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Une épicerie qui vend du lien social

«L’épicerie, c’est l’âme d’un village», lance Wanda Hopman, la gérante de la «Butia Ramosch». Son âme, Ramosch – un village de Basse-Engadine perché à 1233 mètres – a bien failli la perdre. En 2019, après avoir exploité durant 30 ans l’unique magasin de cette localité d’environ 490 habitantes et habitants, la famille qui le gérait a décidé de jeter l’éponge. Attachés à leur épicerie, les indigènes se sont alors mobilisés pour imaginer une relève. Ils ont fondé l’association «Società Butia Ramosch», dont les cotisations des membres devaient couvrir le loyer de l’échoppe. C’est à ce moment-là que Wanda Hopman est entrée en scène. Quelques années après avoir quitté l’hôtel Val Sinestra, situé dans la vallée latérale éponyme et qu’elle avait dirigé durant trois décennies, elle cherchait un nouveau projet dans lequel investir son énergie et ses idées. L’aventure démarre en 2020, en même temps que la crise du Covid-19. Une «chance dans la malchance», puisque la population locale a alors tendance à délaisser les commerces de Scuol et à faire ses courses sur place. Reste qu’un obstacle de taille vient vite barrer la route de Wanda et de ses collègues de la «Società Butia Ramosch»: les propriétaires des locaux abritant l’épicerie depuis des dizaines d’années résilient le bail. Persuadées de l’importance sociale que joue un tel établissement, surtout dans un village qui ne compte plus de restaurant, les autorités communales interviennent. Un terrain est mis à disposition au cœur de la localité, juste à côté de l’école et de l’église, et un bâtiment y est construit en urgence. Il est inauguré en avril 2023. Outre une épicerie franchisée Prima, la structure comporte un bureau de poste et un centre d’information pour les touristes. Sans oublier bien sûr le café Plazzin, dont la terrasse fait face aux élégants sommets qui marquent la frontière entre la Suisse, l’Autriche et l’Italie. Les quatre collaboratrices du magasin, qui résident toutes à Ramosch, y servent notamment des petits plats légers et simples. «Deux fois par semaine, je cuisine par ailleurs un menu de midi complet, sur réservation; il est apprécié aussi bien par les ouvriers que les personnes retraitées», se réjouit la dynamique sexagénaire. Elle précise qu’avant de lancer cette formule, elle s’est renseignée afin de connaître les besoins et envies des uns et des autres, dans un esprit «par les habitants pour les habitants». Des idées pour «sa» Butia, la gérante en a à revendre. Du généreux assortiment de produits régionaux au stand mettant en avant les créations d’artisans locaux, en passant par la prolongation des horaires d’ouverture du bistrot les soirs de répétition de la fanfare villageoise et à l’organisation de bourses aux vêtements devant l’épicerie, il y en a pour tous les goûts. Autant d’initiatives qui visent d’une part à favoriser le lien social, «puisque le but même de l’association est de s’assurer que Ramosch demeure un village vivant». D’autre part, «il est devenu très compliqué pour les épiceries de village, qui plus est en montagne, de compter uniquement sur la vente de produits alimentaires pour attirer la clientèle». «Il est devenu très compliqué pour les épiceries de village de compter uniquement sur la vente de produits alimentaires.» Wanda Hopman, gérante de la Butia Ramosch Séduit par le concept de l’établissement et par l’engagement de ses responsables, le jury du Prix Montagne a choisi la Butia Ramosch parmi les nominés de son édition 2024. Pour mémoire, cette récompense est attribuée par l’Aide suisse à la montagne et le Groupement suisse pour les régions de montagne à des projets créant de la valeur ajoutée et des emplois, tout en contribuant à la diversité économique des régions de montagne suisses. Séduits eux aussi, les habitants et habitantes du village jouent le jeu. «Les ventes grimpent gentiment; je suis donc confiante en l’avenir, même si gérer une épicerie de montagne équivaut à randonner sur une ligne de crête», commente Wanda. Après un instant d’hésitation, elle ajoute: «A l’ère des grands supermarchés et discounters, un cliché est tenace: faire ses courses dans une épicerie de village serait forcément plus cher.» Or, «si l’on prend tous les facteurs pertinents en considération, notamment l’absence de trajet et le fait qu’on est beaucoup moins tenté d’acheter des produits superflus», les petits commerces de proximité ont de quoi séduire toutes les bourses. Patricia Michaud

