Vue sur les quais fleuris de Montreux.

Montreux: une gestion des espaces verts à la fois esthétique et durable

12.04.2026
4 | 2026

Concilier esthétique, durabilité et résilience des espaces verts face au changement climatique représente un défi pour de nombreuses communes – particulièrement pour une destination touristique comme Montreux (VD), réputée pour ses emblématiques quais fleuris. Florim Ajda, responsable de la section Espaces verts de la commune, partage les mesures mises en place et quelques exemples concrets illustrant cette gestion exigeante.

«L’enjeu est de concilier résistance, biodiversité et attractivité, sans perdre l’identité paysagère qui fait la renommée de la ville», résume Florim Ajda. Troisième ville du canton de Vaud, Montreux est célèbre pour ses quais fleuris avec ses curiosités botaniques et ses sculptures végétales hivernales. Actuellement, la commune est en phase de développement d’une stratégie globale de durabilité, incluant notamment une stratégie de biodiversité et de végétalisation ayant pour objectif de développer le patrimoine arboré. L’objectif: disposer d’une ligne d’action claire pour les années à venir.

Une commune entre lac et montagnes

Comme beaucoup de communes suisses, Montreux entretient une grande variété d’espaces verts: pelouses, massifs fleuris saisonniers, vivaces, arbustes, alignements d’arbres, terrains de sport ou parcs publics. Chaque type d’espace possède ses propres spécificités et nécessite un niveau d’entretien plus ou moins intensif.

Mais la géographie particulière de Montreux ajoute des contraintes supplémentaires. Constituée d’une vingtaine de villages, la commune s’étend du lac jusqu’aux alpages où culminent la Dent de Jaman et les Rochers de Naye. Elle englobe ainsi une mosaïque de territoires: zones urbaines denses, forêts, zones agricoles, vignes en terrasses, ports, 38 places de jeux et trois cimetières. Cette diversité exige des équipes d’entretien des compétences variées et une grande capacité d’adaptation.

«Concilier résistance, biodiversité et attractivité, sans perdre l’identité paysagère qui fait la renommée de la ville.»

Florim Ajda, responsable de la section Espaces verts de la commune de Montreux

Adaptations face au changement climatique

Florim Ajda confirme d’entrée de jeu: «Nous observons déjà des effets très concrets du changement climatique dans nos pratiques quotidiennes.» Le phénomène le plus marquant est celui du stress hydrique. «Certaines essences montrent des signes de dépérissement précoce. Les arbres sont fragilisés par les périodes de sécheresse, notamment lors de la transplantation, ce qui les rend aussi plus sensibles aux ravageurs.» Il est donc plus que jamais nécessaire d’essayer d’anticiper le déplacement naturel des espèces et de privilégier celles qui sont adaptées aux conditions futures, tout en favorisant les essences indigènes. Florim Ajda signale un point positif: «Sur ces questions, il y a une excellente collaboration intercommunale en Suisse et un important réseau informel qui nous permet d’échanger et de partager nos expériences.»

Face à cette problématique, il n’y a pas de solution miracle: l’arrosage s’impose. Dans une commune aussi vaste que Montreux, il est essentiel d’adopter «une vision globale du système d’arrosage», précise Florim Ajda. «L’arrosage automatique, notamment, permet de mieux maîtriser les volumes et de l’adapter en fonction de la météo.» La commune développe également plusieurs mesures visant à limiter la consommation d’eau: récupération des eaux de pluie (projet), extension de l’arrosage automatique et recours à un système innovant de gestion du calcaire pour une meilleure pénétration de l’eau dans le sol.

Finalement, Florim Ajda nous rappelle que toute action entraîne une réaction: «Lorsque l’on végétalise la ville afin de lutter contre les îlots de chaleur, on plante plus d’arbres et de massifs, il faut alors avoir les ressources nécessaires afin de pouvoir arroser, tant en termes d’infrastructure que de personnel.» 

Un exemple de résilience: le sauvetage d’un chicot du Canada

Entretenir des espaces verts signifie aussi composer avec des événements climatiques extrêmes, de plus en plus fréquents: vents violents, fortes pluies ou canicules.

A Montreux, une tempête ayant endommagé une portion des quais a pourtant été transformée en opportunité. Un chicot du Canada (Gymnocladus dioica), un arbre peu répandu, y a été déraciné par de forts coups de vent. Grâce à son important système racinaire, un séquoia voisin a toutefois freiné sa chute: une racine de l’arbre géant a permis d’éviter l’arrachage complet.

«Nous avons décidé de ne pas supprimer l’arbre», explique Florim Ajda. Les équipes ont installé un poteau de soutènement, redressé le chicot et créé un socle en béton pour le stabiliser. Le sauvetage en lui-même représente déjà une réussite. Mais la commune est allée plus loin: le massif entourant les deux arbres a été agrandi, augmentant la surface racinaire tout en améliorant la qualité paysagère.

Ce travail minutieux, mené sur plus d’une année avec différents acteurs, a donné naissance à un véritable concept paysager. Au-delà du sauvetage d’un arbre particulier, l’opération illustre concrètement la manière dont les communes peuvent aujourd’hui concilier adaptation climatique, sécurité, qualité paysagère et identité des lieux.

Eloïse Eperon
Association des Communes Suisses
Responsable politique