L’entrée de l’Hôpital Pourtalès à Neuchâtel.

Pénurie de personnel qualifié: l’Arc jurassien cherche des solutions 

31.07.2026
7-8 | 2026

Plombé par un ralentissement des activités de secteurs-clés qui lui sont très spécifiques, l’Arc jurassien vit au ralenti depuis plusieurs mois. Dans un contexte marqué par le chômage partiel, il devient toujours plus difficile d’attirer du personnel qualifié. Celui-ci continue de faire défaut, et de façon croissante, dans les domaines de la santé, la gastronomie ou dans l’éducation. Petit tour d’horizon.

Recruter du personnel qualifié reste une tâche ardue dans l’Arc jurassien, zone affectée depuis deux ans par le chômage partiel, en particulier dans la micromécanique et l’horlogerie. La pénurie de personnel médical et soignant est ressentie avec toujours plus d’acuité dans les hôpitaux, cliniques, centres médicaux et EMS. «Nous atteignons régulièrement nos limites», atteste le nouveau directeur du Centre hospitalier de Bienne, Philippe Plodeck. Pour certaines spécialités, les équipes sont moindres et l’absence d’une seule personne peut compromettre la prise en charge d’un cas, a-t-il alerté cet été dans la presse régionale. C’est au prix de sacrifices que l’ensemble des lits du Centre, environ 230, sont exploités. «Parce que les équipes se remplacent et s’entraident», confie-t-il.  

La pénurie fragilise l’offre des soins et accentue la concurrence pour le recrutement. Pour recruter et renforcer ses équipes, Philippe Plodeck compte sur l’ouverture, normalement en 2032, du nouvel hôpital en périphérie de Bienne, sur la commune de Brügg (BE), susceptible d’attirer du personnel. Il en faudra. Avec le vieillissement de la population, le directeur s’attend à une hausse d’ici 2040 de 30% du nombre de patients.

Les RHT s’en mêlent

A 30 km de là, le Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNE) traverse les mêmes tourments. Un quart des soignants du RHNE viennent aujourd’hui de France pour pallier le manque de personnel indigène. Parmi les options stratégiques présentées en décembre dernier par le RHNE, une des priorités sera «d’attirer et de fidéliser les collaborateurs-trices». Mais il faudra sans doute se mettre à niveau. «Dans certains domaines, nous devons encore proposer une rémunération plus conforme au marché et développer de nouveaux modèles de travail», concède Philippe Plodeck à Bienne.

Outre la santé, la branche de la gastronomie vit également toujours sous haute tension. «La pénurie de personnel qualifié demeure une réalité dans les secteurs de la restauration et de l’hôtellerie dans notre canton», confirme le président de Gastro Neuchâtel, David Maye. Problématique renforcée, selon lui, par le ralentissement de l’activité économique dans une zone où de plus en plus d’entreprises font face à un manque de travail et rentrées. Et font appel à une réduction de l’horaire de travail.

«Près de 50% des demandes de RHT enregistrées en Suisse se concentrent dans notre région actuellement», rappelle David Maye. Il ajoute que «cette situation a un impact direct sur nos établissements, qui doivent adapter leur activité alors qu’ils peinent déjà à recruter certains profils». Pour faire tourner les enseignes, l’apport de forces nouvelles, a fortiori durant la saison haute, est nécessaire. Et une partie du personnel vient là aussi de France. «Nous constatons néanmoins que les établissements font souvent appel en priorité à du personnel local, qui a déjà une expérience de la restauration plutôt qu’à de nouveaux travailleurs frontaliers», note-t-il. Les contraintes liées aux déplacements quotidiens et au passage de la frontière peuvent constituer un frein. En particulier pour les horaires atypiques des professions de la gastronomie.

Situation critique pour les crèches 

On entend également toujours plus des bribes d’ukrainien en tendant l’oreille dans les bistrots de la région. «Nous avons recours à l’apport de jeunes réfugiés d’Ukraine ou d’ailleurs. A Neuchâtel, des programmes comme Start’intégration encouragent cette démarche. Et cela fonctionne particulièrement bien», explique David Maye. Le principe est le suivant: offrir à des jeunes âgés de 16 à 35 ans la possibilité de découvrir les métiers de la restauration-hôtellerie, d’effectuer des stages et de s’engager ensuite, s’ils le désirent, dans une formation professionnelle. Ce programme a été introduit précisément pour réduire la pénurie de personnel dans les secteurs les plus touchés (hôtellerie-restauration/bâtiment-construction/mécanique/social-santé).

Dans le canton voisin du Jura, il est là difficile de dénicher des perles rares dans le secteur de l’éducation. Secrétaire générale de l’Association jurassienne des communes, Magali Voillat confirme qu’un problème persiste pour recruter du personnel qualifié pour les crèches notamment. Elle invoque «une concurrence entre les structures et entre les communes». Non pas en raison des conditions salariales, qui restent plus ou moins identiques dans le canton, mais en raison des conditions d’emploi, conclut-elle.

Salaire minimum, un obstacle?

Le salaire minimum cantonal (21.35 francs/heure à Neuchâtel) «ne représente pas un obstacle majeur au recrutement», estime David Maye de Gastro Neuchâtel. D’après lui, «la convention collective prévoit déjà dans la quasi-totalité des catégories professionnelles des salaires minimaux supérieurs». Pour rappel, le Grand Conseil neuchâtelois a décidé fin juin de lancer un référendum pour contrer les Chambres fédérales, qui veulent que les CCT priment sur les minimas cantonaux. Neuchâtel doit convaincre sept autres cantons en cent jours pour réclamer une votation populaire.

Alain Meyer
Collaborateur libre