peu de communes s’expriment publiquement. Arbedo-Castione évoque de meilleures chances de recrutement grâce à une gestion de la qualité. La commune de Gordola a réagi en proposant des conditions de travail adaptées, davantage de télétravail et en encourageant la formation continue, ce qui a conduit à une situation plus stable du personnel. Marco Jeitziner

Une jeune association s’engage en faveur de la politique communale

Comment encourager des jeunes à s’engager politiquement au niveau communal? Cette question préoccupe de nombreuses communes. Depuis début 2025, l’association «Generation Gemeinderat» («Génération Conseil communal») s’attaque à la question. Elle est issue d’un projet mené par un groupe d'étudiantes et d'étudiants de la Haute école des arts de Berne. Dans le cadre de leurs études, elles et ils ont développé un jeu de cartes sur la politique communale qui s’adresse aux jeunes et ont organisé un événement de réseautage à Bienne. L’association s’est maintenant constituée indépendamment de la haute école et prévoit d’autres mesures. Par exemple des actions lors des cérémonies des jeunes citoyennes et citoyens, une plateforme d’information et de réseautage ainsi que des projets en collaboration avec des communes. Pour les quatre membres du secrétariat de l’association, il n’y a pas de solution simple pour motiver des jeunes dans une commune, il faut plutôt développer une stratégie globale. Informations (en allemand): www.generationgemeinderat.ch Nadja Sutter

Donner un visage aux citoyennes et citoyens

Dans le cadre d’une campagne d’image de l’Association des communes bernoises, des citoyennes et citoyens appellent depuis 2017 à travailler pour les communes et à exercer ainsi une activité porteuse de sens et variée. La campagne a été complétée en 2022 et en 2025 par des films promotionnels. Ceux-ci offrent une nouvelle opportunité de présenter les avantages des communes en tant qu’employeuses proposant des domaines de responsabilité passionnants. Les clips vidéos sont depuis 2023 utilisés chaque été pour une campagne sur les réseaux sociaux. Cette campagne de publicité payante vise spécifiquement un public jeune et est directement mise en lien avec les offres de places d’apprentissage des communes. Ces dernières doivent faire face à une forte concurrence sur le marché du travail. Il est donc central qu’elles puissent promouvoir activement leurs avantages auprès du public. Informations sur la campagne: https://www.begem.ch/de/dienstleistungen/Imagekampagne/Version-francaise Monika Gerber

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