Boom économique en Valais: les communes professionnalisent leur recrutement

Le Valais vit un boom. Ces dernières années, de nombreuses personnes qualifiées ont déménagé dans le canton alpin. Les communes en ressentent les effets lorsqu’elles cherchent du personnel qualifié, remarque ainsi Joachim Rausis, président de l’Antenne Région Valais romand et président de la commune d’Orsières. L’Antenne Région Valais romand est un centre de compétences au service des collectivités publiques du Valais romand et fait office d’interface entre les communes et le canton. «Ce boom est très réjouissant. Il apporte davantage de ressources aux communes», relève Joachim Rausis. Dans le même temps, cela signifie qu’il y a une concurrence entre l’économie privée et les communes pour trouver du personnel qualifié. Il existe de grandes différences salariales, notamment pour les postes hautement spécialisés. Un autre facteur qui fait du Valais un cas particulier est sa situation périphérique. «Sur le Plateau ou sur l’Arc lémanique, les gens sont plus mobiles. Déménager en Valais pour son travail est un pas important», note Joachim Rausis. Les communes des vallées latérales qui sont uniquement accessibles en hiver avec un véhicule 4×4 sont désavantagées. Le Valais et ses communes ont pris conscience de la problématique et ont décidé d’agir. Depuis quelques années, le guide digital «valais4you» conseille les personnes qui déménagent en Valais. Il fournit des infos pratiques aux nouvelles arrivantes et nouveaux arrivants et met en évidence les avantages d’une vie dans un canton de montagne. Florence Gessler, spécialiste en politique économique et touristique à l’Antenne Région Valais romand, constate par ailleurs que de nombreuses communes ont professionnalisé le recrutement du personnel ces dernières années. «De plus en plus de petites communes disposent aujourd’hui aussi de responsables RH spécialisés.» «De plus en plus de petites communes disposent aujourd’hui aussi de responsables RH spécialisés.» Florence Gessler, spécialiste en politique économique et touristique à l’Antenne Région Valais romand C’est ce que confirme également un sondage de «Commune Suisse» auprès des municipalités de Savièse, Riddes et Sion. Les responsables RH des trois communes déclarent qu’ils trouvent certes actuellement suffisamment de personnel, mais que cela exige de gros efforts et qu’il n’est pas rare d’enregistrer des désistements de dernière minute. Il est particulièrement difficile de recruter dans les métiers techniques, le secteur de l’enfance ainsi que dans certains postes très spécialisés. Tous soulignent combien il est important pour les communes d’investir dans le recrutement de leur personnel. «Nous œuvrons pour une réelle professionnalisation de la fonction RH au sein de notre commune. Il ne s’agit plus de traiter simplement les salaires, mais de revenir à l’humain», fait valoir Lorena Steiner-Conti, responsable RH de la commune de Riddes. «Dans le contexte actuel, les communes doivent adapter leurs pratiques et être plus proactives dans leur communication», argue Sévérine Stalder, responsable RH de Savièse. Les communes interrogées offrent à leur personnel des modèles de travail flexibles et des possibilités de formation continue. Elles cherchent aussi à créer un climat de travail agréable, grâce notamment à la reconnaissance du travail fourni et à une communication claire. La commune de Riddes mise également sur la formation et l’accompagnement des cadres. Depuis début 2026, les collaboratrices et collaborateurs y ont par ailleurs la possibilité de faire appel à une personne de confiance externe, en complément des dispositifs internes en place. La Ville de Sion mentionne des mesures similaires et a révisé son règlement du personnel. Elle investit par ailleurs dans son image en tant qu’employeuse. Elle a ainsi réalisé des vidéos de présentation de ses métiers. «Cette action a reçu un retour très positif de la population mais aussi de notre personnel», remarque Ludovic Bruchez, chef du service RH. Sion mise également sur des vidéos sur les réseaux sociaux pour inciter des jeunes à suivre une formation ou à occuper un poste au sein de l’administration municipale. Communiquer de manière proactive veut aussi dire mettre en avant les avantages d’un travail au sein d’une commune. Selon les personnes interrogées, il n’y a pas seulement la sécurité de l’emploi. Il y a avant tout le fait d’effectuer un travail porteur de sens au service de la population. «Il est possible de renforcer la marque de la commune comme employeuse grâce à des actions simples et peu coûteuses», estime Ludovic Bruchez. Et Joachim Rausis d’Orsières d’ajouter: «En tant que commune dans un canton périphérique, nous devons activement faire quelque chose pour notre attractivité comme employeuse.» «En tant que commune dans un canton périphérique, nous devons activement faire quelque chose pour notre attractivité comme employeuse.» Joachim Rausis, président de l’Antenne Région Valais romand et président de la commune d’Orsières (VS) Nadja Sutter

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