Les participantes et participants à la table ronde d’EspaceSuisse, lors du congrès de juin 2026, à Berne.

Dialoguer pour mieux développer vers l’intérieur

07.09.2026
9 | 2026

Les spécialistes des communes, de l’aménagement et de la construction étaient unanimes lors du congrès d’EspaceSuisse, qui a eu lieu fin juin: une collaboration précoce des différents acteurs et actrices est un élément décisif pour faire avancer avec succès la construction de logements.

La pénurie de logements s’est encore accentuée ces derniers mois, à tel point que l'on s'en prend parfois, sans ménagement, à l'aménagement du territoire ou à la LAT 1. «La pression de devoir construire des logements ne justifie en aucun cas des solutions rapides au détriment de la qualité», a affirmé Jean-François Steiert, président d’EspaceSuisse et directeur de l’aménagement et des constructions du canton de Fribourg, en ouverture du congrès d’EspaceSuisse de fin juin.

Bilan de l’«Impulsion Développer vers l’intérieur»

L’activité de conseil menée par EspaceSuisse auprès des communes le confirme. «La densification fait l’objet d’une certaine résistance, car elle a entraîné une perte importante de qualité», a mis en évidence Alain Beuret, du team conseil en aménagement, fort de 10 ans d’expérience issue de l’«Impulsion Développer vers l’intérieur». Pour démontrer qu'il existe d'autres voies possibles, il a présenté différents exemples de communes qui, malgré la complexité de la tâche, se sont lancées avec succès dans le développement vers l’intérieur.

Au cours de ces 10 dernières années, EspaceSuisse a conseillé pas moins de 150 communes au total dans toute la Suisse, par le biais d’ateliers village jusqu’à des analyses de ville.

Une collaboration partenariale

La confiance était aussi un important mot-clé dans l’exposé de Cristina Schaffner, directrice de constructionsuisse. «Embarquez-nous tôt dans l’aventure, a-t-elle lancé, pour créer un climat de confiance tout au long du processus.» Le secteur de la construction est prêt à collaborer dans un esprit partenarial. Cristina Schaffner considère notamment le modèle conçu en deux étapes pour la procédure d’autorisation de construire comme une chance: ainsi, tous les thèmes d’un projet ne sont pas clarifiés en même temps, mais certaines questions le sont en amont (les principes de base), d’autres le sont dans un deuxième temps seulement (par exemple, la protection contre les incendies).

En sa qualité de membre du comité de la FSU, Melanie Lienhard avait l’ambitieuse tâche de mettre en lumière le rôle de la planification. Elle a décrit l’aménagement du territoire comme un processus de négociation entre les différents acteurs et actrices. Il s’agit d’étudier des normes et des prescriptions, mais «nous devrions aussi utiliser la marge de manœuvre à notre disposition – de façon accrue, sans en abuser.» Cela requiert toutefois des compétences professionnelles.

Table ronde sur le dialogue

Le programme de la matinée s’est terminé avec des invitées et invités sur le podium, le temps d’une table ronde, dédiée à la collaboration et au dialogue. D’entrée de jeu, Thomas Frutiger, coprésident du Conseil d’administration de Frutiger Gruppe et membre du comité de Développement Suisse, a créé la surprise avec ses propos sur la qualité dans la construction de logements: «C’est un problème, et nous pouvons faire mieux.» Actrices et acteurs devraient s’asseoir tôt autour de la table, impliquer les milieux économiques et pousser les réflexions au-delà du parcellaire. «La qualité n’est pas forcément plus chère.» Barbara Wittmer, membre du comité de la SIA, a abondé dans son sens: «Il faut dépasser l’esprit de chapelle et les préjugés.» A la question de savoir si la Confédération ne devrait pas définir de nouvelles prescriptions afin d’augmenter la qualité du développement vers l’intérieur, le directeur de l’ARE, Roman Mayer, a clairement répondu que «cela n’est pas une tâche qui incombe à la Confédération, mais aux cantons et aux communes». Chantal Weidmann Yenny, syndique de la commune de Savigny (VD) et membre du comité de l’Association des Communes Suisses, a rappelé, quant à elle, que les besoins de la population sont très différents et qu’elle souhaiterait que les communes disposent d’une plus grande marge de manœuvre.

Sept pistes de réflexion

L’après-midi, la discussion s’est poursuivie en petits groupes. Avant de clore la journée, Christa Perregaux et Damian Jerjen, respectivement directrice adjointe et directeur d’EspaceSuisse, ont invité les participantes et participants à faire un voyage dans le temps. A travers sept pistes de réflexion, ils ont esquissé un développement urbain réussi pour 2032.

1. Définir la qualité – avant de construire 
2. Accélérer par la clarté – et non par les raccourcis 
3. Plus de logements? Oui – mais d’abord dans le tissu bâti existant 
4. Réviser et simplifier les règles – sans déréglementer à l’aveugle 
5. Structurer les conflits – et non les laisser s’enliser 
6. Piloter le développement vers l’intérieur – et non le laisser au hasard 
7. La collaboration précoce est l’investissement le plus rentable

Le développement vers l’intérieur réussira si nous commençons à le piloter ensemble, ont affirmé Christa Perregaux et Damian Jerjen. Les instruments existent, le savoir-faire aussi. Damian Jerjen a clôturé le congrès en soulignant que «ce qui manque, c’est la volonté commune d’affronter les points de friction, de revoir les règles et de collaborer tôt». Il a ainsi rappelé les trois principaux enseignements et points de discussion de la journée.

A propos du congrès

EspaceSuisse a organisé son congrès annuel 2026 en collaboration avec constructionsuisse. Elle s’est inspirée des enseignements tirés du dialogue de la Conférence tripartite (CT). La CT – la plateforme de la Confédération, des cantons, des villes et des communes – a, dans le cadre d’un large dialogue, identifié les facteurs garants d’un développement vers l’intérieur de qualité.

Monika Zumbrunn
EspaceSuisse
Responsable de la communication